‹ Histoire de la théologie positiveChapitre 281 sur 547 · Ibid., 4. 29, p · texte numérisé non relu

Ibid., 4. 29, p

SAINT AUGUSTIN RKFUTE JULIEN d'ÉCLANE. 227

alors, que d'une main distraite les écrits des anciens, et il ne sentait qu iniparl'ailenient le besoin délablir, sur des bases solides, la tradition du péché originel. Aussi, il s'excusait presque de citer tel ou tel écrivain ecclésiastique, et, avant de l'évoquer, il faisait soigneusement remarquer qu'il ne confondait pas son autorité avec celle des livres canoniques ^ .

Mais l'attitude de ses adversaires l'obligea bientôt à prendre une autre tactique, et à sortir de sa réserve. Le fougueux Julic^n se posait comme lliéritier de la pensée des Pères ^; il prétendait, notamment, avoir pour alliés les Pères grecs •^, et surtout saint JeanChrysostome, dont il agitait le nom comme un drapeau ^. Augustin comprit qu'il lui fallait approfondir Fenquôte commencée. 11 n'avait lu jusque-là que saint Cyprien, saint Jérôme, saint Ambroise et quelques fragments de saint Hilaire^. Il fit plus ample connaissance avec Tévêque de Poitiers, relut saint Cyprien, saint Jérôme et saint Ambroise; se procura les livres de saint Irénée, de Rhéticius d'Autun et de l'évêque espagnol Olympius^. Puis, après avoir emprunté à chacun de ces auteurs un ou plusieurs témoignages de la croyance à la souillure originelle, se retournant contre l'évêque d'Éclane, il lui dit : « Vois-tu dans quelle compagnie je suis pour recevoir tes injures? Vois-tu quels sont ceux qui font cause commune

1. Ad Bonif., 4. 20, p. 623 : «... non quo canonicis libris a nobis ulliiis disputatoris aequatur auctoritas. » Voir aussi : De peccat. mer., 3. 14, M. 44. 194.

2. Voici une parole de Julien rapportée par saint Augustin (Contra JuL, 1. 29, M. 44. 661) : « Cum igitur liquido clareat hanc sanam etveramesse sententiam quam primo loco ratio, deinde Scripturarum munivit auctoritas et quam sanctorum virorum semper celebravit eruditio. »

3. Cont. JuL, 1. 14, M. 44. G48 : « Non est ergocur provoces ad Orientis antistites. » Cette phrase prouve que Julien cherchait un appui dans l'Église grecque.

4. Cont. JuL, 1. 21, M. 44. 654 : « Sed quid mussites novi. Die, jam die, audiamus. In extremo tui operis : Sanctus Joannes, inquis, Constantinopolitanus ncgat esse in parvulis originale peccatum. »

5. Il cite déjà saint Hilaire dans le De natura et gratia, 72, M. 44. 283. Dans le traité Ad Bonif. 4.7, M. 44. 614, il attribue à saint Hilaire un texte de l'Ambrosiastre. Il découvrit sans doute plus tard son erreur, car on ne la retrouve plus dans les livres qui suivirent le Ad Bonifac.

6. Cont. JuL, 1. 6 à 11, M. 44. 644 à 646. Les écrits de Rhéticius et d'Olympiussont perdus.

228 THÉOLOGIE patristique; le pèche originel.

avec moi ^ ? « C'était en effet, à l'exception de Tertullien, l'Eglise latine tout entière que l'évoque d'Hippone avait interrogée et dont il faisait entendre la voix.

Appuyé sur l'Église latine, saint Augustin se crut en droit de dédaigner les objections que son adversaire élevait au nom de l'Église grecque. « Crois-tu, lui dit-il, pouvoir ne tenir aucun compte de ces docteurs, parce qu'ils appartiennent à l'Occident, et qu'aucun évêque d'Orient... ne se rencontre parmi eux?... Pourquoi faire appel aux prélats d'Orient? Puisqu'ils sont chrétiens comme nous, n'ont-ils pas la même foi que nous^? » Mais ce mouvement oratoire, qui semblait destiné à éluder la question et à la trancher à priori, n'était qu'une feinte. Augustin avait réussi à se procurer une traduction des œuvres de saint Grégoire de Nazianze^ ; il avait de plus, entre les mains, non seulement la traduction, mais le texte grec luimême de saint Basile ^. Il servit donc à Julien plusieurs textes de l'évêque de Nazianze ; il lui apporta également des extraits de l'évêque de Césarée, après les avoir traduits lui-même sur le grec. Il lui rappela ensuite les quatorze évêques qui avaient condamné Pelage à Diospolis ^. Et alors, il put se croire autorisé à conclure que l'Orient, aussi bien que l'Occident, enseignait le péché originel. Restait, il est vrai, saint Jean Chrysostome. Julien en avait fait son suprême protecteur. « Saint Jean de Constantinople, disait-il, nie l'existence d'un péché originel dans les enfants. Voici en effet comment ce saint docteur s'exprime, dans une homélie su?^ les néophytes: Béni soit Dieu... ceux qui jadis étaient captifs, jouissent maintenant de la liberté... Et non seulement ils sont libres, ils sont encore justes. Que dis-je? ils sont fds, ils sont héritiers , ils sont frères

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