Troisième Imlruction, ch. 27.11 cite le Quodlibet
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les Trois-Cliapitres, condamnés par le susdit concile, étaient étrangers à la foi {quaedam capitula extra fidem). Ils citaient le mot de Pelage II reprochant aux évêques d'Istrie de s'engager dans le schisme pour des « questions superflues ». Ils rapportaient cet autre mot de saint Grégoire à l'adresse des schismatiques : « Vous faites un schisme pour une question de rien ». Ils rappelaient que le même pape, imitant l'exemple donné par Pelage P'', avait été d'avis qu'on passât sous silence le cinquième concile devant la reine Théodelinde obstinément attachée aux Trois-Chapitres. Ils objectaient tous ces faits et ils concluaient que trois papes, ainsi que la majeure partie de l'épiscopat latin du sixième siècle, avaient dénié à un concile œcuménique, et donc à l'Eglise, l'infaillibilité dans le domaine des faits dogmatiques.
Ces objections paraissaient formidables : Fénelon marcha au-devant d'elles sans effroi. Il s'occupa d'abord du schisme auquel la haine du cinquième concile avait conduit une partie de l'épiscopat latin. Les jansénistes se livraient à ce sujet au raisonnement suivant : Tous les évèques latins qui se séparèrent de Rome, firent schisme parce qu'ils restaient attachés aux Trois-Chapitres, en dépit de la condamnation portée contre ces écrits par le cinquième concile; parce que, en d'autres termes, ils regardaient comme erronée la condamnation prononcée par ce concile. Or ils savaient que le cinquième concile était œcuménique et, par là même, représentait l'Eglise. Donc ils croyaient que l'Eglise peut se tromper quand elle juge des écrits, qu'elle peut taxer d'hérésie des textes orthodoxes, qu'elle n'est pas infaillible dans la déclaration des faits dogmatiques. Fénelon eut vite fait de renverser ce raisonnement.
Sans doute, dit-il en substance aux jansénistes, les évêques en question accusaient le cinquième concile d'avoir condamné injustement les Trois-Chapitres. Mais ils ne regardaient pas ce concile comme œcuménique. Ils ne le considéraient que comme une assemblée d'évêques orientaux n'ayant aucun droit à représenter l'Église, puisque l'épiscopat latin — sauf un seul de ses membres qui, il est vrai, était le pape — n'y avait eu aucune part. La majeure de votre argument est donc vraie, mais la mineure est fausse, et tout votre argument croule. Vous
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n'êtes pasautorioës à conclure que les évéques latins du sixième siècle qui, par amour pour les Trois-Chapitres, ont rejeté le cinquième concile, niaient Tinfaillibilité de l'Eglise dans le domaine des faits dogmatiques. On peut même aller plus loin et prouver que ces mêmes évêques croyaient l'Eglise infaillible dans le discernement des faits de cette nature. Pourquoi, en effet, rejetaient-ils le cinquième concile, sinon parce qu'ils s'imaginaient voir une opposition entre ce concile, condamnant les Trois-Chapitres, et Chalcédoine qui, selon eux, avait approuvé ces mêmes Chapitres? Et pourquoi cette apparente opposition les indignait-elle, sinon parce qu'ils étaient convaincus que l'Eglise ne saurait se tromper quand elle juge des textes, qu'elle est infaillible dans les faits dogmatiques etque les Trois-Chapitres, munis de l'approbation de Chalcédoine, étaient d'une orthodoxie indiscutable? En réalité, Chalcédoine qui avait approuvé les personnes de Théodoret et d'Ibas, n'avait pas approuvé leurs écrits. Les évêques d'Istrie, d'Afrique et des autres parties de l'Occident étaient donc dans l'erreur, quand ils accusaient le cinquième concile de contredire Chalcédoine. Mais leur erreur ne les aurait jamais conduits jusqu'au schisme, s'ils n'avaient cru précisément à l'infaillibilité de l'Église représentée à Chalcédoine dans le domaine des faits dogmatiques^.
Après avoir résolu la question du schisme des évêques latins attachés aux Trois-Chapitres, Fénelon passe à la conduite des papes. Il reconnaît que plusieurs souverains pontifes usèrent de ménagements infinis à l'égard de certaines nations qui rejetaient le cinquième concile. Mais ces ménagements allèrentils jusqu'à renier ce concile? Non, les papes incriminés se bornèrent seulement à passer sous silence l'assemblée conciliaire contre laquelle existaient tant de préjugés. Renfermée dans" ces limites, l'objection n'est pas faite pour embarrasser Fénelon, et il ne lui est pas difficile de ramasser dans l'histoire des exemples de silences plus étonnants. Laissons-lui la parole 2 : « Saint Pierre, à la tête des apôtres, nouvellement
1. Troisième Instruction, ch. 16 à 20; voir surtout ch. 16, n. 8 ; —Première Instruction, ch. 18.
2 Troisième Instruction, ch. 20, g 2 et 5.
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rempli du Saint-Esprit, annonça Jésus-Christ aux Juifs en ne le ïiommdini qu'un homme approuvé de Dieu... par des miracles, pour ne point soulever d'abord ces esprits durs et indociles. L'auteur de la Défense sera-t-il scandalisé aussi de cette condescendance? La nommera-t-il une manifeste prévarication ':' L'Écriture est remplie de ces ménagements dans lesquels, selon saint Paul, on supporte ceux qui sont faibles dans la foi. Saint Paul lui-même, qui travaillait si puissamment à abolir la circoncision et qui reprenait en face saint Pierre, parce qu'il obligeait les fidèles à judaïser en ce point, poussa néanmoins la condescendance jusqu'à circoncire Timothée... Nous pourrions aussi produire l'exemple des évoques français, qui rejetèrent longtemps la décision du second concile de Nicée en faveur du culte des images, et que le Saint-Siège toléra dans cette prévention par une condescendance singulière, jusqu'à ce cfuils s'éclaircirent enfin peu à peu sur leurs faux préjugés et s'accoutumèrent à recevoir cette décision et ce culte. »
Mais si les papes n'ont pas renié ouvertement le cinquième concile, n'ont-ils pas fait quelque chose déquivalent, quand ils ont déclaré que l'affaire des Trois-Chapitres était étrangère à la foi et que les évêques latins avaient fait schisme pour des « questions superflues », pour « une question de rien » ? Ici Fénelon rappelle que les évèques si obstinément attachés aux Trois-Chapitres condamnaient de bonne foi tous les dogmes <:ondamnés, recevaient pleinement tous les dogmes autorisés par l'Église, ne doutaient point de son infaillibilité sur les textes, rejetaient seulement l'œcuménicité du cinquième concile à cause d'une contradiction imaginaire entre ce concile et celui de Chalcédoine. Il conclut que c'était, en effet, chose absolument superflue que de rompre l'unité pour cette chiméri- ([ue contradiction entre deux conciles, alors qu'on les croyait pleinement d'accord sur la foi '. Les papes ont donc pu ajuste titre reprocher aux évoques schismatiques de s'émouvoir pour des questions superflues. On s'explique moins bien, aupremier abord, qu'ils aient pu traiter l'alfaire des Trois-Chapitres d'affaire étrangère à la foi. Mais Fénelon fait observer que.
l. Trohièmc Insl rue Lion, ch. 18. f. G.
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pour des évéques qui reconnaissaient Tautorité infaillible de l'Eglise sur les textes et qui ne la refusaient au cinquième concile que pour ne pas l'ôter à Clialcédoine, une affaire concernant des auteurs morts depuis plus de cent ans, dans un pays si éloigné du leur et relative à des textes écrits dans une langue qu'ils ne comprenaient pas, était « entièrement hors la foi ^ ».
Nous connaissons maintenant les témoignages invoqués par Fénelon pour prouver l'infaillibilité de lEglise dans la déclaration des faits dogmatiques. Du même coup nous savons à peu près ce qui a été dit depuis deux siècles dans cet ordre d'idées. Tous les théologiens, sauf deux ou trois, ont été d'accord à mettre l'Eglise à Tabri de l'erreur quand elle se prononce svuc l'orthodoxie ou Ihétérodoxie d'un texte. Et il n'en pouvait guère être autrement, depuis surtout que la bulle Vineam Domini, reçue par tout l'épiscopat et, par suite, exempte d'erreur aux yeux des gallicans eux-mêmes, depuis, dis-je, que cette bulle avait proclamé l'infaillibilité de l'Eglise dans la question en litige, sinon théoriquement au moins pratiquement, en réclamant l'adhésion intérieure à Ihéréticité du texte de Jansénius. Tous les théologiens, ou du moins presque tous, ont donc pris position contre la thèse du silence respectueux chère aux jansénistes. Mais, dans la guerre qu'ils ont faite aux défenseurs de V Augnstimis, ils ont emprunté toutes leurs armes à l'archevêque de Cambrai. Fénelon a porté à sa perfection la démonstration qu'il a entreprise dans ses célèbres Instructions pasto- ^ raies, et on n'a trouvé après lui aucun argument nouveau à glaner. Seule la question de la nature de la croyance due aux faits dogmatiques déclarés par l'Église a provoqué des recherches qu'il reste à signaler ici.
On se rappelle que, d'après Fénelon, l'infaillibilité de l'Eglise dans le domaine des faits dogmatiques a pour première attestation les paroles de la promesse : Docete omnes gentes... ecce ego i>obiscum siun. Elle prend donc rang parmi les vérités révélées et, comme telle, elle est l'objet dune croyance qui a pour fondement la véracité de Dieu; elle doit