‹ Histoire de la théologie positiveChapitre 336 sur 547 · In Sent. 3 dist. 3, pars 1, art. 1, qu · texte numérisé non relu

In Sent. 3 dist. 3, pars 1, art. 1, qu

l'immaculée conception. 289

ceplion immaculée; « car, fit-il observer, qui dit tous n'excepte personne^ ». Et, quand Duns Scot entreprit de réconcilier la scolaslique avec le sentiment commun des fidèles, la première objection qu'il eut à résoudre fut le texte : In quo oinnes pecca^crunt' .

Du cùté opposé, on dilTéra quelque temps à chercher un appui dans TEcriture. Saint Bernard, qui mentionne pour les réfuter les arguments de ses adversaires, ne s'objecte aucun texte biblique; ce qui prouve que, de son temps, les partisans de l'immaculée conception n'avaient pas encore donné une base scripturaire à leur croyance. 11 n'en était déjà plus de même vingt ans après la mort de l'illustre docteur. A cette date, en effet, Nicolas de Saint-Alban écrivait sa Lettre à Pierre de Celles, dans laquelle il réclamait en faveur de l'immaculée conception le texte : Surgc in requiem tuam, tu etarcà sanctificationis tuae^. Toutefois Nicolas n'accorda à cet argument qu'une place accessoire. Plus tard, Duns Scot, se renferma exclusivement dans le domaine de la Tradition et de la raison théologique; ou, sïl en sortit, ce fut uniquement pour résoudre l'objection tirée du texte : In quo omnes peccai^erunt'* . En somme, jusqu'au seizième siècle, la théologie scripturaire de limmaculée conception n'exista qu'à l'état de germe.

Du onzième au douzième siècle, la dévotion à Marie prit utî essor considérable, dont nous avons l'irrécusable preuve dans les écrits de Fulbert, de Pierre Damien et surtout de saint Bernard. On se plut à célébrer les grandeurs de celle qui avait donné au monde le Sauveur, et, pour appuyer les éloges que l'on décernait

1. In Sent. 3, dist. 3, qu. 1 : « qui dicit omnes niliil excipit ».

2. In Sent. 3 dist. 3, qu. 1, n. 1 et 14. Il résout robjection dans les termes suivants : « Omnes naturalitcr propagati ab Adam sunt peccatores, hoc est, ex modo quo habent naturam ab Adam habent unde careant justitia débita nisi eis aliunde conferatur. »

3. Parmi les lettres de Pierre de Celles, Ep. 172, 31. 202. 621.

4. Il répond {loc. cit., n. 14) que la Sainte Vierge tombe sous la loi formulée par saint Paul, en ce sens qu'elle a contracté la « dette » du péché sans toutefois contracter le péché lui-même.

THÉOLOGIE. lt>

290 THÉOLOGIE scripturaire; la marialogie.

à la sainte Vierge, on rappela fréquemment ces paroles de Tano-e : Ai^e, gratia plena... Spiritiis Sanctus superveniet in teK.. Mais, quand on passe de ces effusions oratoires aux dissertations proprement dites, quand on lit Hugues ou Pierre Lombard, on constate une sobriété qui étonne. Labbé de Saint- Victor et l'auteur des Sentences ne parlent de la mère du Sauveur que pour expliquer comment le Saint-Esprit la purifia du péché au moment où il descendit en elle dans le mystère de l'incarnation 2. Il faut attendre le treizième siècle pour voir apparaître un exposé didactique de la sainteté de Marie. Alexandre de Ilalès Ta inauguré, mais saint Thomas est son meilleur interprète.

Le docteur angélique enseigna d'abord que Marie fut sanctifiée pendant le cours de sa vie utérine, c'est-à-dire après sa conception mais avant sa naissance; que, dès lors, elle fut pleine de grâces ; qu'elle ne commit jamais un seul péché ; que néanmoins le foyer de la concupiscence resta en elle — sans jamais du reste faire sentir son action — jusqu'au moment de l'incarnation; et qu'il fut éteint complètement à partir du jour où Marie reçut l'honneur de la maternité divine ^. Mais la sanctification in utero et l'exemption tant incomplète que complète de la conupiscence ne lui parurent susceptibles d'être démontrées que par des considérations étrangères à l'Écriture. Seuls les privilèo-es de la plénitude de grâces et de l'exemption du péché actuel purent fournir des attestations scripturaires, à savoir les textes : Ave gratia plena '' ; Tota pulchra es et macula non est in te'^. Néanmoins il crut trouver un gage de la sanctification in utero de Marie dans le privilège du même genre dont, au dire de l'Écriture, Jérémie et Jean-Baptiste furent gratifiés ^.

1. Ces textes reviennent fréquemment sous la plume de saint Bernard. Voir : Super missus est, homil. 3 et 4; Sermo in nativitate B. Mariae.

2. Hugues, Summa sent. 1. 16, M. 176. 73; Pierre Lombard. Sejit. 3. dist. 3, 1 et 2. Voir encore : Pierre de Poitiers, Sermo in purifie. 4. M. 211. 729; Pierre Comestor, Sermo innativ. Domini,l, M. 198. 172.

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