LES DOCTEURS DU XII*' SIECLE
chair pour le salut du monde; le pain est donc la chair puisque la Vcrih' Ta dit'... Le Seigneur a dit à ses apôtres : Ma chair est vraiment une nourriture et mon sang est vraiment un breuvage. Quoi de plus clair? Quoi de plus net ^ ? » Hugues de Langres présente des considérations du môme genre -^ Et Guitmond réfute par l'argument qui suit les adversaires de la conversion absolue du pain : « Le Seigneur, après avoir pris le pain et l'avoir béni, a dit : Ceci est mon corps. 11 n'a pas dit : Mon corps est caché dans ceci. 11 n'a pas dit non plus : Mon sang est dans ce vin. Mais il a dit : Ceci est mon sajig'' ...'^oive- Seigneur n'a pas dit : Une partie de ceci est mon corps. Il a dit simplement : Ceci est mon corps ^. »
IL La théologie didactique de V Eucharistie.
C'est avec le Decretum d'Yves de Chartres et le Sic et Non d'Abélard que la théologie de l'eucharistie passa de la phase polémique, qui avait régné du neuvième au onzième siècle, à la phase didactique. Mais l'évoque de Chartres s'est cantonné dans le domaine de la Tradition ; Abélard doit donc seul retenir ici notre attention. Après avoir rassemblé, pour autant qu'il les connaissait, tous les textes patristiques favorables à la présence réelle, l'illustre professeur de Sainte-Geneviève apporta les témoignages scripturaires qui confirmaient la même doctrine. Il donna le premier rang aux paroles de la Cène : Hoc est corpus meum. Puis vinrent les attestations de saint Paul : Panis quem frangimus nonne participatio cojporis Domini est? — Non potestis mensae Domini participes esse et mensae daemoniorum. — Quicunque manducaverit panem hune vel biberit calicem Domini indigne reus erit corporis et san-
l. De corporc et mnfjuinc Domini, 1 ot 2, M. 139. 1377 et 1379. 2. /62rf.,4, p. 1382.
3. De corpore et nanguine Domini, M. 142. 1332 : « Perturbas veritatem et quasi uientitam rcdarguis... Ipsa enim dicit : Hoc est corpus meum. Concedis dixisse, sed repugnare non cessas. Dicis enim corpus et non corpus, suum et non suum. »