‹ Histoire de la tolérance religieuse; évolution d'un principe socialChapitre 230 sur 293 · Cf. ibid., p · texte numérisé non relu

Cf. ibid., p

Enfin, il convient que les « liens qui enchaînent l'Eglis? à TEtat sont abusifs et nuisibles à tous les deux », et conclut : « Les guerres albigeoises et Tlnquisition établie en Languedoc, la Saint-Barthélémy, la Ligue, la Révocation de Tédit de Nantes, les vexations contre les jansénistes, voilà ce qu'a produit cet axiome : Une loi, une foi, un roi '. »

Mais ce qui, dans l'œuvre de Turgot,pouvait avoir le plus de conséquences pratiques en ce qui concerne la liberté de conscience, ou du moins If. tolérance, ce fut son Mémoire " qui, tout en restant inédjt,exerça néanmoins sur l'esprit de Louis XVI une influence d'autant plus considérable, que son ministre était alors à l'apogée de sa carrière. Il n'est pas d'ailleurs inutile de préciser quelles circonstances provoquèrent la rédaction de ce mémoire et sa présentation au roi.

Les succès de Voltaire dans sa double campagne pour la réhabilitFition des Calas et celle des Sirven exaspéraient le clergé catholique ; par tous les moyens,il cherchait à lutter contre Ir^ généralisation de ce mouvement en faveur de la tolérance. Ayant échoué en ces deux affaires, les fanatiques voulaient se rattraper en d'autres occasions : ils s'acharnèrent à lutter contre les modérés, qui, dès lors, réclamaient tout au moins la légitimation des mariages protestants ^^

\. Ibid . p. 087.

'2. TuROOT, Mémoire au roi «ur la t^tlérance. ijviin 1775), in Œuvr^fi, t. ir. p. 492-601.

3. L-»3 pluj intéressant i der, mémoires relatifs à cette qiiostion fii ront évidemment les deux que publia Male3herl>e.s en 1785, après avjir <l?jà, en 1770, rAchinié par un momoire anonym? le rappel des protostuntï^. Mais il faut citer également les mémoires antérieurs d'Elie de Boaumont (avocat des Calas), dj la Morandiùrd, do Montclar. — Des mémoires liontiles furent publiés par des catholiques exaltés, et on particulier : Sentiments des catholiques dz France sur le mémoire au sujet des mariages clandestins des protestants, 1756. Vw Mémoire sur les suites funestes de In liberté de penser et d'imprimer fut présenté au roi en 1770 par l'assimblée du clergé. Enfin, au moment où parurent les mémoires de Malesherbes, la maréchale de Noailles se chargea do distribuer aux pairs et conseillers au Parlement une réfutati<m p;irtxnt ce titre : Discours à lire au cou seil en présence du roi par un ministre patriote, sur le projet d'accorder aux

et même ne se contentèrent pas de réclamer le maintien de cet abus dans les remontrances qu'ils firent présenter à Louis XVI, en 1775, par deux prélats qui semblaient peu indiqués pour cette mission, Loménie de Brienne et l'abbé de Talleyrand-Périgord, dont l'irréligion ne diminuait pas le fanatisme plus ou moins conscient. Le clergé, en eflFet» s'exprimait ainsi : « Qu'on nous dise, S're, pourquoi des unions que toutes les loisciviles et catholiques repoussent sont impunément contractées aux prêches,sous la foi du mariage ; d'où vient que,contre la volonté du prince,on ravit tous le3 jours aux ministres de notre sainte religion de tendres enfants, pour les présenter aux maîtres de l'erreur, qui leur font sucer tranquillement son poison avec le lait ? » Mais on allait plus loin : « Nous vous en conjurons. Sire, ajoutait-on, ne différez plusd'ôter à Terreur l'espoir d'avoir parmi nous des temples et des autels ; achevez l'ouvrage que Louis le Grand avait entrepris et que Louis le Bien- Aimé a continué. Il vous est réservé de porter ce dernier coup aux calvinistes de vos Etats. Ordonnez qu'on dissipe les assemblées schîsmatique^ des protestants : excluez les sectaires, sans distinctlDa, de toutes les branches de Tadministration publique. Votre Majesté assurera ainsi parmi ses sujets l'unité du culte catholique . » Ces ripostes, à vrai dire, visaient encore plus directement Turgot que les autres tolérants. En effet, pour lesacre de Louis XVI, qui avait eu lieu à Reims en cette même année 1775, Turgot avait d'abord demandé que la cérémonie eût lieu à Paris par mesure d'économie ; puis, ayant échoué Hur ce point, il s'efforça du moins de décider le roi à supprimer, dans le serment du sacre, les formules par lesquelles il jurait de ne jamais faire grâce aux duellistes, et surtout d'exterminer les hérétiques ; il fut soutenu par Malesherbes,

protvstantft Vétat civil en France. (Cf. J. Simon, op. cit., p. 160, note 2.) A prop<}H de ce dernier pamphlet, remarquons en passant que les interpcét»tic)ns sophistiquais du mot « patriote » ne sont pas d*un usaje aussi n'C(uit t|u*on le pourrait croire.

l. Rfmontraivcc an roi du 24 septembre 1776.

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mais les évêques et Maurepas protestèrent violemment. Le faible Louis XVI prit le parti de prononcer des formules inintelligibles, qui d'ailleurs ne satisfirent personne. C'est à ce propos, et peu de temps après, que Turgot lui présenta son Mémoire.

Malheureusement, il ne subsiste de ce mémoire qu'un brouillon très incomplet. On sait du moins que le plan de Turgot était le suivant : 1"^ partie, les droits de la conscience d'après les principes de la religion ; 2<^ partie, les droits de la consoienced'aprèsles principes du droit naturel ; 3« partie, la liberté de conscience dans ses rapports avec l'intérêt politique de l'Etat ; 4« partie, mesures nécessaires pour préparer et opérer sans troubles les changements exigés par la justice et la sagesse. De ces quatre parties,la première seule subsiste.

Turgot mettait d'abord en relief la relativité des religions. « Tous les hommes, disait-il, ne s'accordent point à reconnaître la révélation, et ceux qui en reconnaissent une ne s'accordent pas non plus sur celle qu'ils admettent. Il est notoire qu'il y a sur la terre une foule de religions, dont les sectateurs croient également que la religion qu'ils professent est la seule qui soit l'ouvrage de la divinité et qui lui soit agréable '. * Ceci est dit pour les religions révélées ; quant à la religion naturelle,pour qui tout consiste dans les devoirs de l'homme envers Dieu, c'est-à-dire le culte, la justice et la bienfaisance, il n'y a pas à craindre qu'elle devienne intolérante. Turgot ne comprend même pas que le vrai croyant puisse être fanatique : « Je conçois, dit-il, que des hommes qui croient toutes les religions également fausses, qui les regardent comme des inventions de la politique pour gouverner les peuples avec plus de facilité, peu vent ne se faire aucun scrupule de contraindre ceux qui dépendent d'eux à suivre la religion qu'ils croient avoir intérêt à leur prescrire. La question de tolérance n'est plus qu'une question de politique. » Au contraire, pour un esprit vraiment religieux, qui doit

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