‹ Histoire de la théologie positive (volume 2)Chapitre 89 sur 371 · Troisième Imlrucllon, eh. 17, du pape Pelage, 1, n · texte numérisé non relu

Troisième Imlrucllon, eh. 17, du pape Pelage, 1, n

102 OIULT DK LINFAILLIIÎILITl':.

être crue de foi dwine. Mais si l'infaillibilité de l'Eglise déclarant un fait dogmatique est une vérité révélée, le fait dogmatique n'a certainement pas sa place parmi les vérités révélées. Il ne viendra à l'esprit de personne de penser que l'hétérodoxie des Trois-Chapitres soit une vérité révélée, ou que l'exactitude de l'attribution des cinq propositions à VAugustuius en soit une autre. Et alors se pose cette question : De quelle foi doit-on croire les faits dogmatiques après que lEglise les a déclarés? D'une foi divine? Mais la foi divine a pour objet les vérités révélées par Dieu : or les faits dogmatiques ne sont pas révélés. D'une foi humaine? Mais la foi humaine étant, par définition, basée sur l'autorité des hommes, est faillible : or, la déclaration des faits dogmatiques faite par l'Eglise est à l'abri de l'erreur. L'archevêque de Paris, Péréfixe, avait naguère résolu ce problème en distinguant, entre la foi divine et la foi humaine, une troisième croyance basée sur l'autorité de l'Église et désignée sous le nom de foi ecclésiastique. Selon lui, les faits dogmatiques étaient objet de foi ecclésiastique. D'autres, au contraire, croyaient pouvoir les englober dans le domaine de la foi divine, puisqu'ils se rattachaient à la révélation par l'intermédiaire de la promesse d'infaillibilité faite à l'Église. Et les jansénistes se plaisaient malicieusement à signaler l'embarras où étaient les théologiens de fixer la nature de la foi due aux faits dogmatiques. Fénelon leur répondit que la croyance aux faits dogmatiques avait pour fondement l'autorité infaillible de l'Eglise, attestée elle-même par les paroles de la promesse, c'est-à-dire par une vérité révélée; qu'on pouvait donc, selon le point de vue auquel on se plaçait, l'identifier avec la foi divine ou la considérer comme une foi ecclésiastique; que la solution de ce problème dépendait de la manière dont on faisait son acte de foi; mais que ce problème lui-même était sans portée, et que le mieux était d'en faire abstraction ^

Toutefois la réserve dans laquelle l'archevêque de Cambrai entendait se tenir ne fut pas du goût de tous les théologiens.

l. Deuxième Iiis()uc(ion, eh. ■2\: Ucponse à la deuxième lettre de l'èvèr/ue de Saint-Po7is, $ 15.

THESE DE MUZZARELLI. 103

Et ici une mention spéciale est due à Muzzarelli. Dans une dissertation intitulée : Un fait dogmatique décidé par l'Église est-il objet de foi catholique? ce docteur italien s'efforça de trancher, à l'aide de l'Écriture et de la tradition, la question que Fénelon avait négligée comme indifférente. Sans doute, dit-il, si un objet n'est de foi divine qu'autant qu'il est révélé immédiatement, les faits dogmatiques, qui sont étrangers à la révélation immédiate, sont du même coup étrangers à la foi divine. Mais, à ce compte, beaucoup de textes scripturaires ne seraient pas de foi divine. Car dans une foule d'endroits, les écrivains sacrés ont reçu, non une révélation proprement dite, mais simplement une inspiration, une suggestion, une direction, une assistance. Et comme personne ne doute que tous les textes scripturaires ne doivent être crus de foi divine, on doit par là même reconnaître que l'inspiration, la suggestion, la direction, l'assistance suffisent, en dehors même de la révélation, à baser la foi divine. Passons maintenant à l'Eglise. Dira-t-on que celte divine société est simplement assistée par le Saint-Esprit, mais qu'elle ne reçoit de lui ni direction, ni suggestion, ni inspiration? On se heurterait à la parole si expresse du Sauveur : Spiritus sanctus... docebit ços omnia et suggeret çobis omnia qnaecuinque dixero vobis \ parole qui s'adresse aux successeurs des apôtres comme aux apôtres eux-mêmes, et qui, par conséquent, garantit à l'Église les enseignements et les siîggestions du Saint-Esprit. On se heurterait au concile de Trente qui dit, dans son décret sur l'eucharistie, que le Saint-Esprit enseigne et suggère continuellement à l'Eglise toute vérité a Spiritu sancto, illi omnem veritatem in dies suggerente edocta '^. On se heurterait enfin à l'enseignement commun des docteurs. Suarez, en effet, professe que l'F^glise est dirigée dans ses définitions par le Saint- Esprit, regitur a Spiritu sancto in suis definitionibus; que Tassistance dont elle est l'objet équivaut à la révélation, assisteîitia Spiritus sancti aequivalet revelationi ; qu'elle est l'organe et l'instrument du Saint-Esprit, est veluti orga-

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