Defensio
3. De vi ac ralione primatus, 14. 5, p. 1152, 113*J, llGl. Voir encore Grégoire XVI, Triomphe du Saint-Siège et de l'Église, 9, loc. cit., p. 922 et suiv. ; MuzzARELLi, l'Infaillibilité du pape, tr. fr., p. 228.
308 l'infaillibilité du pape.
d'Alexandrie ne saurait perdre son rang à cause de l'indignité de son dernier évêque, Dioscore. L'autre texte reproduit la même pensée. Le pape déclare que les droits d'un siège sont indépendants des mérites ou des démérites de ses titulaires. Qu'est-ce que cela a de commun avec la distinction imaginée par les gallicans? » Ballérini continua sur ce ton et montra que, selon saint Léon, le titulaire même indigne héritait des droits inhérents à son siège. Il conclut que, d'après ces principes, chaque pape devait posséder la primauté attachée au siège de Rome. Puis il appela les Pères à confirmer sa déduction. « La tradition patristique, s'écria-t-il, ne distingue pas entre la foi du siège de Rome et la foi du pontife qui occupe ce siège. Saint Jérôme écrit à Damase qu'il consulte : « Je suis uni à votre béatitude, c'est-à-dire à la chaire de Pierre ». Saint Augustin dit indifféremment que les pélagiens ont été condamnés par Innocent et par le siège apostolique; il identifie la sentence du pape avec la sentence de son siège. Saint Prosper écrit : Le siège vénérable de Pierre parle ainsi à tout l'univers par la bouche du pape Zosime... Les adversaires prétendent encore que les décisions du pape... sont indéformables seulement par le fait de l'adhésion que leur donne l'Eglise... Or interrogeons la tradition des Pères. Saint Irénée qui attribue si clairement une force coactive à la foi romaine... ne fait pas dériver cette force du consentement de l'Eglise ou des évêques. II ne dit pas, ce qui serait du reste ridicule : « Il est nécessaire à toutes les églises de s'accorder avec la foi romaine quand elles lui ont donné leur adhésion. Il fait dériver cette nécessité du privilège de la primauté... De même les autres Pères, quand ils parlent de l'unité de foi que l'on doit avoir avec Rome, ne font pas intervenir le consentement de l'Eglise. Ils disent avec saint Jérôme : Je sais que l'Église est bâtie sur cette pierre; avec saint Augustin : C'est la pierre que les portes superbes de l'enfer ne sauraient vaincre ; avec saint Cyprien : Là est la foi louée par l'apôtre et auprès de laquelle la perfidie ne peut trouver accès... »
En somme, les défenseurs du dogme de l'infaillibilité trouvèrent dans l'histoire des appuis précieux. Mais ils y rencontrèrent aussi des obstacles. Et après avoir dressé contre les
PREUVE PATRISTIQUE. 309
gallicans les preuves de leur croyance, ils virent à leur tour se dresser devant eux des difficultés qu'ils eurent à résoudre. Ces difficultés vinrent de plusieurs sources. Elles vinrent des conciles qui, à différentes reprises, s'étaient érigés en juges des enseignements émanés de Rome; elles vinrent encore de certains docteurs qui s'étaient inscrits en faux contre les décisions doctrinales des papes; mais elles vinrent surtout des papes eux-mêmes qui n'avaient pas toujours été à la hauteur de leur mission et s'étaient parfois laissé entraîner dans l'erreur.