Ibid., 26, p
204 THÉOLOGIE patristique; l'argument de tradition.
fidélité des églises. C'est à elle que répond la tirade suivante : « Supposons que toutes les églises se soient trompées..., que le Saint-Esprit n'ait pris soin d'instruire aucune d'elles de la vérité..., qu'il les ait laissé s'attacher à des croyances différentes de celles qu'il avait enseignées lui-même par l'organe des apôtres, est-il possible qu'elles se soient toutes rencontrées dans le même égarement? Du moment qu'elles déviaient, ne devaient-elles pas suivre différentes voies? Là où se trouve l'unité, on est sûr d'être en face, non de l'erreur, mais de la Tradition ^ . «
Ces observations, surtout la dernière, marquent un progrès sur le Contra Haereses. Saint Irénée avait posé en loi la fidélité des églises apostoliques à la doctrine de leurs fondateurs. Tertullien explique cette loi en remontant à sa cause 2. Il fait d'abord appel à l'assistance du Saint-Esprit, qui ne peut laisser les églises aller à la dérive. A cette première preuve de l'indéfectibilité des églises, preuve empruntée à la foi, il en ajoute une autre empruntée à la raison : il proclame que le consentement des églises dans la même foi est l'indice irrécusable de l'origine apostolique de cette foi. Par là le docteur africain complète et achève l'argument de tradition formulé par l'évêque de Lyon. Il lui donne aussi un relief tout nouveau. Saint Irénée avait paru mettre l'argument scripturaire au premier plan, et n'accorder à la Tradition qu'une autorité secondaire ^. Tertullien renverse nettement ce rapport. Il déclare que la controverse avec les hérétiques ne doit pas être dirimée à l'aide de l'Ecriture. Il fait d'abord observer que les hérétiques sauront toujours équivoquer sur le sens des textes qu'on leur alléguera et dissimuler ainsi leur défaite''. Mais, à cette première raison, il en ajoute une autre, non pas peut-être plus pratique, mais plus profonde. « L'ordre des choses, dit-il, demande que l'on com-