Ibi'L, liv, IV, p. 5SS
LE XVII le SIÈCLE 351
culte Quant à la partie de la religion qui regarde la mora<-
le, c'est-à-dire la ju3tice,le bien publiCyTobéissance aux lois naturelles et positives, les vertus sociales et tous les devoirs de rhomme et du citoyen, il appartient au gouvernement d'en connaître : c'est en ce point seul que la religion rentre directement sous sa juridiction,et qu'il doit bannir, non l'erreur dont il n'est pas juge, mais tout sentiment nuisible qui tend à couper le nœud social'.» Il dit encore avec raison qu'il ne faut pa-î supporter des religions qui seraient essentiellement mauvaises au point de vue moral ou social . Ceci est d'ailleurs fort bien complété par les termes de sa lettre à l'archevêque de Paris**, dans laquelle il démontrait combien est illégitime la vérification en matière d'idées purement et simplement religieuses.
Mais, où il pose un principe défavorable à la liberté de conscience, c'est lorsqu'il développe, dans leContrcU social,8ei, théorie de 1p. religion civile. Il y aurait beaucoup à dire sur les notions d'histoire religieuse que donne Rousseau en ce chapitre bien connu. A coté d'erreurs de détail,on trouve d'intéressantes remarques sur la tolérance païenne et le despotisme de la religion chrétienne, qui, après avoir rompu l'unité politico-religieuse des théocrp/ties antiques, établit un nouveau régime d'intolérance beaucoup plus dangereux et plus conscient, et d'ailleurs tout à fait en contradiction avec les tendances fondamentîiles de la doctrine du Christ\ On pourrait épiloguer davantage encore sur ce qu'il dit au sujet du catholicisme, qui, telle la religion des Lamas, 4< donnant aux hommes deux législateurs, deux chefs, deux patries, les soumet à des devoirs contradictoires, et les empêche de pouvoir être à la fois dévots et citoyens «. D'après lui, * tout ce qui rompt l'unité sociale ne vaut rien », surtout lorsque la super-
1. J.-J. KousKKAi'. Lettres écritff* de la montaqne, let. î, in t. m, p. î).
2. « L? vrai tolérant ne tolère pt» lo criino, il ne tolère aucun dogino qui rend les hommes mâchant**. > {Ibid., p. 1*2.)
3. J.-J. RoussEAiT, Lettre à M. de BcaumorU, in t. ii, p. 778-9.
4. J.-J. RoussFAU, Contrat social ch. VIIT, in t. r', p. 094-5.
stition et le fanatisme viennent s'ajouter à cet inconvénient fondamental '. Il estime d'ailleurs que, si le catholicisme ne peut engendrer que servitude et tyrannie *, la doctrine chrétienne, dans son essence même, est, de son côté, trop largement, trop universellement sociale pour se plier aux exigences politiques et législatives, c'est-à-dire pour devenir une religion nationale \
Si Rousseau admet bien que «les sujets nedoivent compte aux souverains de leurs opinions qu'autant qu'elles intéressent la communauté», et que, par suite, les seuls dogmes concernant la morale peuvent les intéresser, d'autre part il affirme qu'il y a « une profession de foi purement civile dont il appartient au souverain de fixer les articles, non pas précisément comme dogmes de religion, mais comme sentiments tle sociabilité sans lesquels il est impossible d'être bon citoyen ni sujet fidèle »*. Par suite, le souverain peut bannir ceux qui n'admettent pas ces statuts, et même les punir plus sévèrement, si, les ayant admis, ih ne s'y conformaient pas et violaient ainsi leur promesse •.
Par conséquent, Rousseau s'en tient à cette formule trop vague et par suite dangereuse : « Maintenant qu'il n'y a plus et qu'il ne peut y avoir de religion nationale exclusive, on doit tolérer toutes celles qui tolèrent les autres, autant que leurs dogmes n'ont rien de contraire aux devoirs du cito- Vt n ^. »
Nous arrivons enfin à Turgot, qui, pour être moins philosophe que les précédents, n'en a pas moins été plus explicite sur cette question de la tolérance ; bien qu'il ait pris