‹ Histoire de la théologie positiveChapitre 3 sur 547 · PREFACE. VII · texte numérisé non relu

PREFACE. VII

ad reginas de saint Cyrille d'Alexandrie, on y verra une liste d'attestations scripturaires qui s'étend sur une surface de 45 colonnes. Les Dialogues de Théodoret, les traités de Ratramne, de Hincmar et d'autres encore rivalisent, parfois avantageusement, avec le recueil que Ton vient de mentionner. Que sera-ce, si on ouvre Mansi, Harduin ou Labbe? Il était matériellement impossible de loger dans un modeste volume toutes les richesses entassées dans ces vastes greniers d'abondance. J'ajoute que pareil travail eût été inutile. On n'étonnera personne, en effet, en disant que la plupart des textes ainsi appelés à faire nombre passèrent inaperçus et n'eurent d'autre rôle que de donner un aspect imposant aux dissertations qui les abritaient. Dès lors, quels titres avaient-ils à paraître ici? Une histoire n'est ni un répertoire ni une « aurifodina ». Une sélection était donc nécessaire. Au lieu de composer des listes encombrantes de documents dont la fastidieuse lecture n'eût rien appris à personne, on devait laisser dans Toubli les témoignages qui ne fixèrent jamais sérieusement l'attention, quitte à indiquer la page de Migne ou de Harduin où chacun pourrait les trouver.

Les preuves, comme les textes, veulent être placées dans le milieu où elles ont pris naissance. Mettre sous les yeux du lecteur des témoignages, sans faire connaître la cause qu'ils étaient destinés à défendre, c'eût été apporter des énigmes à résoudre. On devait donc, sur chaque point, exposer l'état de la doctrine, et, pour cela, utiliser les résultats fournis par l'histoire des dogmes. On a été ainsi amené à tracer des esquisses sommaires et rapides. L'histoire des dogmes intervient ici uniquement à titre d'auxiliaire et pour éclairer la marche. On se fût lancé dans de perpétuels hors-d'œuvre si on avait entrepris de dé-

Viil PRÉFACE.

velopper et surtout de prouver les aperçus historiques qu'on était obligé de présenter. Dans toutes les recherches il y a des prémisses qui servent de points de départ et qui restent en dehors des investigations.

L'historien n'a pas le droit de substituer sa pensée à celle des documents qu'il met en œuvre. Il doit être avant tout un rapporteur exact et fidèle. Lire les pièces qui se rattachent à son sujet, les transcrire ou les résumer impartialement, c'est là son premier rôle; rôle qui paraît d'une exécution bien facile et qui, en fait, met souvent aux prises avec les plus graves embarras. On n'a pas ici en vue les textes obscurs et reconnus par tous comme tels. Ces textes ne suggèrent que des conjectures et n'appuient jamais des conclusions fermes. On vise les formules, les phrases, les dissertations, dont la clarté n'est contestée par personne, et dont pourtant l'interprétation soulève des conflits. On pense à ces textes, dont les écoles rivales s'emparent, et sur lesquels elles construisent des théories opposées. On a tenu ici à laisser autant que possible à l'écart les questions controversées. Quand néanmoins il a fallu prendre position, on a suivi des autorités qui s'imposent au respect de tous. On a dit, par exemple, que certains Pères avaient dénié à l'âme humaine de Notre-Seigneur la connaissance du jour du jugement. Or cette assertion a été émise par Petau. Certes le prince de la théologie positive a pu se tromper et chacun est libre de croire qu'il s'est en effet trompé. Mais aussi on peut bien, j'imagine, se faire son disciple, sans être taxé de témérité. De même, on a laissé entendre que saint Augustin, pendant les quinze dernières années de sa vie, avait parlé de la grâce actuelle en des termes qui avoisinent ceux dont se sert l'école thomiste. Est-ce vrai?

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