‹ Histoire de la théologie positive (volume 2)Chapitre 84 sur 371 · Lelire ù la révérende mère · texte numérisé non relu

Lelire ù la révérende mère

4. Ep. 8, 9, 11, 29, 31, 34, 51, dans Labbe, 4. 1443, 1444, 1448, 1473, 1477, 1481, 1501.

88 OBJET DE LINFAILLIBILITÉc

la communion de rÉglise, jusqu'à ce qu'ils eussent anatliématisé nommément les erreurs de Nestorius. Ainsi, bien que Jean de Constantinople eût déclaré àllormisdasqu'il recevait ]e concile de Chalcédoine, le pape lui refusa la communion jusqu'à ce qu'il eût souscrit la condamnation de ceux qui avaient été réprouvés par les jugements de lEglise, nommémentd'Acace, son prédécesseur, que Félix III avait justement condamnée Et qu'on n'objecte pas que les jugements de l'Eglise, en ce qui touche les faits, ne sont pas tenus infaillibles; que, notamment les faits d'IIonoriusetdes Trois-Chapitres ont été mal jugés. D'abord, si quelques auteurs catholiques ont cru apercevoir une erreur de fait dans ces jugements, d'autres déclarent que cette erreur n'existe pas. D'ailleurs, ce n'est pas seulement quand l'Église parle avec une autorité infaillible qu'on est tenu de la croire. Il est certain et indubitable qu'au-dessous de la foi théologale, il y a un second degré de soumission et de créance pieuse, laquelle peut être souvent appuyée sur une si grande autorité qu'on ne peut la refuser sans une rébellion manifeste. De ce que les décisions de l'Eglise, en ce qui touche les faits, ne soient pas crues infaillibles comme celles qui touchent la foi catholique, il ne s'ensuit pas pour cela qu'elles ne méritent aucune croyance^. »

La doctrine que l'on vient de constater dans la Lettre aux religieuses de Port-Royal reparaît dans le mémoire de l'Autoj'ité des Jugements ecclésiastiques, qui malheureusement n'est que le canevas d'un traité proprement dit. On était en 1702. Les jansénistes, que l'on commençait à oublier, s'agitèrent et publièrent le célèbre Cas de conscience qui réduisait au silence respectueux le devoir des fidèles à l'égard des jugements ecclésiastiques portant sur des faits. Bossuet compulsa la tradition et rédigea ou plutôt dicta de son lit quelques notes que la mort l'empêcha de compléter. Ecartant systémati({uement du débat la question de la nature de l'autorité des jugements ecclésiastiques sur les faits, il se borna à établir sur sa double base scripturaire et patristique le droit qu'a l'Eglise de juger

1. Lettre à In révérende mère... f, 11. '2. Lettre à la révérende mère... ;", •JC.

les faits. Le texte de saint Matthieu : « Gardez-vous des faux prophètes qui viennent à vous dans des vêtements de brebis et au dedans sont des loups ravissants » ; la parole de saint Paul : « Prenez garde à vous et à tout le troupeau dont le Saint-Esprit vous a établis évêques pour gouverner l'Église de Dieu... Je sais qu'après mon départ il entrera parmi vous des loups ravissants et que même il s'élèvera au milieu de vous des menteurs... Souvenez-vous que je n'ai cessé nuit et jour de vous en avertir avec larmes » ; les endroits des épîtres pastorales où le même apôtre dénonce Hyménée et Philète, Hyménée et Alexandre, Phigelle et Hermogène; la dénonciation de Diotréphès par saint Jean\ telles furent les attestations scripturaires au moyen desquelles Bossuet prouva que l'Eglise a le droit et même le devoir de noter l'homme hérétique, de le faire connaître, afin qu'on l'évite, qu'on l'ait en exécration et que sa folie soit connue. Vingt-quatre exemples empruntés à l'histoire ecclésiastique lui servirent à confirmer sa preuve scripturaire et à prouver que, de tout temps, l'Église a exercé le pouvoir de faire connaître les hérétiques, d'exiger l'adhésion aux faits qu'elle révélait^. Bossuet n'avait pas cru devoir, dans une lettre à des religieuses, se livrer à une longue enquête. Et si, dans son dernier mémoire, il comptait passer en revue toute la tradition, la mort avait trahi ses intentions. On a pu aussi remarquer que, tout en réclamant l'adhésion de l'esprit aux jugements portés par l'Église sur les faits, il ne reconnaissait pas à ces décisions le privilège de l'infaillibilité. Son travail demandait donc à être complété et rec-

1. Mallh., 7. 15; Act., 20. 29 et suiv.; / Tim., 2, 17; / Tim., l. 20; // Tim., 1. \d;IIIJo.,\).

2, 1 et 2^ les jugements rendus contre les semi-péla.uiens en faveur de saint Augustin parle papellilaire, puis par le pape Ilormisdas ; 3° lareconnaissance du pontificat du pape saint Corneille par saint Cyprien; 4" la condamnation de Paul de Samosate au concile d'Antioche; 5" la condamnation de Nestorius; 6' et 7° l'accord de saint Cyrille avec Jean dAntioche et les évêques d'Orient sur le fait de Nestorius... 15° le formulaire d'Hormisdas conti-e Acace ; 16° et 17° le formulaire d'Hormisdas renouvelé sous le pape Agapet et encore plus expressément dans le huitième concile, etc. Bossuet n'a pu que donner les titres des vingt-quatre exemples en question. 11 a rédigé une liste, rien déplus.

90 OBJET DE l'infaillibilité.

tifié. C'est par Fénelcn que furent faites les additions et les corrections nécessaires. C'est par lui que la question des « faits dogmatiques » fut amenée au point où elle se présente aujourd'hui à nous.

Fénelon a consacré aux « faits dogmatiques », — il paraît avoir été l'inventeur de cette formule — un nombre considérable de dissertations, entre autres quatre longues Instructions pastoi'ales, deux Lettres à réuêgne de ... (à Bissy, évêque de Meaux) et deux autres Lettres à Vèvêque de Saint- Pons. Dans ces écrits, dont le premier porte la date du 10 février 1704, il a étudié les jugements ecclésiastiques de faits avec une abon dance parfois verbeuse, mais aussi avec une ampleur d'érudition à laquelle on ne peut que rendre hommage. Saint Athanase est le docteur de Vhomoousios et saint Augustin le docteur de la grâce : le docteur des faits dogmatiques, c'est Fénelon. C'est lui qui a muni de tout son appareil de preuves la docrine de l'infaillibilité de l'Eglise dans les questions de faits liés au dogme. Car Fénelon, à l'encontre de Bossuet, proclame hautement que l'Eglise est infaillible dans la décision des faits dogmatiques. Et il prouve cette infaillibilité par l'Écriture et par la pratique de l'Eglise.

Tout d'abord, le privilège de l'Eglise a son fondement dans laparole : Ecce ego çobiscum sum ^ . « La promesse ne dit pas : Allez, pensez, croyez, jugez, etc., mais elle dit : Allez, enseignez toutes les nations... et voilà que je suis avec vous jusqu'à la consommation du siècle. Ainsi la lettre de la promesse ne permet point d'en douter. Jésus-Christ sera tous les jours, sans aucune interruption, jusqu'à la consommation du siècle, avec son Église, parlant, s'exprimant, enseignant toutes les nations, et, par conséquent, faisant avec elle les textes qu'elle fera et jugeant de ceux dont elle jugera, pour conserver, pour transmettre le dépôt, pour s'exprimer sans équivoque, et pour reprendre tous les textes qui contrediront les vérités révélées. Enseigner, c'est faire des textes qui fixent et qui trans-

1. Première Inslruclion pas(o)ak'. chap. 1 ; Deuxième Instruclion pastorale, chap. 1; Ileponse à une deuxième lettre de *** (Bissy) (Paris, 1822), t. 12, p. o05; Réponse à la deuxième lettre de Cévéque de Suint-Pons, p. 498.

mettent le dogme; enseigner, c'est rejeter les textes qui contredisent la révélation et qui gagnent comme la gangrène contre la foi. Or est-il que Jésus-Christ a promis qu'il sera tous les jours enseignant avec l'Église. Donc il a promis qu'il sera tous les jours avec elle, faisant les textes des symboles, des canons et des autres décrets équivalents sur la foi. Donc il sera tous les jours avec elle, rejetant tous les textes qui contredisent les vérités révélées. Donc il est aussi avec l'Eglise... rejetant le texte de Jansénius avec celui des cinq propositions qui sont contradictoires à la révélation ^ . » Voilà ce que la lettre de la promesse contient en termes formels et évidents.

Appuyée sur l'Ecriture, l'infaillibilité des jugements ecclésiastiques relatifs aux faits dogmatiques a encore un fondement inébranlable dans la pratique de l'Eglise. « L'Église a fait sur son infaillibilité pour les textes dogmatiques précisément comme elle a fait sur son infaillibilité pour les dogmes. En vain les protestants lui ont contesté son infaillibilité sur les dogmes : elle n'a jamais fait jusqu'ici aucun symbole... pour établir en termes formels et expressément cette autorité infaillible. Elle s'est contentée de la supposer et de lexercer en condamnant tous ceux qui refusaient de s'y soumettre sans réserve. Tout de même, le parti de Jansénius lui conteste en vain son infaillibilité sur les textes dogmatiques. Elle n'a fait jusqu'ici ni symbole, ni canon... pour établir en termes formels et expressément cette autorité infaillible, mais elle ne cesse point de la supposer et de l'exercer manifestement dans la pratique^. » Et quand est-ce que l'Église a supposé son autorité infaillible? Fénelon se réfère, dans le passé, aux conciles d'Éphèse et de Chalcédoine ainsi qu'au cinquième concile. Dans le présent, il signale la bulle Vi'neam Domini de Clément XI-. A Éphèse, l'Église déclara orthodoxe la lettre de saint Cyrille à Nestorius; elle déclara, au contraire, hérétique, la lettre de Nestorius. A Chalcédoine, elle soumit à son jugement les actes du synode tenu par Fla-

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