Lavisse et Rambauh, Hist, génér.^ t. v, p. llfl
vait, à ce moment, dégager sa responsabilité et ne pas laisser se développer chez elle les guerres de religion, qui s'étaient terminées, en Suisse et en Allemagne, par un accommodement entre les deux partis et, dans les autres pays d'Europe, par réchec définitif de protestants au Midi et des catholiques au Nord \ L'intervention de L'Hospital eut bien, à vrai dire, pour conséquence l'édit tolérant du 19 avril 1561. Mais les dissentiments entre la noblesse et le tiers état, d'une part, et le clergé de l'autre, avaient fait suspendre les Etats généraux. En outre, les intrigues des princes protestants semblaient non moins dangereuses que la tyrannie des Guises et déjà paraissaient les premiers pamphlets calvinistes où s'accusèrent des tendances nettement démocratiques,qui devaient effrayer la monarchie plus encore qu'une hérésie ; ces libelles, où le sérieux et la logique calvinistes s'alliaient souvent au style élégant et à la perspicacité des humanistes, frappaientaussidirectementleprinciped' autorité en matière politique qu'en matière religieuse. L'exaspération du parti catholique en France commençait à se compliquer d'inquié> tude réelle : on songeait à imiter les procédés expéditifs de Philippe II et de Paul IV.
Dès ce moment, L'Hospital ne voyait de remède que dans une conciliation et un raccommodement sincère entre les deux partis ; aussi s'épuisera-t-il à lutter contre la guerre civile imminente. Aux Etats de Pontoise, l'orateur du tiers état, Bretagne, lieutenant général de la chancellerie et premier magistrat de la ville d'Autun, prononça un discours très important.il protestait, autant qu'il était possible de le faire à l'époque, contre la reprise des persécutions et contre le nouvel édit intolérant promulgué en juillet 1661 ; l'Eglise
1. Au XVI^ siècle, la question de la tolérance se posait même en Russie, où, vers 1650, deux partis étaient en présence : les Jotif lianes (Eélateurs), et les Nilianea (tolérants). Nil Sorski et les solitaires du lac Bleuie avaient en effet protesté contre Josif. archevêque de Novgorod sous Vassili IV, qui avait, en 1504, réimi un concile et fait brûler trois hérétiques. (Cf. Lavisse et Rambaud, Histoire générale^ t. v. p. 783.)
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chrétienne, d'après lui, ne devait pas dépasser les limites de la simple prédication : c'était là son seul rôle légitime, et, dans ces conditions, ne pourrait-on admettre le culte protestant aussi bien que le catholique ? La tolérance apparaissait d'ailleurs à l'orateur du Tiers comme le meilleur moyen de vaincre les difficultés du temps présent. «A cela, Sire, disait-il en efifet, donnerez ordre facilement s'il plaît à Votre Majesté faire cesser toute persécution contre les prévenus et accusés pour le fait de ladite religion; ne permettant qu'ils soient travaillés ou molestés en leurs biens, offices ou personnes... Autre raison peut mouvoir. Sire, pour ne permettre les consciences de vos sujets être contraintes ; que de toutes ses créatures raisonnables, l'Etemel demande le cœur et affection intérieure principalement, lequel ne peut intervenir, ni être offert et présenté quand il est contraint * . » Après cette harangue, où se trouvaient déjà la plupart des arguments habituels en faveur de la tolérance, L'Hospital jugea inutile d'intervenir. L'édit de juillet fut aboli, et l'on autorisa l'exercice restreint du culte réformé.
Mais, dès ce moment, il y a, comme sous le règne de François I<^% des fluctuations dans la politique religieuse de la monarchie française. Coligny, à la suite du malencontreux colloque de Poissy, n'a plus aucune influence, car il n'a pas su ou voulu favoriser les intentions secrètes de la reine mère. L'Hospital obtient encore l'édit de pacification de janvier 1662, promulgué après la réunion des notables à Saint- Germain. Par sa courageuse intervention, le chancelier avait fait proclamer, non seulement la liberté de conscience, mais encore une certaine liberté de culte ,. Mais, deux mois plus tard, le massacre de Vassy supprima tout espoir de conciliation pacifique, et donna pour ainsi dire le signal des hostilités. Toute la responsabiUté des guerres retombe par conséquent sur les Guises, qui, par tous les moyens possibles, en