‹ Histoire de la théologie positiveChapitre 46 sur 547 · Praep. ev.'u. 13, M · texte numérisé non relu

Praep. ev.'u. 13, M

DÉMONTIIÉE CONTRE LES ADOPTIANISTES. 21

les Pères à exposer les bases bibliques de lachristologie. Déjà saint Irénée mentionne des hérétiques qui, tout en faisant profession de croire aux Ecritures, considéraient le Christ comme un homme ordinaire issu de Joseph '. Le grand évéque de Lyon, après avoir déclaré hautement que ces gens-là se privaient du droit à la vie éternelle, leur fait observer que si Jésus n'était pas le Verbe de Dieu fait homme, TEcriturene l'appellerait pas « Dieu, Seigneur, Roi éternel, Fils unique. Verbe incarné ^ ». Mais, préoccupé avant tout, de combattre les gnostiques, il se borne à cette réfutation sommaire et passe outre.

C'est dans le Syntagma d'Hippolyte que la controverse adoptianiste proprement dite fit son apparition. Vers la fin du deuxième siècle, Théodote avait essayé de ruiner dans l'âme des Romains la foi à la divinité du Christ. Il leur avait enseigné que Jésus était un homme, conçu d'une vierge et devenu, au jour de son baptême, le fils adoptif de Dieu, mais non un Dieu fait homme. Très versé dans les Écritures, il avait cité à Fappui de sa doctrine divers passages tant de l'Ancien que du Nouveau Testament, notamment les textes du Deutéronome, de Jérémie, d'Isaïe, des Actes et de la Première épître à Timothécy où le Christ est désigné comme un homme dont l'unique prérogative consiste à faire des miracles et à servir de médiateur entre Dieu et les hommes. Hippolyte discuta un à un tous les textes allégués par Théodote. Il montra que si Moïse avait dit : « Le Seigneur suscitera d'entre vos frères un prophète comme moi, écoutez-le », on lisait d'autre part dans Isaïe : « Il sera appelé Emmanuel, c'est-à-dire Dieu avec nous » ; que si saint Pierre avait appelé Jésus : « Un homme recommandé par ses miracles et ses prodiges », saint Etienne s'était écrié en mourant : « Je vois le Fils de l'homme à la droite du Père » ; que si Isaïe l'avait dépeint comme un homme de douleurs, il avait dit aussi : « Qui racontera sa génération? » ; enfin

1. Hacr. 3. 19, 1, M. 7. 938; Voir aussi saint IIilaire, De Triniiale, 2. 23, M. 10. 65.

2. Ibid. 3. 19, 2, IM. 7. 910 :« Quoniam autem ipso proprie praeter omnes qui fuerunt tune homines, Deus et Dominus et rex acternuset Unigenitus et Verbum incarnatum praedicatur... llaec autem non tcstifîcarentur Scripturae de eo si similiter ut omnes homo tantum fuisset.

22 THÉOLOGIE scripturaire; la divinité du christ

que si saint Paul avait parlé du « médiateur entre Dieu et les hommes Jésus- Christ )>, il avait dit ailleurs : « Il y a un seul Seigneur, Jésus-Christ par qui tout a été fait ». En un mot, il prouva que Théodote avait faussé le sens des textes scripturaires au moyen desquels il avait prétendu renverser la divinité du Christ *.

Avant d'être réfuté par Hippolyte, Théodote avait été excommunié par le pape Victor 2. Néanmoins, un demi-siècle plus tard, sa doctrine fut reprise par Artémas qui rabaissa, lui aussi, le Sauveur au rang d'un homme sur lequel l'Esprit de Dieu était descendu au jour de son baptême. Artémas trouva de redoutables adversaires dans Novatien et dans V Anonyme d'Eusèbe. Malheureusement l'unique fragment qui nous est parvenu de ce dernier se borne à une vague mention de l'Ecriture 3. Mais le De Trinitate nous a été conservé intégralement. Mettant à profit les travaux de saint Justin et de Tertullien, Novatien prouva, parles théophanies de l'Ancien Testament et par divers textes de la Genèse, l'existence d'une personne divine distincte de Dieu le Père \ Mais il ne s'en tint pas là. 11 étudia de près l'évangile de saint Jean et montra que celui qui avait dit : « Je suis d'en haut... je suis sorti de Dieu et je suis venu... Mon Père et moi nous ne sommes qu'un... donne-moi la gloire que j'avais en toi avant l'existence du monde... » ne pouvait être un simple mortel''. Il signala également la profession de foi suivante de l'Évangéliste : « Le Verbe était Dieu... le Verbe s'est fait chair ^ », et cette autre de l'apôtre saint Paul : « Le Christ, qui était dans la forme de Dieu, n'a pas cru devoir garder jalousement cette prérogative de l'égalité divine, et il s'est anéanti' ». Le Syntagma d'Hippolyte n'avait fait qu'ébaucher la réfutation scripturaire de la thèse adoptianiste, le De Tri-

1. Voir : saint Épiphane, Haer. 54, M. 41. 961, qui résume probablement le Syntagma que nous n'avons plus.

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