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CHAPITRE XV

LE CULTE DES IMAGES

Les images, pour lesquelles le peuple chrétien éprouva de bonne heure une vive sympathie, furent, pendant plusieurs siècles, diversement appréciées par les docteurs. Plusieurs, notamment saint Augustin* et le pape saint Grégoire ^ virent en elles des moyens commodes d'instruction et approuvèrent leur maintien dans les églises. D'autres, au contraire, moins frappés des services qu'elles pouvaient rendre que des dangers créés par elles à des esprits mal guéris des séductions de l'idolàtrie, les traitèrent avec défiance^. Cette diversité d'attitude s'inspirait de considérations plutôt pédagogiques que théoriques. En réalité, pendant les sept premiers siècles, il n'y eut pas de théologie du culte des images; car on ne peut donner ce nom au jugement sommaire par lequel saint Épiphane déclare leur emploi opposé à l'autorité des saintes Écritures^.

L Serm. 316. 5, M. 38.1434. Parlant d'un tableau de saint Etienne, Augustin dit : « Dulcissima pictura est haec ubi videtis sanctum Stephanum lapidari... » 11 parle encore des « picturae » dans le De moribus Ecclesiae, 75 M. 32. 1342 : « Novi multos esse sepulcrorum et picturarum adorato-

res...

2. Ep. 9.105, M. 77. 1027. Le pape condamne et les « imaginum adoratores >', et ceux qui brisent les images. Il approuve l'usage des peintures dans les églises afin que : « hi qui litterasnesciunt salteminparietibus videndo legant quae légère in codicibus non valent. » (Voir plus loin, p. 480.) Lire : Ep. 11. 13, p. 1128, où on lit que les images sont dans les églises : « ad instruendas solummodo mentes ». La lettre 9. 52, p. 990, est interpolée, voir la note de Goussainville.

3. Voir : Eusèbe, Hist. eccles. 7. 18, M. 20. 680; Epist. ad Constantiam, dans : DoBScnvnz, Christusbilder, 31. (Texte und Unters. 18.1.) Voir encore la note de Delarue, dans Origène, contra Celsum,S. 17, M. 14. 1539.

4. Dans saint Jérôme, ep. 51. 9, M. 22526 : « Quum ergo hoc vidissem et

LE CULTE DES LMAGES. 175

Cet état de clioses cliangea le jour où Léon risaurien entreprit sa campagne iconoclaste (726). Alors saint Germain de Constantinople *, le pape Grégoire^, saint Jean Damascène^, le pape Adrien ', le second concile de Nicée^ (787) prirent la défense d'un usage auquel les fidèles, surtout en Orient, s'étaient de plus en plus attachés, et légitimèrent le culte des images. On verra, plus loin, la part qui fut faite à la Tradition dans cette œuvre d'apologie. Disons ici que FÉcriture n'y intervint qu'à un titre secondaire. L'empereur Léon prétendait exécuter la volonté de Dieu qui, disait-il, avait maintes fois proscrit les images. Et il appuyait son assertion sur divers textes du Pentateuque et des Psaumes, notamment sur ceuxci : Tu ne feras point d'image taillée. Qu'ils soient confondus ceux qui servent les images^ \ On lui répondit qu'il n'avait rien compris aux prescriptions prohibitives de l'Ancien Testament, et que Dieu avait condamné, non pas les images ellesmêmes, mais seulement les idoles, c'est-à-dire les représentations delà divinité identifiées avec l'Etre suprême et considérées comme des dieux '^. On appuya cette réponse sur l'endroit de V Exode où Dieu donne ordre à Moïse de mettre deux chérubins d'or aux deux extrémités du propitiatoire, et d'en dessiner d'autres sur le voile du temple. On rappela également le serpent d'airain fabriqué sur l'ordre exprès de Dieu par Moïse, pour protéger le peuple hébreu ^.

Ces observations conciliaient assez bien avec l'Écriture l'existence des images. Elles montraient que la présence des peintures religieuses dans les églises, loin d'être condamnée par les saintes Lettres, pouvait se réclamer de leur approbation.

detestatus essem inEccIesia Christi contra aucloritatem scripturarum hominis pondère imaginem,scidi illud. »

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