CHEZ LES SCOLASTIQUES
fournies par ces divers docteurs, il composa une gerbe de textes nombreux, où le dogme de la présence réelle était proclamé. Malheureusement induit en erreur par Alger, il lui arriva maintes fois d'attribuer aux Pères des textes dont le véritable auteur était Lanfranc. Le disciple dWbclard, Gratien, composa lui aussi sa gerbe. Pour la faire, il étudia Paschase Radbert, le Sic et Non dAbélard et Alger ; il étudia surtout le Decretum de lévêque de Chartres ^ La seconde Distinction du De consecratione n'est qu'un remaniement des pièces recueillies par Yves, auxquelles sont associés quelques documents tirés de la collection d'Abélard et de Paschase Radbert.
De bonne heure Yves de Chartres cessa d'être lu et tomba dans Loubli. Le Sic et Non lui-même ne fut guère utilisé. Le De consec ratio fie de Gratien fut comme le grenier d'abondance auquel les docteurs depuis Pierre Lombard allèrent s'approvisionner de textes pour prouver la présence réelle^. On substitua même, àpartir du treizième siècle, Pierre Lombard à Gratien, et on lui demanda les deux ou trois références dont on avait besoin. Cependant saint Thomas donna un extrait de saint Hilaire qu'il dut emprunter à Yves ^ ; il cita également une phrase de saint Cyrille de Jérusalem que personne, semble-t-il, ne connaissait encore •*. Son enquête patristique, bien que peu abondante, té-
1. De comecratione, dist. 2, M. 187. 1731 à 1782. Elle comprend 97 chapitres. LeZ><? consecr. n'est lui-même que la troisième partie du Decretum. Los eh. 71 et 72 (p. 1767 et 1768) citent des textes de Paschase dont le second est attribué à Augustin. Le ch. 48 (p. 1754) cite, sous le nom d'Augustin, un texte de Lanfranc qui a dû être pris dans le Sic et Non (voir la note précédente). Lesempruntsà Yves sont fréquents. Le ch. 34 (p. 1744( est tiré d'Alger (1. 5, M. 180. 753), car il cite, sous le nom de saint Grégoire, un texte dont les premières lignes seules sont de ce pape et dont la suite a pour auteur Alger lui-inôme.
2. La plupart des textes patristiques que cite Pierre Lombard dans les Disiinctiones 8 à 11 de la qiiarta Pars se trouvent dans Gratien, et lui ont été empruntés. Par exemple : lepseudo-Eusèbed'Émèse (4. 8.2.) vient de />ecorî. secr. 2. 35; le pseudo-Augustin — en fait Paschase — (4. 8. 3) vient de De cons. 2. 72. Le pseudo-Augustin — en fait Lanfranc— (4. 10.2.) vient de De cons. 2. 48. Quelques-uns cependant font exception. Ainsi le texte de Lanfranc qu'on lit : 4. 11. 3, a dû être lu ailleurs.
3. Siimma, 3.75. 1. \o\r Y vf.s, Décret. 2.4, M. 161, 138 et 139. Il put le lire aussi dans le Sic et Xon, M. 178. 1518.
4. Ibid. Ce texte est authentique, mais cité dans une traduction large qui, du reste, respecte la pensée de Cyrille.
444 THEOLOGIE PATRISTIQUE ; L EUCHARISTIE.
moigne de recherches personnelles dont les docteurs de son temps avaient perdu Thabitude.
Mais l'enquête patristique à laquelle donna lieu l'eucharistie n'eut pas pour objectif unique le dogme de la présence réelle. Elle s'étendit à tous les problèmes soulevés par le sacrement de nos autels. Poursuivons-la donc et, d'abord, voyons par quelles autorités on établit les paroles de la consécration.
Hugues se borna à affirmer que la forme du sacrement de r eucharistie était dans les paroles du Sauveur : Hoc est corpus meum, sans se référer à aucun témoignage ^ Mais Abélard inséra dans le Sic et Non ce texte de l'auteur du De sacramentis : « Après la consécration, la chair du Christ prend la place du pain. Or, par quelles paroles se fait la consécration? Par les paroles du Seigneur Jésus... Quand est venu le moment de consacrer, le prêtre emprunte les paroles du Christ... Voulez-vous savoir les paroles célestes qui consacrent? Les voici : Le prêtre dit : ...Hoc est corpus meum ^. » Gratienfit entrer ce document précieux dans son Decretum ^, et il lui adjoignit l'extrait suivant de Paschase qu'il mit sur le compte de saint Augustin : « On doit croire que le sacrement (de l'eucharistie) est réalisé par les paroles du Christ ^. » Ces deux textes, celui du pseudo- Ambroise — ■ le De sacramentis était attribué à l'évêque de Milan — et celui du pseudo- Augustin, passèrent du Décret dans les Sentences de Pierre Lombard ^. A partir de ce moment, ils devinrent classiques. Mais ce fut le premier qui attira surtout l'attention. Quand le docteur angélique voulut prouver que les paroles : Hoc est corpus meum^ sont la forme de la consécration, il fît appel au De sacramentis^. Duns Scot eut recours à la même autorité '^.