Journal des Ddbats et Décrets, n" 314, p
(de la Meurthe) désavoue l'adresse constitutionnelle de ses concitoyens : une discussion assez vive s'engage ; elle est interrompue par l'entrée d'une députation de la section Mauconseil.
On fait silence. La section vient -elle s'incliner devant la loi, faire amende honorable de son arrêté? Non ; elle vient, au contraire, le relire audacieusement à la face de l'Assemblée qui l'a frappé d'un blâme formel ; elle vient déclarer solennellement aux, représentants de la nation qu'elle persiste à braver leurs décrets et à fouler aux pieds la constitution*.
L'indignation se manifeste avec énergie sur presque tous les bancs. Le président répond :
« Je vous rappelle à la constitution, au respect que vous devez à la loi. Je vais consulter l'Assemblée, pour savoir si vous serez admis aux honneurs de la séance. »
Au moment du vote, un des pétitionnaires annonce qu'ils ont amené avec eux les délégués des sections qui approuvent l'arrêté Mauconseil , et demande pour ses
1 . Le Moniteur ne dit pas un mot de l'apparitioh dans TAssemblée des commissaires de la section Mauconseil. Il se contente d'annoncer que plusieurs sections viennent adhérer à la déclaration de cette section. Nous avons puisé les détails que nous donnons dans le JoumcU des Débats et Décrets. On peut aussi consulter le Journal de Paris et le Patriote Français^ que citent également les auteurs de VHistoire parlementaire , à défaut du Moniteur, qu'ils déclarent euxmêmes « très-inexact dans cette mémorable circonstance ,-^t trop enclin à montrer l'Assemblée plus favorable qu'elle ne Tétait réellement aux demandes révolutionnaires des Parisiens. » (Tome XVI, p. 329.)
LIVRK VI. 191
compagnons l'autorisation de défiler devant les représentants du peuple.
Dans toutes les assemblées, il y a des gens toujours prêts à excuser n'importe quelles audaces, à justifier n'importe quelles insolences. Carnot le jeune propose (jue l'on accorde aux pétitionnaires leur demande; « car, dit-ii, plaignons leur erreur, mais excusons-la après tant de provocations ! »
La majorité ne croit pas devoir pousser aussi loin l'abnégation chrétienne et le pardon des injures. Elle refuse d'autoriser le défilé et décide que? vingt députés seulement seront admis, mais que le nombreux cortège qui les accompagne restera à la porte. Aussitôt après, la séance est levée et l'Assemblée , toute fière du vote ([u'elle vient d'émettre, se sépare, croyant avoir sauvé la patrie*.
On attribuait toujours au roi des projets de fuite,
I . Ce nouveau blâme infligé p-ir l'Assemblée à la section Mauconscil n'arrêta pas les agitateurs subalternes qui la dirigeaient. Lhuillier, le principal meneur de cette section, en même temps qu'il prenait ses précautions contre des poursuites judiciaires et se mettait sous la sauvegarde de la mairie, faisait adopter par ses amis les mesures préparatoires de l'insurrection. Cette section, désormais d'accord avec celle des Quinze-Vingts, en avait ouvertement fixé la date à la nuit du 9 au 40 août.
Nous donnons à la fin de ce volume plusieurs extraits des procèsverbaux de la section Mauconseil pendant les premiers jours d'août.
192 HISTOlRIi DE LA TERREUR.
el la surveillance des jacobins se concentrait de plus en plus sur les Tuileries. Les sections les plus dévouées aux idées ultra-révolutionnaires envoyèrent de leur autorité privée des patrouilles dans les environs du Château; toutes les autres furent invitées à en faire autant*.
Bientôt la section des Gobelins ne proposa rien moins que de faire évacuer le château par les Suisses et d'établir un camp autour des Tuileries pour garder le roi à vue. C'était difficile à exécuter de vive force; il était même douteux qu'on pût y faire consentir le corps municipal, qui seul avait le droit de régler le service de la garde nationale. Mais Pétion et ses amis savaient envelopper la pensée secrète des meneurs de trompeuses réticences ; grâce à leur adresse, la municipalité rendit un arrêté, aux termes duquel la garde journalière du Château devait être à l'avenir composée d'un nombre déterminé de citoyens de tous les bataillons, u De cette façon, exposait Pétion dans son rapport, chaque section, ayant tous les jours au château des citoyens de garde, ne pouvait avoir à se plaindre d'une injuste préférence, ni concevoir d'inquiétude ^. » Mais en réalité
4. Voir le procès-verbal de la section des Quinze-Vingts, Histoire parlementaire^ t. XVI, p. 404,
2. Voici la lettre de Pétion au commandant général de la garde nationale, où le germe de cette pensée se trouve :
« Monsieur le commandant général , « Les sections sont snv\equi-vive,\cs citoyens sont convaincus que le roi veut partir; ils demandent à grands cris à environner le Château. Je sors de la section des Gobelins qui avait arrêté que les batail-