‹ Histoire de la théologie positive (volume 2)Chapitre 171 sur 371 · Devlsibili monarchia Ecclesiae,(j. i, p. 187 et suiv · texte numérisé non relu

Devlsibili monarchia Ecclesiae,(j. i, p. 187 et suiv

o. Principioriim fidei doclrinalium demonstratio, G. 9, p. 220 et suiv. 4. De romano pontiflce, 1. 11 à IG.

droit tous les ministres comme les dépositaires de l'autorité pastorale dont lui-même avait été investi? Et les protestants n'étaient-ils pas fondés à éclairer par ce passage le pasce de Tévangile de saint Jean ? Bellarmin examina l'objection et il la résolut de la manière suivante : « Pierre exhorte, il est vrai, les prêtres à paître le troupeau; mais il n'a en vue que le troupeau particulier confié aux soins de chacun d'eux, et non le troupeau universel... Ce texte ne s'oppose donc pas à ce que nous disons que Pierre seul a reçu la charge de veiller sur le troupeau entier du Christ. »

Arrivé au second point, Bellarmin utilisa, non sans les compléter, les vues de Cajetan et de Pighi. « Paître, dit-il, ce n'est pas seulement assurer la nourriture de quelqu'un, c'est encore faire acte de chef et de gouverneur... Le nqv\)q pascere désigne la fonction du pasteur. Or le pasteur n'a pas uniquement pourmissionde nourrir; il doit encore conduire, défendre, commander, diriger, châtier. Est-ce que les bergers se contentent de nourrir leurs brebis? Est-ce qu'ils ne les conduisent pas? Est-ce qu'ils n'emploient pas le bâton pour les faire obéir?... C'est, du reste, ce qui résulte clairement du mot iToi{i.aiv£ dont s'est servi saint Jean. Ce verbe implique l'idée de commandement. Nous en trouvons la preuve dans Homère, qui appelle fréquemment Agamemnon TrotjAEva Xaôiv, c'est-à-dire pasteur des peuples. De plus, dans l'endroit où saint ^latthieu dit, en parlant de Bethléem, que, de cette ville, sortira celui qui doit gouverner Israël, le texte grec a itoiijiavsT. . . Puisque 7roi[xaivw renferme l'idée de commandement, il est clair que Notre-Seigneur a établi saint Pierre chef de l'Eglise, quand il

lui a dit TTOijxaivE xà Trpoêaxa. »

Après avoir ainsi démontré que le pasce avait conféré à saint Pierre le droit de gouverner les fidèles, Bellarmin passa au troisième point et prouva que ce droit de gouvernement s'étendait à l'I^^glise entière. Le Christ, objectaient les protestants, qui a dit aux apôtres d'enseigner toutes les nations, n'a pas dit à Pierre de paître toutes ses brebis. Bellarmin répliqua que si l'épithète toutes ne se trouvait pas en toutes lettres dans le texte : Pasce oves jneas^ elle y était équivalemment. 11 souligna, dans ce but, l'épithète meas, et il dé-

TEXTE « PASCE OVES MEAS ». i99

clara que le Sauveur, en disant : pais mes brebis, avait implicitement confié à saint Pierre tout le troupeau chrétien. Toutefois le mot meas ne fut sous sa plume qu'un argument secondaire, et il demanda la principale preuve de l'équivalence à la distinction des agneaux et des brebis : « Le Christ, dit-il, a employé deux fois l'expression : Pais mes agneaux, tandis qu'il a dit une fois : Pais mes brebis... Le texte grec, qui lui fait dire deux fois : Pais mes brebis, est corrompu... Il a d'abord employé le mot apvia (agneaux); il a dit ensuite irpoê^Tia (petites brebis), puis TrpoSata (brebis)... Or cette variété d'expressions renferme sans doute un mystère et elle prouve, en tout cas, que tous les chrétiens sans exception ont été soumis à Pierre. Si les petites brebis doivent être assimilées aux agneaux, ces deux termes désignent les juifs et les païens, tandis que les brebis désigneront les évêques. Si les petites brebis doivent être distinguées des agneaux, nous sommes en face de trois termes qui désignent les chrétiens néophytes, les chrétiens plus avancés et les parfaits. » Bellarmin proposa encore d'identifier les « agneaux » avec les simples fidèles, les « petites brebis » avec les prêtres, et les « brebis » avec les évêques. Mais, dans une hypothèse comme dans une autre, l'autorité absolue et universelle de saint Pierre était assurée.

La dissertation de Bellarmin était complète ; on se contenta de la reproduire en la résumant et en y introduisant des nuances sans portée. Qu'on lise saint François de Sales ^j Becan^, Duval ^, Ballérini ^^ Zaccaria ^, ou les théologiens du dix-neuvième siècle^, on voit qu'ils mettent à profit l'auteur des Controverses. La discussion rationnelle de pasce n'a fait aucun progrès depuis la fin du seizième siècle.

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