Defensio
306 l'infaillibilité du pape.
gler. Le pape saint Léon lui-même écrivit à l'empereur qu'on devait s'abstenir d'un concile, vu la clarté de laffaire en litige. 11 n'en contestait pas l'importance; il reconnaissait au contraire que la question des natures du Christ était très grave. Mais elle était évidente et les disputes ne l'avaient encore obscurcie d'aucun nuage. Elle pouvait donc être tranchée sans un concile et par le simple jugement du pape Léon, si toutes les églises avaient marché d'accord. De même, saint Augustin a pu dire, à bon droit, que la question pélagienne était tranchée par les rescrits apostoliques qui confirmaient les deux conciles d'Afrique. Elle était tranchée par l'accord manifeste de l'épiscopat et de toute l'Eglise avec le saintsiège. » '
Telle fut l'explication que Bossuet donna au texte de l'évéque d'Hippone. Les gallicans l'adoptèrent et c'est elle qu'à la veille du concile du Vatican, nous retrouvons dans les écrits de Maret et de Doellinger ^ . Il fut reçu chez les adversaires de l'infaillibilité que, dans la pensée de saint Augustin, le causa finita est, à la suite d'un jugement de Rome, s'appliquait exclusivement aux cas où tous les évèques dispersés étaient d'accord à condamner une poignée de dissidents ; qu'il avait pour cause, non le jugement pontifical lui-même, mais l'accord de l'épiscopat constaté par la réponse de Rome ; et que le seul tribunal compétent pour trancher les questions obscures était le concile général.
Les partisans de l'infaillibilité ripostèrent que si saint Au-
1. Maklt, Du concile général et de la pair relirjicusc, I. 515; Doellim;ek, La pcCpaulé, p. G (trad. fr., Paris, 1904). — Dupin {De aniiqua Ecclesiae disciplina, p. 370) donne du causa finita est une explication un peu différente : « Respoudeo finitam dici causam pelagianorum post conciliorum et apostolicae sedis judiciuni, non (juod nulluui superius esset judiciuni, sul)erius enini agnoscit in simili causa Augustinus, quum ait post judiciuni ronianae sedis adhuc restasse plenarium Ecclesiae concilium, sed quia post damnaiionem romani ponlificis, pelagianorum causa omni defensione spolia la erat. •■ 11 fait observer ensuite que les pc'lagiens s'étaient vantés tout d'abord d'avoir l'appui de Rome et que le rescrit apostolique ruinait leurs prétentions. Toutefois ils'iniagino à tort que le sermon d'où est extrait notre texte est postérieur à la condamnation prononcée par Zosime. — Febkonius, De statu Ecclesiae, 3. 8, n. 4, prétend que saint Augustin commença par examiner les rescrits de Rome et que, les ayant trouvt's orthodoxes, il prononça le causa finita est.
PREUVE PATRISTIQUE. 307
gustin avait voulu restreindre le causa finita est aux erreurs évidentes et déjà condamnées par le jugement de l'Église dispersée, il aurait fourni lui-même des armes aux hérétiques. Ceux-ci, en effet, pourraient toujours répondre que la fausseté de leur doctrine n'est pas évidente, que l'Église dispersée ne s'est pas clairement prononcée contre eux, et qu'ils ont le droit de s'insurger contre le jugement du pape qui les condamne. On conclut que le saint évéque d'Hippone avait étendu le causa finita est à tous les jugements doctrinaux prononcés par le pape et que, dans sa pensée, le saint-siège était le tribunal suprême, devant lequel tous devaient s'incliner, tribunal, par conséquent, inaccessible à l'erreur ^
Quant aux autres textes patristiques, le principal moyen de défense des gallicans étant la distinction entre le siège apostolique et le pape [sedes et sedens), ce fut surtout à cette distinction que les théologiens infaillibilistes s'attaquèrent. Bossuet l'avait appuyée sur ces deux formules du pape saint Léon : Aliud sunt sedes, aliud praesidentes. — Diversa nonnuii' quam sunt mérita praesulum, tamen jura permanent sedium'^. Ballérini montra tout ce qu'avaient de trompeur ces prétendus appuis ^. « Quand saint Léon, dit-il, écrit aliud sunt sedes, aliud praesidentes, son but est de défendre, conformément aux canons de Nicée, la préséance de l'église d'Alexandrie sur celle de Constantinople; et la phrase aliud sunt sedes, etc., est destinée sous sa plume à expliquer que l'église
1. Ballérim, De vl ac ratlone prhnatiis, 13. 9, p. 1071. Zaccahia, VAnti- Fébronius (tr. fr., III. 122) réfute Fébronius : « Il (Augustin) ne dit pas, comme voudrait lui faire ajouter Fébronius : Je les ai comparés avec la tradition des églises d'Afrique... à plus forte raison ne dit-il pas : J'ai fait ces comparaisons pour m 'assurer de la vérité de ces rescrits. Non, saint Augustin ne disait ni ne pouvait rien dire de semblable; car son sentiment n'était-il pas que cette cause ayant été instruite par le siège apostolique, les pélagiens n'avaient plus droit à ce qu'elle fût examinée de nouveau? Du moins, c'est ce qu'il disait dans son dernier ouvrage contre Julien : « Malheureux, lui disait-il, que parlez-vous encore d'examen de votre cause, comme si cet examen n'avait pas été fait par le siège apostolique? »