‹ Histoire de la théologie positive (volume 2)Chapitre 309 sur 371 · ARTICLE PREMIER. — LA SUPERIORITE DU PAPE SUR LES CONCILES GÉNÉRAUX · texte numérisé non relu

ARTICLE PREMIER. — LA SUPERIORITE DU PAPE SUR LES CONCILES GÉNÉRAUX

Pighi et Sander n'étudièrent que superficiellement la question des rapports du pape et des conciles. Stapleton ne Taborda pas. Bellarmin fut le premier, depuis lapparition du protestantisme, à utiliser les travaux écrits par Torquemada et Cajetan avant 1520 ^

Il commença d'abord par poser en principe que le pape est « le chef de toute l'Eglise ». Et il appuya cette assertion, dune part, sur les textes évangéliques : Saper hanc petram, — Pasce oi^es meas, qui ont investi saint Pierre du rôle de fondement et de pasteur; d'autre part, sur l'autorité des quatre conciles de Chalcédoine, de Lyon, de Florence et de Constance. En effet, les Pères de Chalcédoine avaient dit dans une lettre adressée au pape saint Léon : « Tu présidais comme notre tête ». Le concile de Lyon avait appelé le pape « recteur de l'Eglise universelle ». Le concile de Florence avait dit de lui qu'il est « le chef de l'Église universelle et qu'il a reçu le plein pouvoir de gouverner toute l'Eglise ». Et le concile de Constance luimême avait proclamé contre les hussites que le pape possède : « supremam aactoritateni in Ecclesia Dei-y).

Ce point une fois acquis, l'auteur des Controverses précisa la question et entreprit d'établir la supériorité du pape sur les

L De conciliis et Ecclesia militante, lib. 2. 2. De concil. et EccL, 2, lo.

conciles. Après avoir fait appel à divers raisonnements théologiques, il descendit sur le terrain des textes. Voici les parties principales de sa démonstration '.

La supériorité des papes sur les conciles, outre qu'elle est la conséquence de leur primauté absolue, est prouvée par les déclarations expresses des conciles et des papes... C'est d'abord le concile de Sinuesse, tenu sous le pape Marcellin^, qui dit : « Prima sedes a nemine judicatur ». Puis vient un concile romain tenu sous Silvestre ^ et dans lequel on lit : « Nemo judicabit primam sedem ».Le concile de Chalcédoine nous conduit au même résultat. Beaucoup de lettres, en effet, adressées au concile, portaient comme inscription : « Au très saint et très vénérable patriarche universel de la grande Rome, Léon, et au saint concile universel réuni à Chalcédoine ». Or cette formule, qui mettait le pontife avant le concile tout entier, ne souleva aucune protestation. De plus, le concile lui-même écrivit à Léon une lettre dans laquelle il l'appela son chef et son père '*. D'ailleurs le concile condamna Dioscore ainsi que le synode d'Ephèse, pour avoir, entre autres choses, poussé l'audace jusqu'à juger et condamner le pontife romain Léon.

Puis vient le cinquième concile romain, tenu sous Symmaque ^, qui reçut et approuva le livre du diacre Ennodius dans lequel nous lisons : « Dieu a voulu que les autres causes humaines fussent jugées par les hommes. Mais il s'est réservé le chef de ce siège et il a voulu que les successeurs de Pierre ne fussent redevables de leur innocence qu'au ciel. » Puis vient le huitième concile ® dans lequel nous lisons que le pontife romain a jugé toutes les églises, mais que personne ne l'a jamais jugé. De même, Platina et Paul-Emile racontent que, Charlemagne étant venu à Rome pour juger le pape Léon III accusé de beaucoup de crimes, tous les évêques qui étaient là s'écrièrent qu'il n'était permis à aucun homme de juger le

Page 1