‹ Histoire de la théologie positive (volume 2)Chapitre 201 sur 371 · LA PRIMAUTÉ DE LKVEQUE DE ROME · texte numérisé non relu

LA PRIMAUTÉ DE LKVEQUE DE ROME

ment parler évêque de Rome, avait exercé à Rome les pouvoirs épiscopaux qu'il exerçait partout à titre d'apôtre ; qu'il avait d'ailleurs collaboré avec saint Pierre à Tévangélisation de l'église romaine ; et qu'en somme les formules patristiques se justifiaient facilement pourvu qu'on ne les prît pas strictement à la lettre. Noël Alexandre' accorda que saint Paul avait pu être évéque de Rome, mais non avec la juridiction universelle dont saint Pierre avait seul la possession. Avant lui, Pierre de Marca- avait fait observer que la discipline des premiers temps autorisait la présence simultanée de plusieurs évèques dans la même ville, d'où il avait déduit que l'épiscopat romain de saint Paul n'avait rien qui dût surprendre. Pendant longtemps le problème de l'épiscopat de saint Paul préoccupa les controversistes. Puis peu à peu il s'évanouit. Au cours du dix-neuvième siècle, les théologiens n'eurent plus qu'à prouver contre les protestants de plus en plus sceptiques la venue de saint Pierre à Rome. Ils établirent ce fait avec les témoignages que nous connaissons.

ARTICLE III. LA PRIMAUTE DE l'ÉvÈQUE DE ROME.

On savait, pour en avoir fourni la preuve scripturaire, que, dans la pensée du Sauveur, la primauté confiée à saint Pierre avait le caractère d'une institution permanente. On savait également que le prince des apôtres avait établi son siège épiscopal à Rome et donc que l'évêque de la capitale du monde était le successeur de Pierre dans l'épiscopat. Restait à démontrer qu'il succédait aussi à Pierre dans la primauté, ou, si l'on veut, qu'il était l'héritier des prérogatives conférées par Notre-Seigneur au pêcheur galiléen. Tous les controversistes s'employèrent à établir cette démonstration dont chacun comprenait la souveraine importance. Toutefois nous

1, In saec. 1, dissert. 4. g 3.

2. De singulari prima lu Pelri, 18: écrit on 1047 contre Arnauld, public par Baluzc en 1(380.

nous retrouvons ici en face du même spectacle qui s'est déjà offert à nous. Eckius\ Pighi"^ et Sander -^ n'arrivèrent qu'à d'indigestes dissertations dont la lecture pénible donne l'impression du chaos. Melchior Cano ', qui procéda avec plus de méthode, accorda aux documents apocryphes une place trop considérable pour obtenir des résultats importants. Stapleton se contenta d'un résumé sans valeur ^. Bellarmin, le premier de tous, après avoir accumulé une quantité énorme de matériaux, sut les classer, les mettre en ordre, les commenter et construire avec eux une thèse qui était autre chose qu'un entassement. C'est donc devant son œuvre que nous devons nous arrêter^.

Les attestations de la primauté du pape y sont groupées sous onze rubriques différentes. La première attestation nous est fournie par la mort même de saint Pierre à Rome. Car enfin, ou bien les prérogatives du prince des apôtres n'ont été recueillies par personne, ou bien elles l'ont été par l'évèque de la ville où saint Pierre a rendu son dernier soupir. Et, puisque le caractère perpétuel de la primauté est enseigné par l'Ecriture, il s'ensuit que l'évoque de Rome qui succéda à l'épiscopat de saint Pierre , succède aussi à cet* auguste apôtre dans la possession de la primauté. A ce propos, Bellarmin, après avoir distingué le fait lui-même et le motif de la succession, explique que si saint Pierre n'avait choisi aucune ville pour y fixer son siège épiscopal, à sa mort l'Eglise aurait eu à désigner elle-même son chef. D'où il suit que si l'évèque

1. De primalu Pétri adversus Ludderum, livres 2 et 3 tout entiers.

Page 1