I. Notes de l'Eglise
Ce fut la lutte contre les donatistes qui attira l'attention sur les notes de l'Eglise. Quand ils furent séparés du reste de l'univers chrétien, ces hérétiques travaillèrent à se donner lauréole de la légitimité et à s'attribuer l'héritage des promesses du Christ. Parménien dressa une liste de prérogatives qui étaient, selon lui, comme la parure de l'épouse du Sauveur, et qu'il prétendait ne retrouver que dans la société dont il faisait partie ^ La théorie des notes de l'Eglise fut construite, la première fois, par les donatistes.
Cette entreprise mit l'apologétique en présence d'un problème nouveau. Jusqu'alors, tous ceux qui s'étaient séparés, ou qui avaient été expulsés des communautés chrétiennes^ pour des raisons théoriques, qu'ils fussent gnostiques, docètes ou adoptianistes, avaient abandonné ou faussé la christologie traditionnelle ^. Pour les réfuter, on n'avait donc eu besoin que de leur opposer les données de l'Ecriture sur la- personne du Sauveur. Avec les donatistes, au contraire, on avait affaire à des hommes qui ne reprochaient rien autre chose à la grande société chrétienne que de n'être pas assez pure, et qui prétendaient réaliser à eux seuls l'institution sociale du Christ. Sans doute on leur prouvait qu'ils exagéraient la pureté et la sainteté de l'Eglise. Mais cette réponse était incomplète. 11 fallait suivre les adversaires sur le terrain qu'ils s'étaient choisi eux-mêmes. Il fallait établir la marque distinctive de la vraie Eglise et dire où se trouvait cette marque ; montrer laquelle des sociétés religieuses avait les promesses
1. Dans saint Optât, De schismate donatistarum, 2. 2, M. 11. 946.
2. Le novatianisme ne fut à son début qu'une- rivalité d'élection, mais il se transforma immédiatement en une quer elle dogmatique.
LES NOTES DE l'ÉGLISE. 163
(le la vie éternelle, et à quel signe on pouvait la reconnaître. Ce travail fut commencé par saint Optât et achevé par saint Augustin. En écliafaudant leur théorie des notes de l'Église, les donatistes avaient procédé arbitrairement, soit au choix, soit à l'application de ces notes. Ils s'étaient notamment arrogé une origine apostolique à laquelle ils ne pouvaient nullement prétendre. L'évêque de Milève leur inllig-ea un démenti en règle et leur démontra que la prérogative de l'origine apostolique appartenait, non à leur « chaire «, mais à la « chaire » de la grande Eglise dont ils s'étaient séparés '. Toutefois, comprenant que la thèse de l'apostolicité pourrait toujours laisser place aux chicanes d'adversaires décidés à se rattacher par tous les moyens à l'antiquité, saint Optât avisa un procédé court et facile pour réduire les schismatiques au silence. Il rassembla les oracles prophétiques qui avaient promis au Christ l'empire du monde. Il recueillit les textes des Psaumes où on lisait : « Je vous donnerai les nations pour
héritage, et pour possession les extrémités de la terre
11 dominera d'une mer à l'autre... Le Dieu des dieux a parlé et il a convoqué la terre du levant au couchant... Que toute la terre loue le Seigneur ; proclamez sa gloire dans les nations-... » Appuyé sur ces fondements scripturaires. Fauteur du De scliismate donatistarum conclut que la véritable Église du Sauveur devait être répandue dans tout le monde, et qu'elle avait pour signalement l'universalité ^. Or, qui répondait à ce signalement sinon la grande Église, celle dont les ramifications s'étendaient partout, celle qui s'appelait elle-même (( catholique »? Et quelle prétention à l'universalité pouvait avoir le petit troupeau donatiste confiné dans un coin de l'Afrique? Optât enleva alors sans peine à ses adversaires les fausses marques d'origine divine qu'ils s'étaient artificiellement octroyées. En élaborant leur théorie des notes de l'Église, les donatistes n'avaient abouti qu'à provoquer la thèse scripturaire de la note de la catholicité.