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LA TÉLÉGRAPHIE SA.NS FIL

Une des plus belles découvertes du génie humain fut celle de la télégraphie sans fil, basée sur l'émis-

sion et les propriétés de propagation des ondes hertziennes (^). Les courants induits, déterminés par l'oscillateur de Hertz (1887), se propagent, comme la lumière et le son, par des ondes concentriques.

C'est au docteur Edouard Branly que l'on doit le mode nouveau de propagateur électrique des ondes hertziennes agissant sur un tube à limailles métalliques. L'Italien Marconi utilisa ensuite et rendit pratique cette découverte. Le tube à limailles, récepteur des ondes électriques, conserve latent un courant aussi intense que l'on veut et inefficace jusqu'à la production du phénomène qui le meut, le règle, le rend continu. Le cohéreur ou radioconducteur de Branly (1890) donna le principe de la télégraphie sans fil avec son récepteur. En 1895, un professeur russe fit une première application à Cronstadt. En 1896, Marconi, à peine sorti de la Faculté de Bologne, créa des appareils perfectionnés qu'il installa dans plusieurs postes. En 1899, il établit des communications à 48 kilomètres, entre la côte française et la côte anglaise.

En France, les ingénieurs Ducretet et Roger firent fonctionner, pour la première fois, des postes complets de la tour Eiffel au Panthéon (1897). Ensuite,

(1) L'Allemand Hei'tz, mort en 1894. parvint, dans son laboratoire, à démontrer le rôle des ondes longues de l'éther; il mesuia leur vitesse, leur longueur et reproduisit avec elles les phénomènes de réflexion, de réfraction r.ui caractérisent les ondes lumineuses. Il engendrait en un point de l'espace, au moyen d'oscillations électriques, les ondes longues de l'éther, appelées ondes hertziennes et il décelait leur passage en un autre point de son laboratoire. Les signaux hertziens qui, en 1894, se recevaient à quelques mètres de l'instrument les produisant, allaient bientôt traverser l'Océan, grâce à la découverte du savant français Branly.

le lieutenant Tissot et le capitaine du génie Ferrie tromèrent d'ingénieux perfectionnements.

De son côté, Marconi, continuant ses hardies expériences, parvint à lancer des communications d'Angleterre en Américiue (5.000 kilomètres) avec des courants alternatifs de grande puissance (1902).

Dès lors, la télégraphie sans fil fut employée par tous les gouvernements cpii s'en réservèrent l'usage au début. Elle rendit d'immenses services à la navigation maritime, surtout dans les sinistres, puis^ pendant la guerre mondiale, à la diplomatie et à la direction des armées. Elle est appelée, quand elle sera plus répandue, mieux mise à la disposition du public, à remplacer la télégraphie avec fîl et à faciliter grandement les communications. (Voir page 331.)

En 1901, M. de Pilsoudsky et M. "Victor Popp imaginèrent de transmettre les ondes hertziennes par le sol au lieu de les transmettre par l'atmosphère. Des expériences faites au Vésinet, à 500 mètres de distance, donnèrent de bons résultats. On appela cette télégraphie sans fil « tel'lurique ».

LA TRACTIÛX ÉLECTRIQUE.

La traction électrique s'était développée très rapidement aux Etals-Unis. Dès 1888. on y employait des locomotives électriques, mais elle ne commença à être substituée à la traction à vapeur qu'en 1894-

La traction électrique ne s'introduisit en Europe que vers 1890. Elle fît des progrès en Allemagne où l'on comptait trois villes ayant des tramways électriques en 1891. cinq en 1892, onze en 1893, vingt en 1894, trente-quatre en 1895, quarante-deux en 1896.

En 1899, on comptait au total 44,000 kilomètres de voies ferrées avec traction électrique; en Europe, 2.290 kilomètires seulement. L'Allemagne était la première avec 1.138 Idlomètres; la France venait ensuite avec 396 kilomètres, mais elle n'avait pas encore la traction électrique pour les tramways. 'Cependant les systèmes à chevaux, à vapeur, à gaz, à air comprimé étaient bruyants, coûlteux et désagréables. Les entreprises de tramways, en France, adoptèrent définitivement les moteurs électriques et supprimèrent les chevaux en 1901.

Notre pays eut sa première ligne électrique en 1900, pour joindre la gare d'Austerlitz à la gare d'Orsay (27 mai). La traction électrique servit aussi pour le métropolitain de Paris, dont le premier tronçon fut mis en service le 19 juillet 1900, et pour la ligne des Moulineaux à Versailles, exploitée à partir de 1901.

C'est en 1855 que le premier projet d'un chemin de fer pour les Halles de Paris fut proposé par MM. Brame et Flachat, mais ce n^est qu'en 1872 qu'une commission, nommée par le préfet de la Seine, s'occupa d'établir un réseau métropolitain à l'exemple de celui existant à Londres. Les ina^énieurs de la ville de Paris en tracèrent le plan de 1875 à 1877, Il aurait pu être construit aussitôt sans les administrations de la ville et de l'Etat qui ne parvenaient pas à se mettre d'accord. Enfin, après d'interminables pourparlers, la loi du 30 mars 1898 déclara d'utilité publique la construction du chemin de fer métropolitain ne devant transporter que des voyageurs. Vainement, depuis lors, a-t-on demandé, dans l'intérêt général, qu'il servît également au transport des

marchandises. Depuis plus de vingt ans, il esbimpossible d'obtenir la solution d'une question aussi simple. La mise en service du premier tronçon entre la Porte Maillot et Vincennes, au mois de juillet 1900, eut un très grand succès. De nombreuses lignes ont été construites depuis; elles permettent une circulation rapide dont la capitale était privée, malgré les leçons que nous donnaient les nations étrangères mieux outillé-es depuis beaucoup d'années.

LA SÉROTHÉRAPIE.

La sérothérapie, science nouAelle dont la voie fut ouverte surtout par les découvertes de Metchnikof, fil de rapides progrès '•^K Après le sérum antitétanique (1890), que Behring et le Japonais Kitasato pratiquèrent les premiers, vint le sérum antidiphtérique (1892) dû aux travaux de Behring et surtout de M. Roux de l'Institut Pasteur, puis le sérum antityphoïdique que le docteur Chantemesse mit en essai pendant une épidémie de l'année 1901 et qui donna de bons résultats. De son côté, le docteur Vincent avait obtenu un autre sérum encore plus efficace contre la fièvre typhoïde. Les expériences ordonnées dans l'armée furent décisives. Aussi, au début de la grande guerre, dès le mois d'octobre 1914, on ordonna la vaccination de tous les mobilisés, ce qui évita la contagion et les pertes énormes constatées dans toutes les guerres précédentes.

L'Institut Pasteur, créé par souscription nationale le 14 novembre 1888, a fêté le 2cf anniversaire de sa

(1) \'oir le volume de 1894 à 189G, pa^^es 69 et 159.

fondation le 15 novembre 1913, en présence de M. Poincaré, président de la République, et de M. Bartliou, président du Conseil. Dans son discours, M. E. Roux, directeur de l'Institut, a rappelé les admirables trouvailles qui fondèrent la sérothérapie. Il y eut d'abord la découverte de la phagocytose par Metchnikof, mode de défense de l'organisme contre les microbes.

On discule encore, il est vrai, dit M. Roux : la théorie cellulaire a provoqué des expériences d'où est sortie la théorie humorale. Peut-être, au reste, peut-on accorder les deux doctrines. Il semble que l'Académie de Stockholm ait pensé ainsi quand elle a décerné le même prix Nobel aux deux plus illustres tenants de cette lutte doctrinale sur l'immunité, Metchnikof et Ehrlich.

C'est du laboratoire de M. Metchnikof qu'est sortie la découverte des sensibilatrices dans le sérum des animaux immunisés, par M. Bordet, découverte qui donne à la médecine un moyen de diagnostic précieux dont la réaction de Wassermann est un exemple bien connu, et qui a fourni d'autres résultais intéressants entre les mains de M. Besredka, pour la préparation du vaccin, et entre celles de MM. 'Vaillard et Vincent, en ce qui concerne le tétanos.

Enfin, M. Metchnikof a ouvert une question des plus intéressantes en attribuant les dégénérescences de la vieillesse aux fermentations intestinales, aux toxines des microbes qui pullulent dans le tube digestif. Il a étudié la flore intestinale, et montré le moyen de l'améliorer, par l'introduction de ferments lactiques qui luttent contre les fermentations nuisibles.

Au début, les bactériologistes cherchèrent d'abord l'action des microbes. Comment tuaient-ils? Et cette étude, que Behring entreprit sur le bacille diphtérique, fut l'origine de la découverte de l'antitoxine de M. Roux — que ce savant n'attribua qu'à l'Institut Pasteur dans son discours destiné à célébrer les mérites des autres.

88 HISTOIRE Dv: la troisième rétlblique

A peine le sérum antidiphtérique découvert el devenu pratique, l'Institut Pasteur avait à préparer aussi le sérum antitétanique, puis ce fut le tour du sérum antr\-enimeux d'A. Calmette. Peu après venaient les sérums antimici'obiens dont Ch. Richet signalait le premier exemple en 1884; après cela, le sérum antipesteux, l'antistreptococcique, l'anticharbonneux, et d'autres encore, La sérothérapie était fondée. Elle rend de grands services à la médecine et aussi à l'art vétérinaire. M. Borret a, en effet, trou\é le sérum anticlaveleux, qui est excellent.

Al. Borret étudia aussi le cancer et fit des observations des plus utiles pour le traitement. Nous ne pouvons rappeler toutes les découvertes de l'Institut Pasteur — il y en eut tant! — mais on ne saurait oublier celles sur les maladies dues à des parasites animaux, de .M. Laveran : sur le paludisme, sur Fagent pathogène de la malaria, sur les insectes qui linoculent.

Des missionnaires de la science allèrent étudier au loin les épidémies de peste, ce qui donna lieu au vaccin antipesteux de M. Hafflcine. En Afrique, on doit citer les belles recherches de M. Gustave Martin et de M. Ch. Nicolle.

M. Roux donna des détails intéressants sur les vaccins :

Le plus ancien est celui des vaccins charbonneux, puis est venu celui du rouget des porcs. Après, cela a été le tour de la malléine. Le service de la rage a commencé à l'Ecole normale. Il a, en vingt-huit ans, reçu la visite de plus de 33.000 blessés; sur ce total. 129 seulement ont succombé. Depuis trois ans, sur 1.300 traités, on n'a eu qu'une seule mort, La méthode reste excellente et les instituts antli'abiques se multiplient. Le service sérothérapique est aussi actif que jamais. En dix-huit ans, il a fourni près de deux millions de flacons de sérum. Pour assurer cette distribution, l'Institut a reçu, depuis 1895, une somme de 1.800.000 francs, et il a donné pour 5.195.000 francs de sérum.

Tous ces soldats de la science — parfois tués par le travail ou par leurs expériences — mériteraient ■d'être illustres, et cependant combien peu sont connus, tandis que les noms des rltéteurs, des amuseurs et des cliarlatans sont célébrés par la foule!

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