Ibid., p. 600, note
liilO HISTOIRE DB LA TOLÉRANCE RELIGIEUSE
revenir à une intolérance relative. S'il s'éleva, sur la fin de sa vie contre le fanatisme des protestants, c'est qu'il avait eu lui-même à en souflFrir, et d'ailleurs,il s'empressait d'ajouter : « Leur dure orthodoxie était elle-même une hérésie. C'était là l'esprit des réformateurs, mais ce n'était pas celui de la réformation *. > Sa religiosité fondamentale ne lui permettait pas de comprendre que tout dogmatisme conduit nécessairement à un certain degré d'into érance civile .
Cependant, il a des protestations intéressantes en faveur de la tolérance ; il dit en effet : « Osez confesser Dieu chez les philosophes ; osez prêcher l'humanité aux intolérants. Vous serez seul de votre parti peut-être; mais vous porterez en vous un témoignage qui vous dispensera de ceux des hommes *. » Il prête aussi au «Vicaire savoyard » des opinions assez larges: «Le culte que Dieu demande est celui du cœur, et celui-là, quand il est sincère, est toujours uniforme "* » Mais ceci montre précisément combien le sentiment religieux de Rousseau diffère du « moralisme » indépendant de Montesquieu.
(^ependant,au point de vue légal,il semble professer une doctrine très favorable à la tolérance. Il divise en effet la religion en dogmes spéculatifs et dogmes moraux : « Le jugement des premiers, dit-il, appartient à la raison seule; et, si les théologiens s'en sont emparés, c'est comme raisonneurs; c'est comme professeurs de la science par laquelle on parvient à la connaissance du vraiet du faux en matièrede foi.Si l'erreur en cette partie est nuisible,c'estseulementà ceux qui errent,et c'est seulement un préjudice pour la vie à venir, sur laquelle les tribunaux humains ne peuvent étendre leur compétence. Lorsqu'ils connaissent de cette matière, ce n'est plus comme juges du vrai et du faux, mais comme ministres des lois civiles qui règlent la forme extérieure du
L J.-J. Roi'SSKAr, Lf-nfrn ^rit^^ (if la woniti^/n*', let. II, in t. in, p. 19 .