TCROOT, 2" Let. sur la tolérance, p
4. Lorsqiio les réf irencos indiquent simplement les num5ro3 du tomo «^ t de la page, se reporter à Tédition suivante : Voltaire, Œuvres complètes, od. Moland, 52 volumes in- 8% Garnier, Paris 1877-1885.
combien furent précoces les tendances critiques de Voltaire, puisque par la suite on ne retrouvait en lui, au point de vue philosophique, aucun vestige positif de cette éducation tendancieuse '; enfin,qu'il ait été le filleul de Tabbé de Châteauneuf, et que par lui il soit entré en relations avec la fameuae société du Temple, voilà qui est plus significatif et nous montre la filip^tion de Rabelais à Voltaire en passant par les libertins du XVII* siècle. L'abbé d'01ivet,les pères Porée et Toumemine, tous les pédagogues de Louis-le-Grand, avaient formé SOS goûts littéraires,maisleslibertin3 lui donnèrent sa philosophie,et imprimèrent à son génie critique la direction qu'il devait toujours conserver. C'est pourquoi Voltaire fut classique et indépendant, docte et irréligieux. Tel il est en 1704, lorsqu'il écrit à l'abbé Servien qu'il faut:
A son état mesurant ses désirs, Selon les temps se faire dos plaisirs.
Et suivre enfin, conduit par la nature, Tantôt Socrate, et tantôt Epiciire ',
— tel il sera encore en 1778. Cet épicuréisme si caractéristique, s'ajoutantàune tendance négativej'irréligion, devait déjà fftire germer dans l'esprit de Voltaire des idées de tolérance.
Ces conseils qu'il adressait à un ami prisonnier, Voltaire eut, trois ans plus tard, l'occasion de les mettre en pratique pendant onze mois qu'il fut à la Bastille. Là, il eut aussi le loisir de méditer combien était encore restreinte en France la liberté de penser, c'est-à-dire de parler et d'écrire, et ceci nous intéresse tout particulièrement ; car, si Voltaire fonda la tolérance, toutefois le but qu'il poursuivait était moins encore la liberté religieuse que la liberté philosophique en un sens plus large.
1. Fc rivant beaucoup plus tard à un de ses amis, Voltaire disait lui- :ii^ine :« Vous détestez le fanatisme et Thypoorisie ; je les ai abhorrés dés i|ue j'ai eu Tfige de raitfion. » {Lit. à Damilarille^ 19 novembre 1760, in t. XLi, p. 67.)
2. Epitre III (à Tabbé Servien,pri8onnier au château de Vinoennes). in t. x,p. 217.
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Mais, en même temps, cette première expérience lui démontra qu'un homme de lettres, plus que tout autre, doit être diplomate ; et, tout comme Rabelais, il songea dès lors à cultiver habilement des amitiés de collège, comme celles qui le liaient aux d'Argenson, à Richelieu et à son fidèle d' Argental, et de plus à se concilier les Sully et les Villars, qu'il avait connus chez le grand prieur de Vendôme. Fait c apitpJ que ce sens pratique de Voltaire, Cftr si, au XVI« siècle, la prudence de Rabelais lui a permis de dire impunément ce qui aurait dû normalement le conduire au bûcher, de même, au XVIII® siècle, ce fut la diplomatie de Voltaire qui fit triompher la cause de la tolérance.
C'est en 1718, à l'âge de vingt-quatre ans, que Voltaire publie son premier manifeste d'irréUgion,la tragédied^Œdipe, Et, à ce sujet, on peut remarquer qu'il eut le rare bonheur d'être jugé à son époque grand poète dramatique, bien qu'il écrivît des pièces à thèse. A vrai dire, dans Œdipe, c'est au prêtre seul, à cet instrument humain de la religion que Voltaire s'attaque ; mais, en refusant toute sainteté particulière au sacerdoce, en relevant la contradiction entre l'essence des religions qui, par définition, doivent être parfaites, et la faiblesse de l'homme faillible et passionné qui s'arroge le titre d'intermédi»ire entre Dieu et ses fidèles, Voltaire était d'autant plus original et plus hardi peut-être, car l'athéisme n'est qu'une hypothèse, tandis que cette tragédie était une démonstration.
On a voulu, il est vrai, diminuer Timportance et la nouveauté du passage principal où Voltaire développe son argu • mentation. On sait qu'il s'agit de Jocaste engageant Œdipe à douter des oracles et surtout de la sincérité des prêtres :
Cet organe des dieux est- il donc infedllible î
Un ministère saint les attache aux autels ;
Ilfl approchent dos dieux ; mais ils sont di*» mortels
Nos prêtres ne sont point ce qu'un vain peuple pense : |^ Notre crédulité fait toute leur science i.