CHAPITRE HT
Le XVI« sièele
C'est au XVI® siècle que se pose définitivement la question de la tolérance, car, à cette époque, un grand niouvement philosophique et religieux conduit les esprits à exiger, pour la question de la liberté de conscience, une solution pratique immédiate. Mais il faut distinguer deux périodes-dans ce grand siècle, où se multiplient les controverses agressives et les guerres sanglantes : dans la première moitié du siècle, les luttes pacifiques, mais néanmoins acharnées, prédominent ; la question de la tolérance se présenta sous sa forme la plus générale : c'est un conflit d'opinions ; au contraire, à partir de ISfK) environ, la question spéciale de la liberté des cultes devient prépondérante, et elle engendre de véritables guerres : c'est ce que Voltaire appellerait un conflit entre deux « factions », c'est-à-dire.entre deux partis politiques.
M. — La Renaissance et la Réforme.
« La Renaissance, dit M. Copley-Christie, a annoncé et même engendré la Révolution : c'était une voix qui criait dans ce désert que le christianisme du moyen âge avait produit, une voix qui s'élevait contre l'ascétisme et contre la superstition, et demandait qu'on rétablît le vrai, le réel, le naturel *. »
1. Ck>PLEY-CH:tfï«^E, Etienne Dolet (trad. Sttiensky), Paris, 1886^
Mais, s'il est permis de synthétiser ainsi en une tendance générale les diverses manifestations inteUectuelles et sociales dont Tensemble constitue la Renai8sance,enoore fautil indiquer qu'il y eut divers stades dans cette transition du moyen âge aux temps modernes.
D'abord, à quelle époque en faut-il placer le début ? En Italie, les premiers symptômes se manifestent dès la fin du XIV^' siècle ; puis, environ un siècle plus tard, la France commence à suivre le mouvement, quiseiransmetenfinàrEurope septentrionale vers l'aube du XVI« siècle \
Déjà, nous avons dit comment la doctrine d'Âverroès et les discussions entre néo-platoniciens et péripatéticiens avaient fait naître en Italie des doctrines rationalistes et surtout sceptiques. Dans la célèbre université de Padoue*, que Pierre d'Abano, avantd'êtreeondamnéparrinquisition, avait conquise à raverroîsme,non seulement on formait des panthéistes comme Jean de Gianduno, qui s'était d'aiUeurs attaqué au pouvoir temporel des papes, mais encore de véritables athées, comme Pomponace, qui, plus tard, devait enseigner la conciUation entre la foiet la raison,en l'agrémentant de considérations assez dangereuses pour que son Z)<s incaniatianibtts fût mis à l'index. D'autre part, après la prise de Constantinople, les Grecs fugitifs avaient importé en Italie, et en particulier à Florence, les doctrines néo-platoniciennes, qui conduisaient naturellement à la tolérance et. par suite,au demi-scepticisme qu'elle implique. Dès le début, la papauté s'inquiéta naturellement de ces innovations ; parfois même, on condamna de simples éclectiques qui cherchaient, en toute sincérité, à concilier le dogme et la raison : c'est ainsi que sous le pontificat de Jean XXII, on exigea qn'iïlgidias Colonna (Gilles de Rome) se rétractât pour avoir dit que certaines choses sont vraies pour la philosophie qui
1. Cf. PRaRENS, Les Libertitis en France au XVII^ aièclr, Pam, 1800. p. 51.