‹ Histoire de la tolérance religieuse; évolution d'un principe socialChapitre 226 sur 293 · OS · texte numérisé non relu

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une part très active à cette propagande en faveur de la liberté de conscience son influence générale fut évidemment moins considérable que celle de Montesquieu, de Diderot, de Jean- Jacques peut-être, et surtout de Voltaire. Mais aussi la théorie de Turgot en matière de tolérance était d'autant plus indépendante, qu'il ne lui avait pas été nécessaire de la conformer à une doctrine philosophique étroitement coordonnée.

C'est en 1753, alors qu'il était âgé de 26 ans, et venait d'être nomramé maître des requêtes après avoir renoncé à l'état ecclésiastique *, qu'il écrivit à un abbé de ses amis une première Lettre sur la tolérance. Dès l'entrée en matière, Turgot prenait une position très nette : « Aucune religion, disait-il, n'a le droit d'exiger d'autre protection que la liberté ; encore perd-elle, ses droits à la liberté quand ses dogmes ou son culte sont contraires aux lois de l'Etat^. » Sur ce dernier point, il prévoit qu'on va lui objecter que c'est là ouvrir la porte à l'intolérance. Mais il n'en croit rien, car seuls les princes sans scrupules, qui violeraient tout aussi bien un principe plus étroit, pourraient abuser de cette restriction.* Il suit immédiatement du principe de tolérance, ajoutait-il, qu'aucune religion n'a de droit que sur la soumission des consciences *. » Encore ne faut-il pas persécuter, car le salut n'est même pas analogue aux intérêts sociaux, pour lesquels les hommes peuvent tout au moins s'entr'aider. La foi étant fondée uniquement sur la conviction, Turgot conclut qu' <* une religion n'est dominante que de fait,et non pas dans le droit ; c'est-à-dire que la religion dominante, à parler selon la rigueur du droit, ne serait que la religion dont les sectateurs seraient les plus nombreux »*. C'est dire aussi qu'elle n'est pas nécessairement celle du gouvernement ou du

1. Cf. TuROOT, Œuvres complétée f Paris, 1844, t. ir, p. 675-8.

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