CHAPITRE VII
Dans leur enseignement didactique, les théologiens ne mentionnèrent ordinairement qu'en passant la primauté du pape ^ . Ce furent la controverse grecque et la controverse gallicane qui les amenèrent à s'arrêter sur cet article de la dogmatique chrétienne.
Quand il se sépjjra de l'Eglise romaine, Photius allégua, pour justifier sa conduite, les prétendues erreurs dont, selon lui, rOccident s'était laissé infecter ; mais il ne formula aucune objection directe contre la suprématie du pape. Néanmoins son orgueilleuse attitude impliquait l'absolue négation de cette suprématie. Aussi tous les défenseurs du Saint-Siège eurent soin d'exposer les preuves de la primauté du pontife romain. Et, bien qu'ils se soient placés avant tout sur le terrain de l'histoire, ils ne négligèrent pas cependant le secours de l'Ecriture. Ratramne^ et Enée^ citèrent le texte : Tu es PetruSy et proclamèrent que cette divine parole avait fait de
1. Voir cependant : Saint Bernard, De consideratione,2. 8 : « Habent illi (pastores) assignâtes grèges, singuli singulos : tibi universi crediti, uni unus. Nec modo ovium, sed et pastorum tu unus omnium pastor. Unde id probem quaeris? Ex vorbo Domini. Cui enim, non dico episcoporum, sed etiam apostolorum sic absolute et indiscrète totae commissae sunt oves? Si me amas, Petre, pasce ovesmeas. » — Saint Thomas, Contra Génies, \. 76. Dans ce chapitre sont rassemblées diverses considérations qui prouvent qu'il doit y avoir un chef souverain dans l'Église. On y trouve les textes : Pasce oves meas; — Confirma fratres luos; — Tibi dabo claves regni coelorum.
2. Contra Graecorum opposita, 4. 8, M. 121. 335 : « Meminisse debuerant... ipsum (Christum) Petro dixisse : Tu es Petrus... »
3. Liber adversus Graecos, 187, M. 121. 718. Toutefois le texte : Tu es Petrus, n'intervient que dans une citation du pape Gélase.
294 THÉOLOGIE scripturaire; la primauté du pape.
saint Pierre le premier des apôtres. Ils observèrent ensuite que saint Pierre était venu à Rome, que saint Paul y était venu également ^ Et ils dégagèrent la conséquence renfermée dans ces faits. « Les deux apôtres, lisons-nous dans Ratramne, qui ont reçu du Christ la primauté dans l'Eglise, ont été envoyés par le Christ à Rome : c'est ce qu'atteste la vérité ecclésiastique ainsi que leur martyre. Ces deux princes ont été envoyés là où était le siège de la principauté du monde. Il était convenable que la ville, qui avait courbé l'univers sous son sceptre impérial, fût également la maîtresse du monde dans l'ordre religieux^. »
Saint Thomas consacra deux pages de son opuscule Contra errores Graecorum à établir les droits du pape. Toutefois il se borna à citer, sans les faire suivre d'aucun commentaire, les textes : Pasce oç^es meas; Ut sit unum ovile et unus pastor; Quodcumque solçei'is supe?^ terrain erit solutum et in coelis; Tu aliquando co/içe/'sus confirma fratres tuos. Sa thèse était avant tout d'ordre patristique^.
Et il en fut à peu près de même au concile de Florence. Torquemada, le défenseur de l'Eglise latine, appela surtout les Pères à déposer en faveur du pape. On trouve cependant dans son discours deux essais de démonstration scripturaire dont voici le premier. « Le Christ a établi sur Pierre l'Eglise qu'il avait établie sur lui-même. Par les paroles : Tibi daho claves... il lui a donné les clefs sans restriction. Personne n'est excepté. D'où il suit que Pierre peut lier tout le monde et ne peut être lié. 11 est donc le vicaire du Christ, et le pontife romain qui lui succède est, lui aussi, le vicaire du Christ''. »
Au moment où la papauté essayait à Florence de faire ac-