Journal du Bourgeois de PariSf p
De ce moment, malgré l'influence toujours assez considérable de Marguerite,le roi sembla de plus en plus favorable à la répression de l'hérésie : son alliance avec le pape en novembre 1533 ne pouvait d'ailleurs que le confirmer dans ces intentions.
Toutefois, en 15ru,le8 uiodérés eurent encore un moment d'espoir ; pour des raisons d'ordre politique, François I®'' se rapprochait des princes protestants d'Allemagne hostiles b. Charles-Quint ; il eut en février une entrevue avec le landgrave de Hesse et songea à traiter directement avec Mélanchton, qui, un peu sceptique cependant, eût volontiers consenti à faire le voyage de Paris *. Mais, bien qu'il fût aidé et approuvé dans cette tentative par sa sœur, les du Bellay, Guillaume Budé, et un grand nombre d'énidits partisans de la Réforme, le roi ne put résister à la poussée des haines ecclésiastiques et des préjugés populaires ; les réformés, de leur côté, devenaient chaque jour plus agressifs : on mutilait les emblèmes religieux, et parfois, les affronts, ne ^'arrêtant plus au clergé, allaient frapper la puissance royale elle-même. Ces attaques personnelles irritèrent le roi, que Rome cherchait à circonvenir, et sa fureur ne connut plus de bornes lorsque, le 18 octobre 1534, au château de Bloîs, il put voir affiché, sur la porte même de sa chambre, selon la légende, les fameux placards intitulés «Articles iféntables sur les horribles abus fie la messe fxipalc •>, que Farel avait fait imprimer à Neuchâtel.De ce jour.le fanatisme était victorieux dans les deux partis ; l'année 1535 est la véritable date de l'ouverture des hostilités entre les protestants et les catholiques français.
l. < Je ne me laisserai, écrivait Mélanehton à son ami Sturm, arrêter ni par des liens domestiques ni par la crainte du danger. Il n*y a pas de grandeur humaine à laquelle je ne préfère la gloire de Christ. Une seule pensée m*arrête : je doute de pouvoir faire quelque bien; je crains qu*il ne soit impossible d^obtenir du roi ce que je regarde comme nécessaire à la gloire du Seigneur et à la paix de la France. Vous connaissez ce royaume. Prononcez. Si vous croyez que je fasse bien d'entreprendre le voyage, je para. » {Lettre du 9 mai 1555.)
La procession expiatoire du 16 janvier 1535 fut le début d'une ère de persécutions acharnées. Le 29 du même mois, un édit décréta l'extermination des hérétiques et les mêmes peines contre ceux qui les hébergeraient et ne les dénonceraient pas. Mais l'édit du 13 janvier avait été plus surprenant encore : il oixionnait purement et simplement la suppression de l'imprimerie ; ainsi, François !«'', par haine pour la Réforme et surtout peut-être par inquiétude pour ses conséquences politiques, voulait détruire le facteur le plus important de cette renaissance dont il avait tant favorisé le développement dans son royaume. Cet édit, arraché au roi par la Sorbonne, malgré les objections de Jean du Bellay, fut abrogé, il est vrai, six semaines plus tard, sur les instances du Parlement ; il révélait néanmoins la mesure de Tacharnement et du despotisme cruel qui caractériseront la fin du règne. A Paris, dix-huit personnes furent briilées vives de novembre 1534 à février 1530', et, à la même époque, dans le sud-est de la France, on commença à persécuter les Vaudois. ¥^n 1536; une dernière tentative de conciliation entre le roi et Mélanchton, conseillée peut-être par le pape Paul III *, échoua encore par l'opposition des fanatiques huguenots et papistes, de l'électeur de Saxe, d'une part, de la Sorbonne, de l'autre ; cependant, un politique tolérant, Antoine du Bourg, devint chancelier, et l'édit de Coucy (juillet 1530), confirmé bientôt par celui de Lyon (mai 1537), arrêta les persécutions. Ce ne fut malheureusement qu'une trêve momentanée. I^e pai>e réconcilia François I^^ et Charles-Quint, et le roi de France allait dès lors prendre une part plus active à la politique de réaction catholique que l'empereur et Paul ITI,ou plutôt son conseiller,le farouche Caraffa, inauguraient alors par la réorganisation de l'Inquisition et l'institution des jésuit^^s. 1^ parti de l'into-