TEXTE « EGO ROGAVI PRO TE
a pour elle huit autres docteurs de Paris, parmi lesquels saint Thomas et saint Bonaventure. Elle groupe encore autour d'elle huit autres docteurs, entre autres le pape Léon IX et saint Vincent Ferrier. Bellarmin a donc ici manqué de franchise. Il en a manqué également dans son exposé de rinterprétation qui fait de 7'ogaçi un privilège personnel à Pierre, privilège ayant pour objet la persévérance dans la foi. Il la met sur le compte de quelques-uns de ses contemporains et il la repousse. Il ne dit pas que cette façon de comprendre rogaçl, si elle est représentée par trois auteurs de la fin du seizième siècle, a aussi pour partisans trente-sept Pères ou docteurs anciens, sans parler de deux conciles. Peut-on procéder avec moins de bonne foi? Enfin Bellarmin signale, comme la bonne interprétation, celle qui voit dans rogaçi deux privilèges, dont l'un pour Pierre et l'autre pour ses successeurs... Mais quels sont les partisans de cette exégèse composite? Il ne le dit pas. En réalité, sa troisième interprétation est un amalgame de deux sentiments qui n'ont rien de commun. On y trouve d'abord la théorie qui fait de rogavi un privilège personnel à Pierre, théorie que Bellarmin vient de présenter comme une invention de quelques contemporains et qu'il reconnaît maintenant chez trois ou quatre docteurs anciens. On y trouve ensuite la théorie d'après laquelle le rogavi garantit à tous les successeurs de Pierre un enseignement pur d'erreur. Or cette seconde théorie, sous la forme précise que lui donne l'auteur des Contro{>erses^ est inconnue aux anciens docteurs qui, à partir d'Agathon, attribuent parfois l'indéfectibilité dans l'orthodoxie à l'Eglise romaine ou au siège apostolique, c'est-à-dire au concile de la province de Rome, mais non au pape en personne. » Le violent réquisitoire qu'on vient de lire ne resta pas enfoui dans les œuvres peu connues de Launoi. Bossuet l'utilisa et ne craignit pas d'avancer que les Pères, ainsi que les plus illustres scolastiques, avaient vu dans le rogaçi une garantie d'infaillibilité non pour la personne du pape, mais, pour TEglise universelle ou pour l'Eglise romaine ^ Néanmoins le
1. Defenslo, appendix, I, 7. Voir aussi Duimn, De anliqua Ecclesiae disciplina, diss. 5. 2.