De loc'is tlieolofjicis, i.l
OBSCURITÉ DE l'ÉCRITURE. 39
était donc vraiment obscure et elle ne pouvait, sans un secours étranger, nous livrer la doctrine chrétienne. Telle fut la thèse de Melchior Cano. Driedo \ Sander^, Stapleton^, Bellarmin'', prirent une autre voie et, négligeant le problème du canon, ou, du moins, le reléguant au second plan, ils s'attachèrent à mettre en relief l'obscurité du texte scripturaire lui-même. Laissons la parole à Bellarmin.
L'Écriture atteste elle-même sa propre obscurité. Elle l'atteste dans l'Ancien Testament où nous lisons des déclarations comme celles-ci : « Donne-moi l'intelligence et je scruterai ta loi. — Ote le voile de devant mes yeux et je considérerai les beautés de ta loi. — Projette sur ton serviteur les rayons de ta face et enseigne-moi tes lois ^. » Voilà comment parlait David qui, pourtant, connaissait toute l'Écriture de son temps et qui savait l'hébreu ! C'est le cas de dire avec saint Jérôme : « Quand un si grand prophète avoue son ignorance, quelle n'est pas la nôtre, à nous pauvres petits qui sommes encore à la mamelle^ ? » Le Nouveau Testament parle comme l'Ancien. Au dernier chapitre de saint Luc, nous voyons Notre-Seigneur expliquer les saintes Écritures à ses apôtres, qui pourtant étaient mieux à même que nous de les comprendre, puisqu'ils savaient l'hébreu. Au livre des Actes, nous entendons l'eunuque de la candace d'Ethiopie répondre à Philippe qui lui demande s'il comprend Isaïe : « Comment le comprendrai-je, si personne ne me l'explique? » Enfin saint Pierre lui-même déclare qu'il y a dans les épîtres de saint Paul « des choses difficiles à comprendre que les esprits ignorants et inquiets dénaturent" ». Et, notons-le bien, l'apôtre ne dit pas que les épîtres de saint Paul sont obscures seulement pour les esprits ignorants et inquiets; il laisse entendre qu'elles sont obscures pour tout le monde ^.
1. De eccleslasdcis scripturis et dofjmalibus, 2. 3 (Loiivain, 1533), p. 12;).