‹ Histoire de la théologie positive (volume 2)Chapitre 83 sur 371 · DECLARATION DES « DIX-NEUF · texte numérisé non relu

DECLARATION DES « DIX-NEUF

cesseur, laquelle nous avons su être plus agréable à Votre Sainteté; comme nous n'avons rien de plus à cœur que la paix et Funité de l'Eglise... nous nous sommes résolus de les imiter. Et ainsi chacun de nous ayant comme eux rassemblé son synode, nous avons donné à nos ecclésiastiques les mêmes instructions qu'ils avaient données aux leurs; nous leur avons recommandé le même genre de soumission et d'obéissance aux constitutions apostoliques qu'ils leur avaient recommandé ; et nous nous sommes unis avec eux sur le terrain de la discipline comme ils étaient unis avec nous sur le terrain de la doctrine et des sentiments. »

Cette lettre, où il est facile de remarquer des allusions aux procès-verbaux mentionnés dans la Lettre des Dix-neuf, reçut du Saint-Siège un accueil sympathique. Le pape fit savoir au roi la joie que lui causait la soumission des évêques et il se disposait à leur envoyer un bref de félicitations, quand de sourdes rumeurs circulèrent à Rome, accusant les « Quatre » d'avoir manqué de bonne foi. A cette nouvelle l'envoi du bref fut ajourné et des explications furent demandées. Les « Dixneuf », poursuivant leur office de médiateurs, remirent alors entre les mains du nonce, qui la transmit au pape, une déclaration dont voici les passages essentiels : « Les quatre évêques et les autres ecclésiastiques ont agi de la meilleure foi du monde. Ils ont condamné et fait condamner les cinq propositions avec toute sorte de sincérité, sans exception ni restriction quelconque, dans tous les sens que l'Eglise les a condamnés... Et quant à l'attribution de ces propositions au livre de Jansénius, évêque d'Ypres, ils ont encore rendu et fait rendre au Saint-Siège toute la déférence qui lui est due... selon la doctrine catholique, soutenue dans tous les siècles par tous les docteurs, et même en ces derniers temps par les plus grands défenseurs de l'autorité du Saint-Siège, tels qu'ont été les cardinaux Baronius, Bellarmin, de Richelieu, Pallavicini et les R. P. Petau et Sirmond... qui est de ne dire, ni écrire, ni enseigner rien de contraire à ce qui a été décidé par les papes sur ce sujet... »

Rassuré par cette seconde pièce, le pape envoya un bref d'approbation dans lequel, empruntant aux « Dix-neuf « leurs

86 OIÎJET DE l'infaillibilité.

propres expressions, il appréciait ainsi la conduite des « Quatre » : (( Ils ont condamné et fait condamner les cinq propositions avec toute sorte de sincérité sans exception ni restriction quelconque, dans tous les sens que l'Eglise les a condamnés... » Les divisions avaient donc pris fin, on avait la paix, la « paix de Clément IX » (19 janvier 1669).

On avait la paix. Mais sur quelles bases? Les jansénistes firent observer que la dernière pièce des « Dix-neuf » condamnait « sans exception ni restriction >) les cinq propositions considérées en elles-mêmes, mais qu'elle formulait des réserves sur l'attribution de ces propositions au livre de Jansénius ; qu'elle faisait une profession de foi intérieure à la question de droit, mais que, sur la question de fait, elle s'en tenait au silence respectueux. Ils conclurent que la « paix de Clément IX » leur était favorable et que le pape avait autorisé leur attitude dans la question de fait.

Les jansénistes , on le voit, se présentaient comme les dépositaires de la pensée de lEglise et accusaient leurs adversaires d'être des novateurs, qui donnaient à l'infaillibilité une extension inconnue aux docteurs les plus orthodoxes, inconnue à l'Eglise elle-même. Il fallait donc ruiner le rempart derrière lequel ils se retranchaient et montrer que la tradition proclamait l'infaillibilité de l'Église, sinon dans tous les faits, au moins dans quelques-uns. La réfutation, pour être complète, devait associer l'Ecriture à la tradition et prouver que la doctrine de l'infaillibilité de l'Eglise dans les faits était basée sur l'Evangile. Cette œuvre fut ébauchée par Bossuet et achevée par Fénelon.

Bossuet traita la cpiestion des jugements rendus par l'Eglise sur les faits non révélés, d'abord en 16(37, dans sa Lettre à la révérende mère abbesse et aux religieuses de Port-Royal ' ; puis, à la fin de sa vie, dans son mémoire de V Autorité des jugements ecclésiastiques. On sait quelle fut l'occasion de la lettre. L'archevêque de Paris, Ilardouin de Péréfixe, s'était efforcé inutilement d'amener les religieuses de Port-Royal à

1. Cet écrit ne fut pas envoyé a ses destinataires. On le trouve parmi les lettres de Bossuet. Voir Bausset, Histoire de Bossuet, liv. II, pièces justificatives, n. 2.

signer le Formulaire d'Alexandre YII. Se voyant impuissant à vaincre les scrupules de ces saintes filles, il s'adressa à Bossuet dont le nom commençait à fixer l'attention, et il lui demanda de consacrer les ressources de son éloquence au succès d'une œuvre dans laquelle lui-même avait échoué. Déférant aux désirs de l'archevêque, Bossuet eut avec les religieuses plusieurs entretiens qu'il résuma dans une dissertation écrite sous forme de lettre. Cette lettre qui, d'ailleurs, resta dans les cartons de son auteur, n'obtint aucun résultat. Mais voyons les considérations qu'elle fait valoir ' .

Bossuet insiste sur la pratique de l'Église. Dès la première antiquité, on a joint la condamnation des mauvaises doctrines à celle de leurs défenseurs. C'est ainsi que le pape saint Grégoire^, à peine monté sur le trône pontifical, envoya en Orient la profession de foi suivante : « Je confesse que je reçois et que je révère les quatre conciles comme les quatre livres de l'Évangile... Je reçois pareillement le cinquième concile, où la lettre dite d'Ibas, pleine d'erreurs, est condamnée, Théodore convaincu, les écrits de Théodoret contre la foi de saint Cyrille rejetés. Je repousse toutes les personnes que ces vénérables conciles réprouvent et j'embrasse celles qu'ils révèrent^. » Le pape saint Hormisdas '* exigea et reçut par écrit la profession de foi de tout l'Orient en laquelle était énoncée la condamnation expresse de tous ceux que l'Eglise avait jugés, et nommément celle d'Acace, patriarche de Constantinople, qui était mort il y avait déjà trente à quarante ans. L'antiquité est pleine de pareils exemples. Et l'Église a estimé les jugements de cette nature tellement conjoints à la cause de la foi, qu'après même qu'on était convenu de la condamnation des erreurs, elle déniait sa communion à ceux qui refusaient de souscrire la condamnation des personnes. Ainsi, encore que Jean d'Antioche et les évêques d'Orient consentissent à la foi du saint concile d'Éphèse, saint Cyrille et les orthodoxes ne voulurent jamais les recevoir à

Page 1