LE BAPTÊME DES HÉRÉTIQUES
troisième siècle, saint Cyprien avait expliqué que la formule usitée dans le livre des Actes n'excluait pas la mention expresse des trois personnes divines '. Saint Augustin adopta le sentiment du grand évcque de Cartilage. 11 déclara que saint Pierre avait conféré le baptême au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit -. Et Ton s'aperçoit à son langage que cette doctrine était généralement reçue de son temps ^. Jusqu'au neuvième siècle, saint Ambroise ne fit probablement qu'un seul disciple : le vénérable Bédé '•. En dehors de ces deux docteurs, personne ne crut sans doute — on a ici en vue les écrivains des huit premiers siècles — que les apôtres eussent donné le baptême sans employer la formule rapportée par 1 évangile de saint Matthieu. Personne, en tout cas, ne douta que cette formule fût la seule valide depuis la mort des apôtres ^.
A la fin du deuxième siècle. Clément d'Alexandrie et Tertullien enseignèrent que le baptême reçu dans l'hérésie était nul^. Quelques années plus tard, l'évêque de Carthage, Agrippin, suivant la ligne de conduite tracée par le grand docteur, fit décider dans un concile que toute personne, qui aurait été baptisée par des hérétiques et qui demanderait à entrer dans l'Église, serait de nouveau baptisée^. Rome, au contraire,
trinitatem signavit. » — Dans : In Luc, 8. 67, M. 15. 1785. Ambroise atteste que le baptême était conféré au nom des trois personnes divines. Dans : De my sterih, 20, M. 16. 394, il déclare qu'on n'est pas purifié, si l'on n'a pas été baptisé au nom des trois personnes divines. Dans ce dernier texte, il prend le baptême tel qu'il se donnait en réalité; dans le premier, il sort du domaine de la réalité pour entrer dans celui de la spéculation.
1. Ep. 69. 17, M. 3. 1120 : « Jesu Christi mentionem fecit Petrus non quasi Pater omitterctur, sed ut Patri quoque Filius adjungeretur ».
2. Contra Maximin.2. 17, 1, M. 42, 783 : « ... et tamen intelliguntur non baptizati nisi in nomine Patris et Filii et Spiritus Sancti. »
3. Autour de phrase d'Augustin on voit que ce point était accordé par l'évêque arien IMaximin.
A. In Act.8. 47, M. 92. 970.
5. Voir dans Denzlnger, Enchiridion... 16, le décret du concile d'Arles de 314; et parmi les lettres du pape Innocent : Ep. 17. 10, M. 50. 533. Ces deux pièces prescrivent de donner le baptême au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, et la teneur de leurs textes autorise à conclure qu'elles le considèrent comme le seul valide.
6. Sivomat. 1. 19; De baptismo, 15, M. 1. 1216. Clément appuie son assertion sur Prov. 9. 16.
7. Dans saint Cyprien, Ep. 71. 4 et 73. 3, M. 4. 411 et "Si. 3. 1112 ou mieux dans IIartel, Thasci Caecilii Cypriani opjera, 2. 774. Dans Migne, l'ordre des lettres de saint Cyprien a été bouleversé.
THÉOLOGIE SCRIPTURAIRE; LE BAPTEME.
se bornait à imposer les mains aux hérétiques repentants. Un conflit devait donc surgir tôt ou tard. Et l'on sait dans quelles circonstances il surgit. De la controverse retentissante qui s'engagea entre saint Cyprien et saint Etienne, le seul point qui nous intéresse ici est de chercher quelles autorités scripturaires furent alléguées de part et d'autre. Malheureusement il ne nous est parvenu de saint Etienne qu'un lambeau de phrase, où le pape déclare simplement qu'on doit suivre la tradition, qui est d'imposer les mains aux hérétiques repentants ^ Et le traité De rehaptismale nous sert, avec des injures, de longs et obscurs développements contre la doctrine de l'évêque de Carthage; mais il est muet sur la question qui nous préoccupe 2. Nous n'avons donc aucun renseignement sur la théologie scripturaire de l'usage romain. En revanche, saint Cyprien nous fait soigneusement connaître ses références. En lisant ses lettres, on apprend que les textes dans lesquels il croyait trouver le droit exclusif de l'Église à donner le baptême étaient les suivants : Una est columba mea, perfecta mea... hortus condusus, soj^or mea sponsa, fons signatus, puteus aquae vwae. — In arca Noe pauci, id est octo animae hominum scilvae factae sunt per aqiiam, quod et ^os, similiter, salvos faciet haptisma^ .
Ah aqiui aliéna abstine te et a fonte alieno ne hiheris '' . —
Deus peccatorem non audit^^. — Qui non est mecum, ad{>ersiis me est^. — Qui baptizatur a inortuo, quid proficit la^atione ejus'^ P — Sacerdotes qui accédant ad Dominum Deum, sanctificentur^. C'étaient, surtout, ces paroles du Sauveur : Accipite Spiritum Sanctum ; si cujus remiseritis peccata remittentur illi; si cujus tenueritis tenebuntur. Il faisait remarquer que le Sauveur avait donné le Saint-Esprit à ses apôtres, avant de leur conférer le pouvoir de remettre les péchés. Et
1. Saint Cyprien, Ep. 74. 1 et4, M. 3. 1128et 1131 (dansHartel;Ê'jo.73, 1. 799)