‹ Histoire de la Terreur, d'après des documents authentiques et inéditsChapitre 83 sur 267 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

voyaient aujourd'hui en elle un obstacle à leur retour triomphal, soit comme conseillers du faible Louis XVI, soit comme chefs d'un conseil de régence, si le roi périssait dans la tourmente révolutionnaire? Mais de pareilles assertions veulent être prouvées, et celles-ci sont restées à Tétat de rumeurs.

Quoi qu'il en soit, la masse des émigrés n'était et ne |)0uvail être initiée à tout ce machiavélisme des coui-s; la plupart ne s'inquiétaient que de la restauration do leurs privilèges et de la punition de ceux qui avaient osé les leur ravir. Sous l'empire d'illusions étranges, fruits ordinaires de l'émigration, ils répétaient sans cesse à leurs alliés qu'ils n'auraient besoin que de se présenter pour se luire ouvrir les portes de toutes les places ciui se trouvaient entre la frontière et Paris.

La plus plausible explication de leur conduite, c'est qu'ils n'étaient pas de leur temps. Ils se croyaient encore à l'époque des croisades et envoyaient des quenouilles aux retardataires; ils en étaient au moins aux idées de la Ligue et de la Fronde, et s'étayaient de Texempie de Guise, de Turenne et de Condé, qui, eux aussi, n'avaient pas hésité, pour venger leurs querelles particulières, à attirer l'étranger au sein de leur patrie.

Louis XVI et la reine elle-même avaient vu avec douleur l'émigration prendre depuis quelque temps d'immenses proportions^. Ils avaient cherché à retenir lei*

4 . Dans ses correspondances les plus inlimes, la reine ne cessait de se plaindre des émigrés avec une très-TÎve amcrt'amr. Noui trumoas ces plaintes exprimées dans deux leUres , écrites les 16 et ti août 1791, au comte do Mercy-Arj;ent9au, riiinba.-saJtur et le confident de Tem-

fidèles serviteurs qui leur demandaient conseil*; ils ne cessaient d'envoyer des afïidés auprès de leurs amis les

poreur Léopold, et sur lauthcnticité desquelles le moindre doute ne peut subsister. Elles furent déposées aux archives secrètes de Vienne, puis, par un des plus bizarres caprices du sort, rapportées en France par ordre de celui qui, douze ans après les événements que nous racontons, occupait le trône de Louis XVF, faisait camper son armée dans les jardins de Schœnbrun et devait épouser la propre nièce de Marie-Antoinette.

Voici les passages les plus significatifs de ces deux lettres, dont nous avons tenu les originaux entre les mains :

« 16 août 1791.

« Nous retomberions, sous les agents des princes et des émi-

grants, dans un esclavage nouveau et pire que le premier, puisque ayant Tair de leur devoir quelque chose, nous ne pourrions pas nous en tirer; ils nous le prouvent déjà en refusant de s'entendre avec les personnes qui ont notpe confiance, sous le prétexte qu'elles n'ont pas la leur, tandis qu'ils veulent nous forcer de nous livrer à M. d3 Galonné, q*ui sous tous les rapports ne peut pas nous convenir, et qui, je crains bien, ne suit en tout ceci que son ambition, ses haines particulières et sa légèreté ordinaire, en croyant toujours pos- Hible et fait tout ce qu'il désire. Je crois même qu'il ne peut que faire lort à mes deux frères, qui, s'ils n'agissaient qua d'après leur cœur seul, seraient sûrement parfaits pour nous »

« 21 août 1791.

« Vous connaissez par vous-niê;ne les mauvais propos et les

mauvaises intentions des émigrants; les lâches, après nous avoir abandonnés, veulent exiger que seuls nous nous exposions, et seuls nous servions tous leurs ialérôts. Jj n'acjuse pas les frères du roi; je crois leur cœur et leurs intentions pu es; miis ils sont entourés et menés par des ambitieux qui les psrJronl ap:è; nous i.voir perdus les premiers. D

4. Voir les Mémoires de M">« de La Rocpj icquilein et sj \ie, par M. Nette nent.

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