‹ Histoire de la théologie positive (volume 2)Chapitre 258 sur 371 · Tract. XI ad Iimocentium II, praef · texte numérisé non relu

Tract. XI ad Iimocentium II, praef

292 l'infaillibilité du pape.

« Telle est la règle de la vraie foi, que l'Église apostolique du Christ a tenue dd élément dans la prospérité comme dans l'adversité. La grâce de Dieu a, en effet, empêché l'Église d'abandonner la tradition apostolique et de se laisser corrompre par les nouveautés hérétiques, selon la parole dite à Pierre : Simon, Simon, voici que Satan a demandé de vous cribler. Mais j'ai prié pour toi pour que ta foi ne défaille pas. Le Seigneur a promis par ces paroles à saint Pierre que sa foi ne subirait pas de défaillance et il l'a chargé de confirmer ses frères. Or il est reconnu de tous que les pontifes apostoliques mes prédécesseurs se sont toujours noblement acquittés de cette mission. » Le pape Nicolas P'" dit dans sa LeW'e à Michel : « Les privilèges de ce siège sont perpétuels et d'origine divine... Celui par l'intermédiaire duquel nous les tenons a, entre autres choses, reçu cet ordre du Sauveur : Toi, quand tu te seras converti, confirme tes frères. » Le pape Léon IX, dans sa Lettre à Pieri^e d'Antioche^ tient ce langage : « Pierre est le seul pour lequel le Seigneur déclare avoir prié, afin que sa foi ne défaille pas. Grâce à cette vénérable et efficace prière, la foi de Pierre n'a jamais subi de défaillance et l'on croit qu'elle n'en subira jamais dans ce siège. » Innocent III dit, dans sa Lettre à Vèvêque d'Arles : « Les causes majeures de TEglise, surtout celles qui touchent aux articles de foi, doivent être déférées au siège de Pierre. Celui-là le comprend, qui sait que le Seigneur a prié pour que sa foi ne subît pas de défaillance. » Saint Bernard écrit à Innocent : « On doit rendre compte à votre apostolat de tous les dangers et de tous les scandales du royaume de Dieu, surtout de ceux qui intéressent la foi. Les dommages subis par la foi doivent, en effet, être réparés là où la foi ne peut disparaître. A quel autre siège, en effet, a-t-il été dit : J'ai prié pour toi, pour que ta foi ne défaille pas? » Quant à saint Pierre Chrysologue, il fait sans doute allusion à rognvi pro te, dans l'endroit de sa lettre à Eutychès où, sans citer cette parole, il dit que le siège romain procure la vérité à tous ceux qui la cherchent.

Il est donc incontestable que la tradition a vu dans le texte : Ego rogas>i pro te une garantie d'infaillibilité pour l'enseignement de tous les successeurs de Pierre. On objecte, il est vrai,

TEXTE « EGO ROGAVI PHO TE ». 293

contre cette interprétation que si l'on étend aux successeurs du prince des apôtres le bénéfice de rogaçi pro te, on devra aussi logiquement leur appliquer à tous la parole : Et tu aliquando conç^ersus, d'où il suit que tous les papes doivent d'abord renier le Christ, puis se convertir. A cela j'oppose deux réponses. D'abord, rien n'empêche d'appliquer conversus^ non à la pénitence de saint Pierre, mais au secours qu'il doit porter aux autres. Dans cette hypothèse on traduira : Toi dont la foi ne peut défaillir, quand tu verras quelques-uns de tes frères ébranlés, tourne-toi vers eux [conçersus) et affermis-les. En second lieu, si Ton voit dans con^ersus une allusion au péché de reniement, de ce que le confirma fr aires tuos s'applique aux successeurs de Pierre, il ne s'ensuit pas que le corn^ersus s'applique aussi à eux. La conversion, en effet, est un fait pers sonnel, tandis que l'affermissement dans la foi est une fonction attachée à la place, La fonction doit durer autant que la place à laquelle elle est annexée, le fait personnel est essentiellement transitoire.

Telle est la dissertation, à la fois rationnelle et patristique, au moyen de laquelle Bellarmin déduisit l'infaillibilité pontificale du texte : Ego autem rogavipro te. Un demi-siècle plus tard, Launoi fit une longue enquête patristique sur le célèbre passage de saint Luc; mais ce fut pour déclarer la guerre à l'auteur des Controverses K Selon lui, le rogavipro te ut non deficiat fides tua d, reçu quatre interprétations. La première entend le privilège en question de la foi personnelle de saint Pierre : elle explique que le Sauveur a obtenu pour le prince des apôtres, mais uniquement pour lui, l'indéfectibilité dans la foi. Cette interprétation groupe autour d'elle, outre les deux conciles de Carthage et de Milève, quarante docteurs, parmi lesquels Tertullien, saint Cyprien, saint Hilaire, saint Basile, saint Ambroise, saint Chrysostome, saint Innocent, saint Augustin, saint Cyrille d'Alexandrie, saint Léon, Innocent III, etc. La seconde croit que la prière rogavi a obtenu le privilège de Finerrance dans la foi pour l'Eglise romaine. Elle a pour par-

1. Epht. ad BevUaquam (5. 6) écrite en 1(3 JG. Voir aussi ep. ad Favveum, 3. G.

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tisans : Agathon, Pierre Damien, Grégoire Yll, Jacques de Vitry, saint Thomas, Jean XXII et Pie II. On connaît le texte d'Agathon. Voici celui de saint Thomas : « L'Eglise de Pierre dont toute l'Italie fait partie... a toujours été ferme dans la foi. Tandis que, ailleurs, la foi a disparu ou s'est mélangée à des erreurs, l'Eglise de Pierre a conservé la foi et Ta conservée pure d'erreur. Et ceci n'a rien d'étonnant puisque le Seigneur a dit à Pierre : Ego rogai^i pro te*. « La troisième interprétation applique le bénéfice de la prière rogaçi au siège apostolique, c'est-à-dire au siège de Pierre. Elle est attestée par Léon IX, Grégoire VII, saint Bernard, Innocent II, Innocent III, Albert le Grand. La quatrième interprétation croit que la prière en question a été faite pour l'Eglise universelle ou pour le concile universel. Elle a pour partisans Léon IX, Hildebert, Godefroy de Viterl^e, saint Thomas, saint Bonaventure, Okam, Thomas de Vaud, ^iartinV, Pierre d'Ailly, Gerson, saint Vincent Ferrier, Clamengis, Almain, Driédo, Victoria. Voici les textes de saint Thomas^ : a Les erreurs des grands ne portent pas préjudice à la foi des simples qui leur attribuent une foi intègre. On doit excepter le cas où les simples s'attacheraient obstinément aux erreurs des grands et iraient à rencontre de la foi de l'Eglise universelle qui ne peut faillir, puisque le Seigneur a dit : J'ai prié pour toi, Pierre, pour que ta foi ne défaille pas. » « L'Eglise universelle ne peut errer, parce que celui qui a toujours été exaucé a dit à Pierre sur la confession duquel l'Eglise a été fondée : J'ai prié pour toi. »

Quand il eut dressé ces quatre listes, Launoi se tourna vers l'auteur des Coniro^ferses et lui fit son procès. « Bellarmin, ditil, cite les deux docteurs parisiens Gerson et Almain comme les seuls tenants de l'interprétation qui étend à l'Eglise universelle le bénéfice de la prière j'oga^>i. Or cette manière de voir

1. Saint Thomas, E.rposilio symboli : « Ecclesia taiiK^n Pctri et lido vigot et ab eri'oribus munda est, » Voici lotcxtcMlo Grc'goiro VU {cp. VIII. 1, M. 118.573): "... in qua (romana Ecclesia) iiullus iinquam haereticus pracluissc dignoscitur, ncc unquam praeficionduni, praoscrtini Domino promittente, confidimus : Ait enim Dominiis Jésus : Ego picole rogavi... «

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