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L'INCARNATION ET LA RÉDEMPTION

Vers la fin du huitième siècle (782), deux évêques espagnols, Élipand, métropolitain de Tolède, et Félix, évêque d'Urgel, unirent leurs efforts pour combattre ce qu'ils appelaient le monophysisme. Selon eux, le seul moyen d'éviter cette erreur était de distinguer dans le Christ deux Fils de Dieu : un Fils propre, à savoir le Verbe ; et un Fils adoptif, l'homme auquel le Fils s'était uni. Ils consentaient à attribuer au Fils de Marie le titre de Dieu, mais seulement dans le sens large et vague où l'Ecriture elle-même le donne aux hommes. Fidèles, du reste, à la doctrine du concile de Chalcédoine. ils reconnaissaient hautement que le Verbe, en adoptant la nature humaine, l'avait englobée dans sa personne divine. Ils n'admettaient donc dans le Christ qu'une seule personne, la personne du Verbe; et néanmoins ils considéraient le Sauveur comme un homme « adopté » par la seconde personne de la Trinité ^

Elipand et Félix appelaient à leur secours tous les endroits de l'Écriture que l'exégèse traditionnelle appliquait à la nature humaine du Sauveur. Ils citaient donc la plupart des prophètes de l'Ancien Testament, surtout les passages suivants du Deutéronome, de Michée et d'Isaïe ^ : « Le Seigneur

-^l. Voir : Hefele, Conciliengesch., leéd.,3. 600 et suiv. ; Bach,/)/^ Dogmengesch. des Mittelalters 1. 103; Harnack, Dogmengescli. S^, 248. 2. Ces textes et les suivants se trouvent dans leur lettre intitulée :

LA CONTROVERSE ADOPTIANISTE. 267

suscitera un prophète d'entre vos frères. — Donnerai-je mon premier-né pour mon crime? — Voici mon serviteur; je le prendrai ; il est mon élu ; c'est en lui que se plaît mon âme ^ . » Dans le Nouveau Testament, leurs textes de prédilection étaient ceux-ci : « Le Père est plus grand que moi ^. — L'enfant croissait et se fortifiait. Il était plein de sagesse", et la grâce de Dieu était en lui. — Nous avons un avocat auprès du Père. Jésus-Christ qui interpelle pour nous ^. — Le Christ Jésus... s'est anéanti et a pris la forme d'un esclave ''. » Ce dernier texte et celui d'Isaïe avaient à leurs yeux une importance spéciale. « Pourquoi, disaient-ils, craindrait-on d'appeler adoptif celui que le prophète ne craint pas d'appeler esclave? Le titre d'esclave est-il donc plus honorable que celui de fds adoptif? »

La nouvelle doctrine se répandit rapidement en blspagne. Cependant elle rencontra deux adversaires, Béatus et Éthérius qui, non contents de la réfuter, la dénoncèrent au pape Adrien. Immédiatement le pape écrivit sa Lettre aux éi^êques d'Espagne ^ (785). Rédigé surtout à l'aide de citations patristiques, ce document ne contenait, en fait de références bibliques, que la confession de foi de saint Pierre : « Tu es le Christ, Fils du Dieu vivant », et ce passage de VEpître aux Romains : « Dieu n'a pas épargné son propre Fils, mais il l'a livré pour nous tous. » Ces deux textes étaient accompagnés d'un court commentaire où l'expression « propre Fils » était soulignée et opposée à la formule adoptianiste ^.

Cependant la réfutation scripturaire de la christologie adoptianiste reçut bientôt de plus amples développements. Charlemagne, dès qu'il eut connaissance de la querelle théologique

Epistola episcoporum Hispaniae ad episcopos Galliae... M. 101. 1321 et suiv.

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