‹ Histoire de la théologie positive (volume 2)Chapitre 135 sur 371 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

S'il ne s'était agi que d'établir les droits historiques do l'évêque de Rome à la primauté d'honneur et de montrer que les papes eurent, de tout temps, la préséance sur les évêques de toute la catholicité, l'histoire eût suffi à trancher la question. Il n'y aurait même pas eu, à parler rigoureusement, de question à résoudre. Les adversaires les plus ardents de la papauté, en effet, se sont offusqués, non pas tant de son existence que de ce qu'ils considéraient comme des excès dans ses prétentions. Ils reconnaissaient volontiers qu'un pouvoir central est nécessaire à l'Eglise; que Rome a toujours été le siège de ce pouvoir, auquel sa situation politique lui donnait des titres exceptionnels, et qu'enfin le long exercice de sa magistrature lui a acquis pour l'avenir une sorte de droit que l'on devrait respecter si elle-même n'abusait pas de son mandat ou si, tout au moins, elle consentait à avouer ses fautes et à les corriger. Ce qu'ils reprochaient à Rome, c'était d'avoir trans-

formé en monarchie absolue un simple droit de préséance vaguement défini, et surtout d'avoir attaché indûment à l'institution du Christ cette préséance qui n'est, selon eux, qu'une nécessité sociale, d'avoir attribué une origine divine à un droit humain. Mais les théologiens catholiques revendiquaient pour le pape la primauté de juridiction, c'est-à-dire le droit de gouverner toute l'Kglise et ils présentaient ce droit comme un héritage des prérogatives conférées par le Sauveur à saint Pierre. Dans ces conditions, on devait tout d'abord étudier la place de Simon, fils de Jean, dans le collège apostolique, et, avant d'établir la primauté du pape, il fallait démontrer la primauté de saint Pierre. C'est ainsi, du reste, que les docteurs comprirent leur tâche. Ils cherchèrent dans l'Kvangile les attestations qui leur étaient nécessaires. Ou plutôt ils n'eurent pas besoin de les chercher. La charte de la papauté était là sous leurs yeux avec ces quatre articles : Super hanc petram aedificabo Ecclesiam meam; — Tibi dabo claç'es regni coelorum; — Confii^ma fratres luos ; — Pasce oi^es jneas. Les controversistes se rendirent compte qu'il leur était inutile d'aller à la découverte et ils se contentèrent d'exploiter le trésor que la tradition leur avait légué. Ils luttèrent donc contre les protestants avec les quatre textes classiques que nous connaissons. Seulement — et c'est ici qu'un travail personnel s'imposa à eux — il leur fallut légitimer l'emploi de ces textes. Les adversaires leur reprochaient, en effet, de donner aux paroles évangéliques une interprétation qui en faussait le sens et qui d'ailleurs était inconnue aux Pères. Ils durent montrer qu'ils étaient en règle, aussi bien avec la tradition qu'avec la syntaxe ou la philologie. Les preuves qui, depuis l'apparition du protestantisme, ont servi à établir la primauté de saint Pierre, ne sont pas nouvelles. Ce qui est, en grande partie, nouveau, ce sont les recherches patristiques et les observations grammaticales dont chaque preuve a dû être accompagnée.

ARTICLE I. DISCUSSION PATRiSTIQUE DU TEXTE *.

Dès 1519, dans la célèbre Conférence de Leipzig, la discus-

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