‹ Histoire de la théologie positive (volume 2)Chapitre 162 sur 371 · De romano pontifice · texte numérisé non relu

De romano pontifice

son exercice le pouvoir des clefs. Bref il rejeta la solution de Cajetan qu'il qualifia de subtile et il en chercha une autre. Ce furent les paroles : Sicut misit me Pater et ego mitto vos, et : Pasce opes meas, qui la lui fournirent. Bellarmin se persuada que le premier de ces textes conférait aux apôtres les prérogatives dont quaecumque alliga{>eritis ne contenait que Fannonce, et que le second conférait également à saint Pierre les pouvoirs annoncés par le dabo classes. En d'autres termes, il estima que le ego mitto vos et le pasce oves meas contenaient la réalisation des promesses faites respectivement aux apôtres et à saint Pierre. Or si les promesses étaient libellées de part et d'autre, en termes équivalents, quelle différence dans la manière dont leur réalisation était formulée ! « Les apôtres, dit Bellarmin, ont été investis de leurs pouvoirs à titre de légats et non à titre de pasteurs ordinaires; ils ont de plus été soumis à saint Pierre. C'est ce que prouve la parole : Pasce oçes meas, qui est adressée à saint Pierre tout seul... et qui d'ailleurs confie à Pierre le soin des apôtres eux-mêmes ses frères. >>

Bellarmin trouvait la solution de Cajetan trop subtile. On trouva la sienne trop compliquée. Recourir à ego mitto vos et à pasce oves pour établir la supériorité de dabo claves sur quaecumque alligaveritis ! Ce procédé était vraiment laborieux. On crut pouvoir arriver au même résultat à moins de frais. On fit donc observer que, si le pouvoir de lier et de délier était au fond identique au pouvoir des clefs, saint Pierre n'en conservait pas moins le double privilège d'avoir été le premier à recevoir la promesse de ce pouvoir et de l'avoir reçue individuellement, tandis que les autres apôtres la reçurent collectivement et après saint Pierre. Ce fut par ces deux prérogatives que, sans tenir compte de l'argument de Bellarmin, on défendit ordinairement le dogme de la primauté contre l'objection soulevée par le texte : quaecumque alligaveritis '* .

Quant à Cajetan, il eut peu de partisans. Cependant nous rencontrons parmi ses disciples l'un des plus célèbres théolo-

l. BossuET, Sermon sur l' unité de l'Église.

giens du seizième siècle. Car c'est de lui que s'inspire saint François de Sales dans cet endroit de ses Controverses * ; « J'ajoute que ce n'est pas tout un de promettre les clefs du royaume et de dire : quodcumque soWeris, quoique l'un soit une explication de l'autre. Mais vous demanderez : quelle différence y trouvez-vous? Certes toute celle qu'il y a entre la propriété et l'usage... Aussi Notre-Seigneur, promettant les clefs à saint Pierre, lui remet l'autorité ordinaire et lui donne cet office en propriété, duquel il déclare l'usage quand il dit quod^ cuîuque. Mais quand .lésus-Christ a fait la même promesse aux autres apôtres, il ne leur donne pas les clefs ou l'autorité ordinaire, mais seulement la délégation ou l'usage qu'ils en feront en l'exercice et maniement des clefs. Cette différence est tirée des termes propres de l'Ecriture; car solçere et ligare ne signifient que l'action et l'exercice; habere claies signifie le pouvoir et l'habitude. »

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