‹ Histoire de la théologie positive (volume 2)Chapitre 136 sur 371 · PREUVES SCRIPTURAIRES · texte numérisé non relu

PREUVES SCRIPTURAIRES

sion du texte : super hanc petram fut portée sur le tc^rrain patristique. Luther, encore moine, allait d'audace en audace. Après s'être attaqué aux abus des indulgences, puis aux indulgences elles-mêmes, il commençait à s'en prendre au souverain pontife, et il ne craignait pas de déclarer que la suprématie de l'Église romaine avait sa source dans les Décrétales des papes et nulle part ailleurs. Eckius, professeur à Ingolstadt, offrit de soutenir une discussion orale contre l'homme qui, depuis deux ans, révolutionnait l'Allemagne. L'offre fut acceptée. Leipzig fut choisie pour le lieu de la conférence; les universités les plus importantes s'y firent représenter. Eckius réfuta treize des thèses soutenues par Luther. Mais ses efforts portèrent surtout sur le dogme de la primauté du pape. Pendant quatre jours et demi — du 5 au 8 juillet — il travailla à établir que l'évêque de Rome avait la suprématie de droit divin. Pour prouver son assertion, il démontra que le Sauveur avait d'abord promis, puis accordé cette suprématie à saint Pierre. Et le principal appui de sa dissertation fut le texte : Tu es Petrus et super hanc petram aedificabo Ecclesiam meam ^ .

Luther s'attendait évidemment à cette preuve, et il tenait sa réponse toute prête. « La petra, dit-il, désigne ici ou bien le pouvoir ou bien la foi, car on ne prouvera jamais qu'elle désigne le pape ou le successeur de Pierre. Si c'est le pouvoir qui est désigné,. les paroles suivantes : tihi dabo claçes renferment une redondance; car elles désignent, elles aussi, le pouvoir, et elles reviendraient à dire que le pouvoir a été donné au pouvoir. D'ailleurs, dans cette hypothèse, toutes les églises auraient le même pouvoir, attendu que le Sauveur n'a pas dit : Je bâtirai sur cette pierre l'Eglise romaine, mais : mon Église. S'il est question de la foi (ce qui est la vérité), toutes les églises ont la même foi. Du reste, quel que soit le sens de petram^ Tépithète meam fait que cette petra est commune à toute l'Église. Les Décrétales des papes sont donc bien sottes d'éta-

1. Disputatio Lipsiae habita, 1511), dans Schmidt, Marlini Lutheri opéra latina (Francfort, 186G), t. 111, p. 18 et suiv. La discussion de \a pelra va de la page 24 à 120. Toutefois, pendant tout le premier jour, le débat resta confus. 11 n'arriva à la netteté que le lendemain, p. 51.

blir sur cette autorité la thèse d'après laquelle il n'y a qu'un chef dans l'Eglise ' . »

Comme Luther, Eckius avait une défense toute prête 2. Elle était empruntée à la tradition. Le professeur d'Ingolstadt démontra que les Pères avaient identifié la petra du texte de saint Matthieu avec l'apôtre saint Pierre. « Le bienheureux Augustin, dit-il, a déclaré, dans une lettre contre les donatistes"^, que le texte : super hanc petram aedificabo Ecclesiam meam signifiait : Je bâtirai mon Eglise sur Pierre. Et, bien que le même Augustin ait ailleurs identifié la petra avec le Christ, selon la pensée de saint Paul : Petra autetn erat Christus, il ne s'est pas néanmoins repenti de sa première interprétation quand il a écrit ses Rétractations. De même, le bienheureux Jérôme a écrit dans son premier livre Contre les Pélagiens'* : « Comme Platon a été le prince des philosophes. Pierre a été le prince des apôtres; car c'est sur lui que l'Eglise du Seigneur a été fondée, de manière à n'être ébranlée ni par les torrents ni parles tempêtes. » Et le bienheureux Ambroise "^ dit, lui aussi, dans le sermon 47, que « lai petra était Pierre ».

Poursuivant son enquête patristique, Eckius cita le mot de saint Chrysostome ^ : « Pierre était la bouche de tous les apôtres, le chef de leur collège » ; puis le mot de saint Cyprien. dans sa lettre à Corneille^ : « Pierre, sur qui l'Eglise avait été fondée par le Seigneur, parla au nom de tous » ; puis un mot analogue de saint Léon. Mais il s'arrêta surtout sur les Décrétâtes des anciens papes. Anaclet, Marcel et Pelage. « Que le saint pape et martyr Anaclet, s'écria-t-il, prenne la parole. Il y a quatorze cents ans qu'il a écrit ceci : La sainte et apostolique Eglise romaine a reçu la primauté, non pas des apôtres, mais du Seigneur et Sauveur lui-même qui a dit à saint Pierre : Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Flglise*^ ». Et il

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