L'EXTRÊME-ONCTION
Le seul problème relatif à rextrême-onction qui ait été agité, sur le terrain patristique, par les docteurs du douzième siècle, fut celui de la réitération de ce sacrement. 11 était d'usage, le cas échéant, d'administrer ce sacrement plusieurs fois à la même personne. Or saint Augustin, parlant quelque part de l'imposition des mains, en interdisait la réitération « pour ne pas faire injur^ au sacrement lui-même ' ». On se trouvait donc en face d'un fait et d'un principe patristique qui semblaient se contredire, et qu'il fallait néanmoins concilier 2, Dans sdi Somme des Sentences, Hugues imagina de dire que le sacrement de Textrême-onction n'était pas, à proprement parler, réitéré quand on faisait plusieurs fois les onctions d'huile sur la même personne, et cela parce que la consécration de l'huile n'était pas réitérée-^. Cette solution fut adoptée par Roland^'. Toutefois
1. Contra Parmenian., 2. 28, M. 43. 71 : « Ideoque non eis in populo nianus imponilur ne non honiini scd ipsi sacramento fiât injuria. »
2. Hugues, .S'wwima Sent., G. 15. M. 176. 154 : « Hoc sacramentum in quihusdam ecciosiis soietreitcrari, quum dicat Augustinus sacramentum non (.•sse itorandum et nulli sacramento faciendam esse injuriam. » — Pierre Lombard, Sentent, 4.^. 3. — Roland, dans Gietl, p. 262.
3. Summa Sent., 6. 15, M. 176. 154. Hugues commence par dire que le principe posé par saint Augustin ne s'applique peut-être qu'au baptême et à l'ordination. Puis, il renonce à ce moyen de défense et déclare qu'il est préférable d'étendre ce principe à tous les sacrements : « Scd melius est ut do omnibus generaliter dicatur. >• 11 ajoute ensuite : « Ita de sacramento altaris vel unctionis, licet iteratio fiât quantum ad personam quae iterum suscipit sacramentum, tamen quia non itorum boncdicitur eadem liostia vel idem oleum, non iteratur sacramentum. -
4. Sentenzen Rolancls, p. 262 : « Quod non debent reitei-ari inde proba-
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on finit par s'apercevoir qu'elle était artificielle. Dans le Desacramentis, Hugues déclara sans ambages que l'extrême -onction ne devait pas être assimilée au baptême, et que sa réitération ne se heurtait à aucune objection sérieuse ^ Que devenait dans cette hypothèse l'axiome de saint Augustin? Il ne le dit pas. Mais Pierre Lombard combla la lacune laissée par l'auteur du De sacramentis, en expliquant que le principe posé par l'évêque d'Hippone s'appliquait seulement au baptême, à la confirmation et à l'ordre -.
A partir du treizième siècle, le texte de saint Augustin qui avait naguère jeté dans un si grand embarras Hugues et Roland, fut négligé et la réitération de l'extrême-onction ne souleva plus aucune difficulté ^. A sa place trois autres problèmes surgirent, dans le domaine de la Tradition. On apprit, d'une part, que jadis des moines d'Egypte non revêtus du sacerdoce, avaient donné l'extrême-onction aux malades, et que ce rite avait même été pratiqué par de simples femmes, entre autres par sainte Geneviève. On apprit, d'autre part, que le Maître des Sentences avait paru rattacher l'origine de l'extrême-onction non au Christ lui-même, mais à l'apôtre saint Jacques. On apprit enfin que certaines églises, notamment toutes les églises d'Allemagne, administraient le sacrement des infirmes avec une forme indicative. Comment accorder ces données de l'histoire avec l'enseignement reçu? On expliqua que les onctions pratiquées dans les siècles passés par des laïques, étaient uniquement destinées à rendre la santé aux malades, et qu'elles n'avaient aucun caractère sacramentel \ On fit observer que Pierre Lombard
tur qua nuUi sacramento est injuria facienda... Sed videtur fore rciterandum consuetudine Ecclesiae... Ad haec dicimus quod quamvis multoties uni et eidem personae conferatur, non tamen propterea reitoratur. »
1. De sacramentis, 2, pars 15. 3, M. 176. 578 : « Sed mihi intérim ratio nuUa occurrit quare convenienter iterari non possit. >»
2. Sentent. 4. 23. 3 : « Augustinus dicit sacramentum non iterandum... sed hoc dicit ubi agit de sacramento baptismi et confirmationis et ordinationis. »
3. Voir : saint Thomas, Supplem., 33. 1, tiré de : In Sent., 4. 23, qu. 2, art. 4, sol. 1. — Saint Bonaventure, /?2 Sent., 4. 23. art. 2, qu. 4. — Durand, In Sent., 4. 23, qu. 4. 9. — Albert, In Sent., 4. 23, art. 20, est curieux. Il dit : « Hoc sacramentum... sicut caetera quaedam iteratur, sicut expresse dicit Augustinus in littera. »
4. Saint Thomas, 5^^/»^^?^. 31. l,tiréde:/n 5c«^, 4.23, qu.l, art. 1, sol. 2.
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avait entendu attrilmer à saint Jacques, non l'institution ollenirme, mais seulement la promul«;ation du sacrement des infirmes et que, en somme, il était partisan de l'origine divine de Textréme-onction '. Ainsi furent résolus les deux premiers problèmes. Quant au troisième, nous connaissons déjà Tun des deux arguments qu'on employa pour le résoudre^. A l'autorité de saint Jacques on associa celle de la majorité des églises qui ne se servaient que d'une forme déprécative ^. On nota que, parmi ces églises, on trouvait l'Eglise romaine '.On ajouta même que là où la forme indicative était en vigueur, elle n'était pas seule, mais qu'elle était toujours suivie d'une forme déprécative •*. Cette dernière considération était péremptoire, pourvu toutefois qu'on ne pût élever aucun doute sur son exactitude. Mais précisément était-on bien sur que la forme indicative fût toujours suivie d'une forme déprécative? Durand donna à entendre que l'hypothèse contraire n'était pas impossible. Et il conclut que, dans cette hypothèse, le problème de la forme de l'extréme-onction devenait bien mvstérieux^.
1. Albert, In sent., 4.23. art, 13 ad 1. — Saint Thomas, Supplem..) 29. 3 ad. 2.