‹ Histoire de la troisième République de 1894 à 1906 (volume 3)Chapitre 23 sur 37 · I.NSTRUCTIOX lîERTULUS · texte numérisé non relu

I.NSTRUCTIOX lîERTULUS

Une plainte déposée par M'. Picquart contre inconnu, le 4 janvier, fut suivie par M. le juge d'instruction Bertulus, au sujet des télégrammes signés Blanche et Speranza. Le lieutenant-colonel du Paly de Clam, soupiîonné par J\L Picquart d'être l'auteur de la première dépêche, fournit un spécimen de son écriture et un expert conclut au manque de similitude graphique. M. Christian Esterhazy, cousin du commandant, déposa contre lui une plainte en escroquerie et raconta à M. Bertulus, le 11 juil-

let, que le télégramme Speranza avait été écrit par ]^|iic Pays, maîtresse de son parent, et que le lieutenant-colonel du Paty de Clam était l'auteur du télégramme Blanche; que c'était aussi lui la dame voilée qui avait remis le document libérateur au commandant Esterhazy. M. Bertulus, dès le lendemain, arrêta cet officier, ainsi que M"® Pays, au domicile de laquelle il découvrit, dans une potiche, un brouillon de lettres d'Esterhazy.

Sur cette découverte. M. le garde des sceaux Sarrien donna, plus tard, les renseignements suivants :

Au cours de l'information pour faux, usage de faux et complicité, suivie en 1898 contre Esterhazy et la fille Pays, M. le juge d'instruction Bertulus a saisi, au domicile de ce dernier, un document (scellé n° 1) que le commandant Esterhazy reconnaît être le brouillon de notes écrites par lui et destinées à quelqu'un qu'il a refusé de nommer (interrogatoire du 16 juillet 1898).

Ce document est ainsi conçu :

« Que dois-je faire tout à l'heure, puisque les experts se refusent à conclure comme vous l'espériez? Dois-je demander, comme Tézenas le voulait tout d'abord, comme c'est mon droit, l'expertise avec le nom de Dreyfus/ et reparler du décalque?

» Comment ni Charavay ni Varinard, que vous connaissez, n'ont-ils pas conclu pour moi dans la lettre Boulancy, manifestement truquée? Belhomme est un idiot. Il n'y a qu'à le. regarder. Dois-je exiger une contre-expertise Bertillon pour les lettres B ? Tous ces gens vont m'assassmer. Ne peut-on, cependant, démontrer à Ravary et aux experts que je n'ai pas pu écrire les termes de la grande lettre à la Boulancy?

» Si les experts concluent que l'écriture est de moi, il m'est impossible, pour ma défense, de ne pas m'efforcer de démontrer que c'est Dreyfus qui est l'auteur du bordereau.

» Comprenez donc bien que, si vous êtes véritablement les maîtres de l'instruction et des experts, je ne puis que m'en rapporter absolument à vous, mais que si cela vous échappe, comme je le crains, je suis dans l'obligation absolue de démontrer que le bordereau est calqué par Dreyfus avec mon écriture. »

Ce document, rapproché des constatations des experts de 1897, tendrait à laisser suppose*!' que le bordereau serait non pas, comme l'ont déclaré lesi experts de 1894, de l'écriture de Dreyfus, mais, en partie au moins, de l'écriture décalquée ou très habilement imitée du commandant Estorhazy (1).

Le 25 juillet, M. Picquart se porta partie civile et déposa une plainte contre le lieutenant-colonel du Paty de Clam, accusé d'être l'auteur de la dépêche Blanche et d'être complice de la fabrication de la dépèche Speranza. Ces deux télégrammes étaient conçus en termes compromettants pour le destinataire. Celui signé Blanche tendait à faire croire que le .lieutenant-colonel Picquart était l'auteur du petit bleu et de la carte-télégramme signée ('. dont la reconstitution avait provoqué son enquête sur Esterhazy.

Le 27 juillet, M. Feuilloley, procureur de la République, prit un réquisitoire pour que Ir juge d'instruction se déclarât incompétent à l'égard de cette plainte. En conséquence, le lendemain, M. Bertulus admit son incompétence au sujet du lieutenant-colonel du Paty, en activité de service, comme auteur unique du faux Blanche, mais il le retint comme complice du faux Speranza. Le procureur de la R*^publique fit opposition à cette ordonnance devant la chambre des mises en accusation qui la cassa (5 août).

Le 8 août. M'. Bertulus rendit une autre ordonnance tendant à traduire M"® Pavs et Esteiiiazv de-

(1) Lettre de M. SîiiTien à M. Je procureur général Manau, en date du 27 septemtire 1898, pour déférer à la chambre criminelle de la Cour de cassation le jugement du conseil de guerre de 1894.

vant la Cour d'assises. Le procureur de la République fît encore casser cette ordonnance, le 12 août, par la chambre des mises en accusation, qui, jugeant les charges insuffisantes, rendit un arrêt de non-lieu en faveur d'Esterhazy et de M"*' Pays. Ou les mit tous deux immédiatement en liberté (1).

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