Ibidem
comme un crime, il la tient du moins pour une erreur. «Nous devons, dit-il, par tous les moyens, essayer de retirer ceulx qui sont en erreur, et ne faire comme celuy qui, voyant rhomme ou beste chargée dedans le fossé, au lieu de la retirer lui donne du pied ; nous la devons aider sans attendre qu'on nous demande secours. Qui fait aultrement est sans charité ; c'est plus haïr les hommes que les vices. Prions Dieu incessamment pour eulx, et faisons tout ce que possible nous sera, tant qu'il y ait espérance de les reduyre et convertir ; la doulceur profictera plus que la rigueur. Ostons ces diaboliques noms de parts, factions et séditions, luthériens, huguenots, papistes : ne changeons le nom de chrestiens *. » L'Hospital nous apparaît donc bien ici tel que l'a dépeint un de ses contemporains : « C'estoit,dit en effet Brantôme, un autre censeur Caton celuy-là, et qui sçavoit très- bien censurer et corriger le monde corrompu Il ne falloit pas se
jouer avec ce grand juge et rude magistrat. Siestoit-il pourtant doulx quelquefois, et là où il voyait de la raison . »
Cette harangue de L'Hospital pouvait avoir de sérieuses conséquences, étant donnée la situation importante du chancelier parmi les rouages gouvernementaux et l'.ncertitude dans laquelle on se trouvait alors. La mort récente de François II avait sauvé Condé et fait sombrer le projet que caressaient les Guises de forcer par quelque stratagème les réformés nobles à abjurer l'hérésie **. D'autre part, L'Hospital avait pu éviter, par l'édit de Romorantin (mai 1560), l'introduction en France de l'Inquisition ; d'accord avec le Parlement, il avait fait remettre aux évêques le jugement des hérétiques . « Il avait l'espoir que les ecclésiastiques n'emploieraient que les armes spirituelles *. » La France pou-