LES ANGES GARDIENS
OU trois docteurs, comme saint Grégoire de Nazianze et saint Grégoire de Nysse, entrevoyaient-ils la doctrine de la spiritualité absolue des anges ^ Autour d'eux régnait encore la vieille croyance qu'eux-mêmes n'osaient combattre. Mais cette croyance n'était plus qu'un arbre sans racines, un édifice sans fondements. Un jour ou l'autre elle devait disparaître. On sait que l'Aréopagite présenta les anges comme des êtres purement spirituels, et qu'il eut pour disciples, sur ce point, le pape saint Grégoire et saint Jean Damascène -. Ce n'est pas le lieu d'exposer ici comment l'Aréopagite arriva à ce résultat. Il suffit que l'on sache qu'il ne s'inspira pas de considérations scripturaires. Toutefois, l'auteur de la Hiérarchie céleste crut devoir aller au-devant de l'objection que soulevait le psaume cm. Il expliqua donc que la désignation des anges, sous le nom de « vents », était une métaphore destinée à peindre l'agilité et la subtilité des purs esprits qui sont au service de Dieu.
De tous les problèmes soulevés par Tangélologie, aucun n'intéressa autant l'esprit chrétien que celui des rapports des ano-es avec les hommes. Ajoutons qu'aucun ne donna lieu à des solutions aussi universellement acceptées ^. Les Pères s'accordent, à peu près unanimement, à enseigner que certains anges sont préposés sur les nations ou les cités, d'autres sur les églises, et que d'autres enfin sont chargés de veiller sur chaque homme, ou du moins, sur chaque chrétien. Parmi les textes scripturaires qui servirent à appuyer cette croyance, quatre surtout doivent être mentionnés : l'endroit du Deutèronome où la leçon des Septante nous dit que Dieu fixa le nombre des peuples d'après le nombre des anges '' ; le passage de Daniel qui raconte la lutte de Michel contre l'ange des Perses^;
1. Voir : TuRMEL, Revue d^Hùtoire et de Littérature relig., 3 (1898), p. 425.
2. Ibid. 4 (1899), p. 219 et 230. La spiritualité des anges est nettement ensei gnée dans une lettre de Licinianus (M. 72. 691 et suiv.) ; mais cette pièce, inconnue à Isidore de Séville (De virisillA2) est sûrement un faux littéraire analogue au pseudo-Dexter. Quant à Isidore que l'on range souvent pai'mi les partisans delà spiritualité des anges, il est resté fidèle àla vieille doctrine.
3. Voir : Revue d'Histoire et de Littérature religieuses, 3 (1898), p. 537 et s.
4. Deut. 32. 8. « ors o'.saip'.î^sv ô uI^itto; i9v/j... sar/iTîv ôpia èOvciiv xatà àpiôixôv àYY£>>wv OcoO. » Dans le texte hébreu et dans la Vulgate, qui suit ce texte, il est question des fils d'Israël.