Controverses, dise
vent de troubler si finement la claire fontaine de l'Evangilo que saint Pierre n'y puisse plus retrouver ses clefs... Ils se sont avisés de dire que saint Pierre avait reçu cette promesse de Notre-Seigneur au nom de toute l'Église, sans qu'il ait reçu pour cela aucun privilège particulier en sa personne. Or si ceci n'est pas violer l'Ecriture, jamais homme ne la violera. Car n'est-ce pas à saint Pierre à qui il parlait? Et comment pouvait-il mieux exprimer son intention qu'en disant : Et ego dico tihi... daho iihi? Car puisque immédiatement il venait de parler de l'Eglise, ayant dit : Portae iiiferi non praevalehunt adversus eam, qui l'eût empêché d'ajouter : Et daho un cla^^es regni^ s'il les eût voulu donner à toute l'Eglise immédiatement? 11 ne dit pas illi, mais dabo tihi. Que s'il est permis d'aller ainsi devinant sur des paroles claires, il n'y aura plus rien en l'I^'crilure qui ne se puisse plier à tous sens. Peut-on nier que saint Pierre, en cet endroit, ne parlât en son nom propre, quand il fit cette noble profession : Tu es Christus, non comme commis par l'Eglise ou par les apôtres? Car nous n'avons pas une marque de cette commission dans le texte sacré... Il le fît comme étant la bouche, le prince et le chef des autres... mais le chef parle en soi-même, non en son corps. »
Toutefois, autant le daho claçes était clair quand on le considérait isolément, autant il devenait obscur quand on le rapprochait de certains passages de l'Evangile. Car enfin les paroles quodcumqne liga^eris... qaodcumque 6-o/ç^e/75 expliquaient ce que l'on devait entendre par le pouvoir des clefs. Or Notre- Seigneur n'avait-il pas dit plus tard, en s'adressant à tous les apôtres : quaecumque alligaveritis... quaecumque soheritis? Ne leur avait-il pas dit également : quorum remiseritis peccata remittentureis? En d'autres termes, les apôtres n'avaientils pas reçu exactement les mêmes pouvoirs que saint Pierre? Que devenait alors la primauté dont on croyait trouver l'attestation dans la promesse des clefs? Telles étaient les objections formulées par les protestants et auxquelles il fallait répondre.
Le texte quorum remiseritis ne créa pas un embarras sérieux. On fit remarquer que le pouvoir confié aux apôtres
par ces paroles portait exclusivement sur les péchés, tandis que le pouvoir des clefs donné à saint Pierre était bien plus vaste. « En effet, dit Bellarmin, ce qui lie les hommes, ce ne sont pas seulement les péchés, ce sont aussi les lois. Retenir un péché, c'est quelque chose de moins que lier le pécheur. Retenir, c'est tout simplement laisser l'homme dans son état. Mais lier, c'est lui imposer un lien nouveau soit par l'excommunication, soit par l'interdit, soit par la loi. Les Pères enseignent, au contraire, que, dans le chapitre XX de saint Jean, Notre-Seigneur a donné aux apôtres le pouvoir de remettre les péchés par le baptême et par la pénitence ^ » En somme., on démontra aisément que quorum remiseritis n'avait rien de comparable à tihi daho claves.
Mais il y avait le texte quaecumque alliga<^eritis. Le moyen d'établir une différence entre cette promesse adressée à tous les apôtres et la promesse quodcumque ligaveris faite à saint Pierre? Et, puisque ce quodcumque ligaveris avait pour but d'expliquer le pouvoir des clefs, le moyen de nier que les apôtres avaient reçu, eux aussi, le daho claçes P Lk était la plus grosse difficulté. Elle fut néanmoins résolue de deux manières différentes. Cajetan- proposa une première solution qui consistait à identifier le quaecumque alligaç^e/itis adressé aux apôtres avec le quodcumque ligaveris donné à saint Pierre, mais à mettre le dabo claves au-dessus du ligaveris. Selon lui, l'action de lier et de délier n'exprime qu'une partie des fonctions accomplies par la clef qui ouvre et ferme. D'où il suit que le dabo claves a promis à saint Pierre un pouvoir supérieur au pouvoir qui a été promis ensuite au même apôtre par les paroles quodcumque ligaveris, supérieur par là même au pouvoir promis aux autres apôtres par le texte quaecumque alligaveritis,
Bellarmin ne goûta pas cette explication"^. Il estima, en effet, que l'action de lier et de délier était identique à l'action d'ouvrir et de fermer et quelle désignait dans la plénitude de