‹ Histoire de la tolérance religieuse; évolution d'un principe socialChapitre 108 sur 293 · Cf. GuizoT, Hist de France, t. m, p · texte numérisé non relu

Cf. GuizoT, Hist de France, t. m, p

LK XVI« SiÈrLE 177

C'est ainsi que le protestantisme, fougueux et souvent inconséquent avec Luther, devint dogmatique et intolérant avec Calvin.

Tl ne le devint pas, toutefcns, de prime abord, car le fanatisme des calvinistes n'eut pas, dès le débxitjl'occasion de se manifester. Cependant, de par son principe, la république théocratique de Genève devait être intolérante dans le sens le plus grave et le plus irréfutable du mot, puisque chez elle (•e n'était plus, comme en Angleterre, dans l'Allemagne protestante et à Zurich, le despotisme politique se manifestant à propos de questions religieuses, mais bien le glaive civil mis à la disposition des haines théologiques : c'était l'intolérance d'un pape plutôt que celle d'un souverain : c'était, en un mot, l'intolérance d'une religion qui se révélait. Les excès de la réforme anglaise et les luttes des princes allemands réformés ne préjugeaient nullement des tendances libérales ou antihbérales de la nouvelle doctrine. Avec Calvin, au contraire, la Réforme se montre non moins intolérante que le catholicisme. C'est ce que Bayle *, en un jour de colère contre l'hostilité fanatique de Jurieu, rappela trop rudement peut-être aux réfugiés qu'il soutenait par ailleui's.

Calvin, en effet, fortifia le principe d'autorité et institua d'abord à Genève ce « moralisme * étroit, cette austérité à laquelle il laissa son nom et qui devait rester la caractéristique de ses sectateurs : il voulait, par exemple, pmiir de mort l'adultère comme l'hérésie.C'est co dernier point, d'ailleurs qui nous intéresse plus particulièrement. Calvin osa, en 15515, alors que sa situation n'était pas encore très assurée, faire brûler un hérétique que Tévèque catholique de Vienne en Dauphiné poursuivait aussi et dans la même intention. « Celui qui venait d'expirer, dit M. F. Buisson, n'était pas un malfaiteur ; c'était un hérétique, un des premiers savants ^ais aussi un des plus hardis du siècle, c'était le médecin

1. Cf. Bayie, Réponse d'un nouveau converti à la lettre d'un réfugié , in Œuvres div., t. lï, p. 144-66.

Michel Servet ' . > Ce malheureux avait dr« doutes sur le dojrme de la Trinité, et, après avoir laissé entendre à Calvin qu'il avait le déplaisir de ne penser pas comme lui, il eut le tort de 'se fier à sa tolérance. Calvin, d'ailleiu*s, sept ans auparavant, avait écrit à Farel que, si Servet venait à Genève, il ne l'en laisserait pas sortir vivant * ; cette condamnation ne fut donc pas de sa part un mouvement d'impatience : il y eut véritablement préméditation. Farel prit lui-même une part active au supplice, et les églises suisses, consultées par la minorité modérée du conseil, approuvèrent le principe d'vme condamnation, sans toutefois se prononcer sur la peine. Calvin dut entendre cependant quelques protestations, mais isolées pour la plupart,car Servet était peu connu dans la Suisse allemande et itaUenne, et Ton redoutait d'ailleurs de subir son sort ^. Convaincu de son bon droit, Calvin ivLfiesi utile de se disculper, et, en 1554, il publia, en latin chez Estienne *. en français chez Jean Crespin, un petit opuscule où il répondait aux objections de ses adversaires ; il le fit parvenir à tous ses amis, et attendit avec confiance leurs réponses: il fut un peu déçu. Bullinger,* le Calvin de Zurich^», l'approuva ; mais Nicolas Zurkinden (Zerchintes), de Berne, protesta en une lettre souvent citée, et bientôt allait paraître une réfutation plus sérieuse encore qui, pour anony- ♦ me qu'elle fût. n'en avait pas moins une tout autre portée. Elle émanait de Castellion, qui, cependant, avait été l'ami de Calvin.

On peut lire dans Montaigne la réflexion suivante :

Page 1