LE POUVOIR DES PAPES DANS L ORDRE TEMPOREL
pape. Bellarmin ^ et Suarez-, pour ne mentionner que les deux plus grands docteurs, rejetèrent hautement la doctrine du pouvoir direct. Ils enseignèrent donc que l'autorité civile venait de Dieu sans passer par le pape ; qu'elle ne relevait pas du successeur de Pierre; qu'elle lui était simplement subordonnée; et qu'en somme, il y avait dans le monde deux pouvoirs distincts. Les textes: Qiiid ad me de his qui foris sunt jiidicareP — Reddite quae sunt Caesaris Caesari. — Reddite omnibus débita : cui tributum, tributum, oui vectigal, \>ectigal, etc. ^, furent les principales preuves scripturaires de la distinction des pouvoirs. Les preuves patristiques furent les textes suivants : « Si l'empereur demande le tribut, on ne le lui refusera pas; les champs de l'Église paient le tribut... Si le tribut appartient à César, on le donnera. Mais l'Église est à Dieu ; elle ne peut être asservie à César' ». « Dieu t"a donné l'empire; le Christ nous a confié à nous ce qui appartient à l'Église •' ». « Empereur Auguste, il y a deux choses qui gouvernent ce monde : l'autorité sacrée des pontifes et le pouvoir royal ^ » « Le ciel a donné à la piété de Messeigneurs le pouvoir sur tous les hommes^ ». « N'opposez aucun obstacle à l'Église; l'Église n'oppose aucun obstacle à votre autorité.. Le Christ, médiateur entre Dieu et les hommes, a distingué les deux pouvoirs par des fonctions et des prérogatives particulières^». « Le glaive est à toi. Si ce n'est pas, en effet, ta main qui le fera sortir du fourreau, c'est du moins à ton invitation qu'il en sortira. Autrement le Seigneur n'eût pas répondu aux apôtres qui lui parlaient de deux glaives : C'est assez; il eût dit : C'est trop ■'. » Et en citant ce dernier texte, Bellarmin observa que la théorie des deux glaives avait déjà été formulée par saint Bernard, avant de l'être par Boniface VIII ^^.