‹ Histoire de la tolérance religieuse; évolution d'un principe socialChapitre 235 sur 293 · Œdipe, acte iv, so. t · texte numérisé non relu

Œdipe, acte iv, so. t

On a dit que Voltaire se contentait de rééditer ce qu'avait écrit FonteneUe trente ans auparavant. Mais n'eût-il fait qu'affirmer hautement en quelques vers ce que Fontanelle avait insinué en un long volume, que déjà c'eût été là un progrès nécessaire; car le moment d'agir était venu : il ne s'agissait plus de faire de l'ironie. Tout le rôle du XVIII® siècle, au point de vue philosophique,peut serésumerendeuxmots: vulgarisation et action. Les sociologues, et en particulier Montesquieu, furent bien encore des inventeurs mais, en dehors de ce terrain particulièrement neuf, on ne pouvait que développer et répandre des idées précédemment acquises, et provoquer ainsi la réab'sation pratique de principes spéculatifs. Or, vulgarisateur et homme d'action, Volt?,ire le fut au plus haut degré. Trop imbu de préjugés bourgeois et trop persuadé d'ailleurs du prestige que gardaient encore les titres nobiliaires, pour faire preuve d'une grande hardiesse en matière politique,il choisit une forme de tyrannie qui lui parut plus évidemment absurde et abusive que le régime monarchique ; mais,au lieu de ruiner les religions p3r une critique purement sceptique ou bien encore par une r^rgumentation théologique dont Bayle se fût contenté, il leur oppose un principe positif, la raison humaine,et commence déjà à les disséquer, si l'on peut dire, à montrer comment chacun de leurs éléments est né d'une erreur ou d'une faiblesse essentielle à l'homme ; en un mot,U inaugure l'étude scientifique et surtout psychologique des religions. C'est pourquoi la tragédie d'Œdipe est particulièrement significative dans l'œuvre de Voltaire.

L'épîtr? à Uranie, sur le Pour et le Contre, qui fut écrite en 1722, est aussi, selon l'expression des éditeurs de Kehl, « un des premiers ouvrages où M. de Voltaire ait fait connaître ouvertement ses opinions sur la religion et la morale ». L'importance de cette pièce est même capitale, car Voltaire y prend en matière religieuse une attitude dont il ne se départira jamais.

Il reproche en effet aux religions constituées leurs

contradictions, les blâme d'attributsr gratuitement à Dieu une cruauté égale à celle dont elles ont fait preuve ellesmêmes, et démontre enfin, longtemps avant Candide , combien est absurde l'optimisme qu'elles veulent inculquer à leurs fidèles :

Je vevix aimer ce Dieu, je cherche en lui raon père : On me montre un tyran que nous devons haïr.

Il créa des humains à lui-même semblables

Afin de les mieux avilir ;

11 nous donna des cœurs coupables

Pour avoir droit de nous punir ;

Il nous fit aimer le plaisir Pour mievix nous tourmenter par des maux effroyables *.

Il n'admet pas que ce Dieu punisse encore des peuples irresponsables de la faute qui, dit-on,f ut commise par Adam, ni que les nations non chrétiennes expient dans les tourments l'ignorance en laquelle les a laissées ce juge,qui seul pouvait leur révéler la vérité :

Ammque, vastes contrées, Peuples que Dieu fit naître aux portes du soleil,

Vous, nations hyperborées.

Que Terreur entretient dans un si long sommeil. Seriez vous pour jamais à sa fureur livr4?es

Pour n'avoir pas su qu'avitrefois.

Dans un autre hémisphère, au fond do la Syrie, Le fils d'un charpentier, enfanté par Marie, Renié par Céphas. expira sur la croix * ?

Comme tous les partisans de la tolérance, il conclut à la supériorité de la vertu sur la foi :

Crois qu'un bonze modeste, un dervis charitable, Trouvent plutôt grâce à ses yeux Qu'un janséniste impitoyable.

Ou qu'un pontife ambitieux.

1 . Le Pour et le Contre (à Mme do Riipelmonde), in t. ix, p. 359.

Un Dieu n*s pas besoin de nos soins assidus.

8i l'on peut Toifenser, c'est par des injustices :

Il nous juge sur nos vertus.

Et non pas sur nos sacrifices '.

Enfin, il expose déjà toui le principe de son théîsnie dans une éloquente apostrophe :

Entends, Dieu que j'implore, entends du haut des cieux.

Une voix plaintive et sincère.

Mon incrédulité ne doit pas te déplaire ; Mon cœur est ouvert à tes yeux :

L'insensé te blasphème, et moi je te révère ; Je ne suis pas chrétien, mais c'est pour t'aimer mieux -.

Le ton sérieux et digne de ce court poème donne une valeur toute particulière aux affirmations qu'il contient. Cependant, au point de vue de la tolérance, il ne fournissait encore qu'une argumentation indirecte. De même, dans la Henrmde, qui parut l'année suivante, mais avait été commencée dès avant la première représentation d'CBdi*/)e,Voltaire abordait encore indirectement son sujet, puisqu'il se contentait de dépeindre les conséquences atroces du fanatisme ; mais quoiqu'il procédât par la négative, c'était bien du moins un premier effort en faveur de la liberté de conscience. Il reprenait d'ailleurs ses critiques générales contre les religions et disait, par exemple ;

Les œuvres des humains sont fragiles comme eux ; Dieu dissipe à son gré leurs desseins factieux. Lui seul est toujours stable ; et, tandis que la terre Voit des sectes sans nombre une implacable guerre, La Vérité repose aux pieds de T Eternel.

Rarement elle éclaire un orgueilleux mortel.

Qui la cherche du cœur un jonr peut la connaître '.

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