II Cor
NATURE DE l'iNSPIRATION. 37
Les Pères n'avaient-ils pas condamné cette conception de l'inspiration divine, quand ils avaient présenté les auteurs sacrés comme les organes du Saint-Esprit? Saint Jérôme ne s'était-il pas hautement prononcé contre la présence d'erreurs dans l'Écriture? Saint Augustin n'avait-il pas expressément mis les écrivains inspirés à l'abri des défaillances de mémoire? Et, dans son traité Contre Fauste, n'avait-il pas déclaré que le texte biblique avait pu parfois être mal transcrit par les copistes ou mal compris par les interprètes, mais que, sous sa forme primitive, il ne contenait aucune inexactitude? Les théologiens firent valoir toutes ces considérations. Ils citèrent notamment ce passage de l'évêque d'Hippone : « Il n'y aura pas de livre pour diriger la faiblesse de l'ignorance humaine, si l'autorité salutaire des livres canoniques est abolie entièrement par le mépris ou si l'on y donne atteinte par quelque doute. » Et ils s'élevèrent avec force contre le sentiment patronné par Erasme, Quant aux preuves dont cette théorie prétendait s'appuyer, plusieurs n'étaient rien de plus que des impressions. Pour les réfuter, il suffisait de leur opposer des impressions contraires. On répondit donc que l'on ne voyait aucun inconvénient à ce que le Saint-Esprit inspirât aux écrivains sacrés des pensées familières ou des expressions imprécises. Les autres difficultés, si elles étaient plus spécieuses, n'étaient pas plus solides, et il ne fut pas difficile de signaler leur point faible. Saint Paul, dit-on, entendait par les commandements du Seigneur les préceptes inscrits dans l'Évangile, et les conseils qu'il donnait en son propre nom étaient ceux qui ne dérivaient pas de la prédication du Sauveur, mais qui lui avaient été suggérés par le Saint-Esprit. La formule : Caeteris ego dico non Dominus ne prouve donc pas que l'inspiration a fait parfois défaut à saint Paul ou aux autres écrivains inspirés. L'expression etsi poeniteret ne prouve pas davantage, attendu qu'elle implique l'idée de tristesse, mais non de regret. Les Corinthiens ont reçu un châtiment sévère qu'ils n'avaient que trop mérité, et ils en ont éprouvé de la peine. L'apôtre, après avoir châtié ses enfants, a éprouvé un sentiment de tristesse au spectacle de la peine qu'il leur a infligée. Il n'y a rien en tout cela qui soit contraire à l'inspiration. Telles furent les explications que l'on
donna aux textes de saint Paul. Restait la question des inexactitudes et des erreurs. On répondit que ce problème n'existait pas, que les écrivains sacrés n'avaient jamais altéré la vérité et que le tout était de bien comprendre leurs textes.
Forts de ces considérations, les théologiens étendirent généralement l'inspiration à toutes les parties de la Bible. Toutefois ils restèrent divisés quand il s'agit de préciser l'idée de l'inspiration et d'en analyser les éléments. Disons en deux mots que, dans toutes ces théories, la théologie positive occupa une place fort restreinte. Les uns soutinrent que leur sentiment rendait seul compte du texte de saint Pierre ^ : Spiritu sancto inspirati locutl sunt Dei homines et qu'ils étaient également les seuls héritiers de la pensée des Pères. Les autres alléguèrent les aveux suivants de l'auteur du second livre desMachabées ^, aveux dont ils tirèrent des conséquences plus ou moins considérables : « En nous engageant à faire cet abrégé, nous n'avons pas entrepris un ouvrage qui soit aisé, mais un travail qui demande une grande application et beaucoup de peine... Si (cette histoire) est écrite d'une manière moins digne de son sujet, c'est à moi qu'on doit l'attribuer ^. »