Convocation
Au livre IV de sa Hierarchia ecclesiastica^ Pighi prouva que le pape a seul le droit de convoquer les conciles généraux. Il établit ce droit sur un canon des apôtres attesté par le pape Marcel ainsi que par le pape Jules et renouvelé par le concile de Nicée. « Le glorieux martyr et pontife Marcel, dit-il, fait mention de ce décret apostolique dans sa lettre aux Antiochiens où il déclare :... Les mêmes apôtres ont décidé, sous l'inspiration du Seigneur, qu'aucun synode n'aurait lieu sans l'autorité du siège apostolique... Jules dit de même : Les apôtres et leurs successeurs ont arrêté depuis longtemps qu'aucun concile ne devait être célébré en dehors du pontife romain. » Pighi rapporta aussi une lettre du pape Pelage II, dans laquelle on lisait que le siège apostolique a seul le droit de convoquer les conciles généraux. Toutefois, le docte apologiste reconnut que les princes chrétiens avaient peut-être, parfois, convoqué des conciles, sans attendre Tordre et l'autorisation du saint-siège et il mit cette conduite sur le compte d'un zèle louable, mais non selon la science \
1. Hierarcliiae ecclesiaslicae assertlo, G, 8 et 9, p. •297 à :29iJ (Cologne, 1558).
Cependant, sans se laisser arrêter par la dissertation de Pighi, les protestants, notamment les Centuriateurs. exploitèrent à leur profit l'histoire de la convocation des conciles généraux. Appuyés sur les textes de Rufm, de Théodoret, dEvagre et de saint Léon, ils enseignèrent que les empereurs avaient eu seuls part à la convocation des grandes assemblées de Nicée, de Constantinople, d'Éphèse et de Chalcédoine. Et ils conclurent que, dans les premiers siècles, le droit de réunir les conciles généraux appartenait aux empereurs. Ils confirmèrent leur assertion par ce mot de saint Jérôme à qui on objectait un concile : « Dites-moi donc quel est l'empereur qui a convoqué ce concile! ^ » Il fallait leur opposer une réponse. Bellarmin se présenta. Voici sa dissertation, dans laquelle on remarquera sans peine des emprunts à Pighi :
Que le droit de convoquer les conciles généraux appartienne aux souverains pontifes et non aux empereurs, c'est ce que prouve d'abord la sainte Ecriture. b]n eifet, un concile ne peut être légitime s'il n'est rassemblé au nom du Christ, selon ce texte de saint Matthieu : Ubi sunt duo vel très congregati in nomine meo^ ihi suin in medio eorum. Or, pour être assemblé au nom du Christ, il faut être assemblé par l'autorité du Christ.
1. Ccnlur. 4, cap. 7; Calvin, Insiilnlion de la religion chrclienne, 4, vu, i>, dit : « Quant est d'assembler des conciles, c'estoit Toffice de chacun métropolitain de faire tenir les synodes en leurs provinces une fois ou deux l'an, selon qu'il estoit ordonn('>. En cela l'évesque de Rome n'avoit que voir. Le concile universel ne se d(''nonçoit que par l'empereur et les évesques y estoient appelés par son autoritc' seulement. Car si quelqu'un des évesques eust attenté cela, non seulement il n'eust pas esté obey des autres qui estoient hors de sa i)rovince, mais il s'en fut incontinent ensuyvi quelque esclandre. L'empereur doncques dénonçoit à tous qu'ils convinssent. Socrates historien raconte bien que Jules évesque romain se plaignoit de coux de l'Orient, de ce qu'ils ne l'avoient point appeh' au concih' d'Antioche, alh'iiant qu'il estoit défendu par les canons de rien ordonner sans en avoir communique'' à l'évesque de Rome; mais qui est-ce qui ne voit que cela se doit prendre des décrets qui appartiennent à l'Église universelle? Or ce n'est de merveille si on faisoit cet honneur tant à ranciennet('' et noblesse de la ville qu'à la diiznité de l'Église, de constituer (ju'il ne se list aucun décret universel touchant la doctrine chrestienne, en l'absence de l'c'vesque de Rome, moyennant qu'il ne refusast point d'y assister. Mais de quoi sert cela pour fonder une domination universelle? Car nous ne savons pas que l'évesque romain ait esté un des principaux... >>
c'est-à-dire par celui qui a reçu du Christ cette autorité... car, dans l'Ecriture, l'expression « in nomine » signifie presque toujours « par l'autorité... )>. Or, quand le Christ monta au ciel, il ne confia pas son Eglise à Tibère alors régnant. Il la confia à saint Pierre. Donc ceux que réunit le successeur de saint Pierre, ce sont ceux-là qui sont réunis au nom du Christ, et non ceux que réunit le successeur de Tibère.
Une quatrième preuve est tirée d'un très ancien canon qui défend de rassembler des conciles en dehors du pontife romain. Ce canon nous est présenté comme étant d'origine apostolique par le pape Marcel, dans sa lettre aux évêques de la province d'Antioche. Il a été renouvelé par le concile de Nicée, ainsi que l'attestent le synode d'Alexandrie et le pape Jules. Si donc il est défendu de célébrer des conciles en dehors du pontife romain, il en résulte que c'est surtout à ce pontife de convoquer les conciles.
Une cinquième preuve est tirée du concile de Chalcédoine, où Dioscore reçut défense de prendre rang parmi les évêques, parce qu'il avait osé tenir un concile sans l'autorité du siège apostolique, « ce qui, dit le concile, n'a jamais été permis et n'a jamais eu lieu ». Nous trouvons un fait semblable au septième concile général, qui annula un concile de Constantinople parce qu'il avait été rassemblé par l'empereur sans le consentement du pontife romain.
Une sixième preuve est tirée du concile romain tenu sous le pape Symmaque. Le roi Théodoric ayant déclaré devant les évêques rassemblés qu'il avait convoqué ce concile pour juger le pape Symmaque, tous les évêques répondirent que c'était au pape et non au roi de convoquer un concile, même quand le pape était accusé. Le roi dit qu'il avait obtenu le consentement du pape. Les évêques ne cessèrent de protester qu'au moment où le roi lut une lettre du pontife qui confirmait son assertion.
Les anciens pontifes fournissent une septième preuve. Le pape Léon écrit à Turibe : « Nous avons envoyé des lettres à nos frères et coévêques, et nous les avons convoqués à un concile général. » Pelage II écrit aux Orientaux : « Le droit de convoquer les conciles généraux a été confié au siège aposto-
lique, par le privilège singulier du bienheureux Pierre. » Avant Pelage et Léon, Sixte JII avait dit aux Orientaux : « L'auguste Valentinien a convoqué le synode par notre autorité. » Adrien H dit à l'empereur Basile, dans une lettre lue au huitième concile : « Nous voulons que votre piété convoque un concile nombreux à Constantinople. )> Ajoutons le témoignage de l'empereur Valentinien qui, prié par les évèques de les autoriser à célébrer un concile, leur fit la réponse suivante mentionnée par Socrate : « Ce n'est pas à moi, qui suis du peuple, de scruter ces problèmes. Que les évêques se rassemblent où ils veulent. »
Après avoir développé sa thèse, Bellarmin passe aux objections pour les résoudre K En ce qui concerne le concile de Nicée, dit-il, nous lisons dans les actes du sixième concile que Constantm et Sylvestre ont réuni le grand concile de Nicée. De plus, Damase écrit dans le Pontifical que le concile de Nicée fut tenu avec le consentement de Sylvestre. Et Rufin raconte, au dixième livre de son Histoire^ que Constantin rassembla le concile : « ex sententia sacerdotum ». — Quant au premier concile de Constantinople, Théodoret nous apprend que l'empereur Théodose ne le convoqua pas, mais qu'il se borna à transmettre aux évêques les lettres d'indiction du pape Damase. Nous avons sur ce sujet l'attestation précise des évêques du susdit concile dans leur lettre au pape. — Le concile d'Éphèse fut convoqué, selon la Chronique de Prosper, par les soins de Cyrille et par l'autorité du pape Célestin. Du reste, Evagre, la lettre de Célestin à Cyrille et Photius nous apprennent que Cyrille se rendit au concile d'Ephèse comme délégué du siège apostolique, ce qui prouve que ce concile ne fut pas rassemblé sans le consentement du pontife. — Pour ce qui est du concile de Chalcédoine, nous avons une lettre de l'empereur Marcien au pape saint Léon, dans laquelle l'empereur, étant sur le point de convoquer le concile, prie le pontife de s'y rendre et de faire le concile, ou, s'il ne peut venir, de faire connaître ses intentions par lettre. Il termine en annonçant qu'il va convoquer les évêques dans un lieu déterminé. « afin,