TtTROOT, Œuvres, t. ii, p
toujours songer aux martyrs de la foi, Tintolérance n'estelle pas nécessairement odieuse* ? » Quant aux droits du prince, Turgot démontre sans peine qu'ils sont nuls. D'abord le prince n'est pas infaillible et n'a été chargé par Dieu d'aucune mission de ce genre *. De plus (et ici Turgot devient aussi subtil que les théologiens dont il réfute les sophismes), si les défenseurs de l'intolérance objectent que le prince a le droit de commander quand sa religion est la vraie : « Non. répondra- t-on, même alors,on ne peut ni ne doit lui obéir ; car, si l'on doit suivre la religion qu'il prescrit, ce n'est pas parce qu'il le commande, mais parce qu'elle est vraie, et C3 n'est pas ni ne peut être parce que le prince a prescrit qu'ell? est vraie. Il n'y a aucun homme assez absurde pour croire une religion vraie par une pareille raison ' . » De même, il ne faut pas prétendre que le prince,soumis à TEglise^doit assurer l'exécution des jugements de celle-ci : le prince n'est soumis à l'Eglise qu'en tant qu'homme ; l'Eglise ne peut le forcer à user de son autorité, et même « elle ne peut pas lui on donner le droit, d'abord parce qu'elle ne l'a pas, puis, parce que le prince, comme prince, non seulement ne connaît point la supériorité de l'Eglise, mais parce qu'il n'a pas même de compétence pour juger quels sont les droits de l'EgUse, ni que telle société est la véritable Eglise »^C'est cette confusion entre les questions religieuses et les questions poUtiques qui a fait éclore, au XVP siècle, de tellss théories sur le droit de résistance et provoqué de tels crimes ; c'est à cette « ruse » qu'a encore recours le fanatisme en plein XVIII^ siècle : « C'est le même esprit, c'est la même doctrine qui a produit rinfernaleSaint-Barthélemyct la détestable Ligue, mettant tour à tour le poignard dans la main des rois pour égorger les peuples et dans la main des peuples pour égorger les rois"^. »
•J. Ibidem.
X Ibid., p. 495.