Présidence
Nous retrouvons ici l'antagonisme que nous venons de rencontrer. D'un côté, on pose comme un fait historique que les premiers conciles œcuméniques ont été présidés par les légats des papes. De l'autre, on affirme que cette assertion est démentie par l'histoire. Comme toujours, c'est Bellarmin qui défend les droits de la papauté. En face de lui se tiennent d'abord Calvin '^ et les Centariateurs que Bellarmin harcèle . Mais
1. BiANCHi, Délia potesla e délia polilica délia Chtesa, tome 4, 2, cap. 3, 9, 1; Pekrone, De loch theologicis, sect. 1, n. 660; Zaccaria, VAnli-Fébronius, 4. 178.
2. HuRTER, Theologiae dogmatlcae compendium, 9® édit., 1. 418. Toutefois les conclusions des théologiens ont été combattues par Funk (Kircliengeschiclitliche Abhandlungen und Unlersuchungen, Paderborn, 1897, 1. 39-86), qui n'attribue aucune part aux papes dans la convocation des huit premiers conciles.
3. Calvin, Insiitulion de la religion chrétienne, 4,7. 1 et 2 : « Jule (!) qui estoit alors evesque de Rome avoit envoyé au concile (de Nicée) deux vicaires pour y estre en son nom. Iceux furent assis au quatrième lieu. Je vous prie, si on eust recognu Jule pour chef de l'Église, ceux qui représentoient sa personne eussent-ils esté reculez jusqu'au quatrième lieu?... Au concile d'Ephèse, il semble que Célestin qui alors estoit evesque romain usa d'une pratique oblique afin de pourvoir à la dignité de son siège, car... il requit Cyrille evesque d'Alexandrie, lequel autrement devoit présider, de tenir sa place. De quoi servoit un tel vicariat, sinon
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nous voyons apparaître plus tard Launoi qui vient au secours des protestants et cherche à ensevelir Bellarmin sous une montagne de textes. Voici résumée la thèse qu'on lit dans les Controç^erses K
Les protestants prétendent que la présidence des anciens conciles généraux n'a presque jamais appartenu au pape, mais bien à l'empereur, à ses délégués ou au plus ancien des patriarches. Les catholiques enseignent que, seul, le pape a le droit de présider les conciles par lui ou par ses légats. Ils observent seulement que les papes n'ont jamais présidé par eux-mêmes les conciles d'Orient, en partie parce qu'il ne leur convenait pas de se déplacer, eux les chefs, pour s'adjoindre à leurs subordonnés, en partie parce que les empereurs, qui assistaient à tous ces conciles personnellement ou par des délégués, sans exercer la vraie présidence, occupaient néanmoins une place d'honneur qu'ils n'auraient pas voulu céder aux papes et que les papes auraient pourtant réclamée.
Ceci posé, le droit du pape à la présidence des conciles résulte du texte Pasce o^es meas qui établit le successeur de Pierre pasteur des évêques et des princes eux-mêmes. 11 résulte encore de ce fait que les évêques réunis en conciles ont donné aux souverains pontifes le titre de pères et se sont proclamés leurs fils. Du reste, l'histoire confirme cette assertion. Le concile de Nicée fut présidé, non par Constantin, mais par l'évêque Osius et par les prêtres Vitus et Vincent. C'est ce que nous savons par les souscriptions dans lesquelles ces trois noms occupent la première place, par Cédrénus et Pliotius, qui attribuent la présidence de Nicée aux légats du pape Sylvestre, et par Athanase qui présente Osius comme le chef du concile et l'auteur du symbole de Nicée. Or Osius, simple évêque,
afin que son nom poust tellement qiiellement entrer au premier siège?... Le concile de Clialcédoine vint après, auquel par le congé ou ordonnance de l'empereur, les ambassadeurs de l'Église romaine pn'sidèrent. Mais Léon mosme confesse bien que cela se faisoit par un privilège extraordinaire. Car quand il le demande à Marcien empereur et à l'impératrice, il ne prétend pas qu'il lui soit deu, mais il allègue pour couverture que les ovesques d'Orient qui avoient présich' au concile d'Eplièse (au brigandage) s'étoient là mal portez et y avoient abusé de leur puissance. » 1. De conciliis et Ecclesia militante. 1. 10.
n'aurait pas eu le pas sur les patriarches, s'il n'avait représenté le pontife romain. Aussi lisons-nous dans une préface du concile de Sardique que Osius de Cordoue fut à Nicée le légat du pontife romain.
Le concile de Constantinople de 381 ne fut présidé ni par Damase ni par ses légats, mais par Nectaire, évêque de Constantinople. Cela tient à ce que le pape, qui avait fait les évêques orientaux se rassembler dans la ville impériale, voulait qu'ils se rendissent de là à Rome où il tenait lui-même un concile. Les évêques orientaux ne purent déférer aux vœux du pape et ils s'unirent de cœur, mais non physiquement, aux évêques d'Occident.
Le concile d'Ephèse ne fut pas présidé par l'empereur Théodose II, qui déclara au contraire que son représentant, le comte Candidien, devait rester étranger aux controverses théologiques et se consacrer uniquement à la défense du concile. Il fut présidé par saint Cyrille qui exerça cette fonction en qualité de légat du pape. C'est ce que nous apprennent Evagre, Photius et d'autres encore.
L'empereur Marcien assista à la première séance du concile de Chalcédoine et il y occupa la première place. Ses officiers assistèrent aux autres séances. Mais Marcien ainsi que ses officiers vinrent là pour veiller au maintien de l'ordre : ils ne présidèrent pas. La présidence fut exercée par les légats du pape Léon, qui toujours furent nommés les premiers, furent les premiers à parler, les premiers à souscrire, et qui aussi furent les premiers à prononcer contre Dioscore la sentence de condamnation.
Le cinquième concile fut célébré sous la présidence, non pas de Mennas, comme le dit faussement Calvin, mais d'Eutychius, le successeur de Mennas. Or Eutychius reconnut que le pape Vigile eût présidé de droit s'il avait voulu prendre part aux réunions du concile. Mais Vigile, qui pourtant était alors à Constantinople, se tint complètement à l'écart.
Le sixième concile eut pour présidents les légats du pape Agathon. L'empereur Constantin Pogonat qui assista aux séances, occupa bien la place d'honneur, mais n'exerça à aucun degré les fonctions de président. Le septième concile, tenu à
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Nicée, fut présidé par les légats du pape Adrien I, et le huitième concile eut à sa tête les légats du pape Adrien II. Quant aux conciles postérieurs, il ne fait de doute pour personne qu'ils furent sous Tinfluence du souverain pontife. On voit donc que le droit du pape à la présidence des conciles est attesté par une tradition continue.
A cette thèse de Bellarmin, Launoi opposa la suivante au huitième livre de ses Lettres. Les Pères ^ ont dit que le texte Pasce 0{>es meas avait été adressé dans la personne de Pierre à tous les évoques ou même à tous les chrétiens. Jamais ils n y ont vu le droit du pape à la présidence des conciles. Bellarmin, en invoquant ici ce texte, a donc violé la règle du concile de Trente qui prescrit de conserver l'exégèse traditionnelle. Quanta son interprétation de Thistoire, elle n'est pas plus exacte que son interprétation de l'Ecriture.
C'est dans Gélase de Cyzique que l'évêque de Cordoue Osius est, pour la première fois, associé, en qualité de légat du pape Sylvestre, aux prêtres Vitus et Vincent. A partir de Gélase, cette notice revient fréquemment. Ilincmar, Grégoire Vil, Léon IX et beaucoup d'autres nous disent qu'Osius, ainsi que les deux prêtres romains ci-dessus nommés, présidèrent le concile de Nicée comme représentants du saint-siège. En revanche, les auteurs des quatrième et cinquième siècles ne disent rien de semblable. Ceux d'entre eux qui mentionnent Vitus et Vincent, racontent bien que ces hommes furent envoyés à Nicée par Sylvestre, mais ils ne leur donnent pas le titre de présidents. Et ceux qui disent ou laissent entendre quOsius présida, ne font de lui à aucun degré un légat du pape. Gélase ne mérite donc aucune créance. D'ailleurs il contredit souvent les auteurs plus anciens, il se contredit parfois lui-même. Et il est d'autant plus suspect ici qu'il déclare transcrire Eusèbe; or Eusèbe ne dit pas un mot de la légation d'Osius. En réalité, on ne sait par qui fut exercée la présidence, attendu que si elle est parfois attribuée à Osius, elle est aussi mise sur le compte d'Alexandre d'Alexandrie et surtout d'Eustathe d'Antioche. Ou plutôt un texte d'Eusèbe nous permet de con-